Taphanel, p
INTRODLCTION. XXIX
Voltaire a beau fulminer; — c'est peut-être contre lui que s'affirme cet étonnant accueil fait à La Beaumelle; — Voltaire a beau intéresser la police, les ministres, l'opinion, madame de Pompadour. La Beaumelle est jeté à la Bastille, mais il conserve l'amitié et la faveur des Montesquieu, des La Condamine, des Diderot. Surtout, il garde la confiance extraordinaire que, d'emblée, lui a faite la sainte maison.
Car voilà le miracle, et, comme on dirait parmi les pieuses âmes, les desseins insondables de la Providence : ce huguenot, cet aventurier, ce gascon, cet indiscret, ce risque-tout est reçu à bras ouverts par la communauté. Pour lui, pas d'interdiction, pas de clôture, pas de secret. Il entre partout, mange à la table, couche dans le lit de l'évèque de Chartres, directeur de la maison, à l'insu de celui-ci, fait ce qu'il veut, écrit ce qu'il lui plaît, emporte ce qui lui convient. On s'en remet à lui. On lui confie le palladium et l'arcane : on lui délègue la mission traditionnelle : c'est lui qui écrira l'œuvre prévue, préparée, méditée depuis un demi-siècle : la Vie et l'Histoire de madame de Maintenon. L'hagiographe sera ce huguenot!
Nous avons dit l'habileté, le savoir-faire du
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personnage, nous avons dit la vaillanle allilude à rencontre de Voltaire, la faveur des Noailles, l'heureuse rédaction du premier Recueil, la réputation déjà acquise, le joli tour littéraire. Ajoutons que La Beaumelle promet tout ce qu'on exige de lui : il soumettra son manuscrit aux dames de Saint-Gyr et à leurs conseillers; il cachera à tout jamais l'origine des communications. Il jure enfin de se comporter comme un vénérateur de la mémoire de la fondatrice; et alors, quelle valeur prend soudain, dans sa bouche, cet argument : l'hommage rendu à la mémoire de madame de Maintenon sera d'autant plus fort qu'il émanera d'un esprit indépendant, impartial, d'un homme que, d'après ses origines, on eût pu croire prévenu!
Cela n'eût pas suffi pour lever les hésitations et les derniers scrupules. Les dames responsables de la conduite de la communauté froncèrent le sourcil jusqu'à la lin. Il fallut autre chose, il fallut la séduction personnelle que La Beaumelle lui-même, sa personne, son esprit, ses aventures, exercèrent sur quelques-unes des dames et notamment sur l'une d'entre elles, madame de Louvigny, jusqu'à faire de celle-ci la plus enthousiasle, la plus dévouée, la plus tendre des
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collaboratrices et ries « complices ». Décidément, les dames mûres l'aimaient.
Celle-ci, dans la correspondance si longue, si confiante, si abandonnée qu'elle eut avec La Beaumelle, s'explique très clairement sur ce qui se passa : « Il est plus vrai que vous ne le pensez que nostre république en corps vous eut refusé tout net la communication des matériaux que vous avez. Et si tost qu'on vous a sçu disciple de Calvin on a témoigné des oppositions que la mère supérieure n'a enlevées qu'en nommant le maréchal. On lui devoit donc envoïer tout [c'est par ces mains que les envois devaient passer]. Vous voies ce qui en seroit résulté. Ma sœur de Montorcier et moy plus hardies que les autres, avons osé interpréter les sentiments de la mère supérieure. Elle a fermé les yeux et j'ai écrit tout ce que j'ay pu. Ainsi deux particulières vous ont effectivement fourni la plupart de vos matériaux. C'est encore un mistère pour nos dames '... »
Dans la préface du premier volume de la présente publication, le comte d'Haussonville a tracé un portrait délicat d'une des élèves préférées de Saint-Cyr, madame de Glapion -. On connaît,