‹ Souvenirs sur Madame de MaintenonChapitre 29 sur 71 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

cienne comme sainte Thérèse, écrit La Beaumelle'. »

Nous savons, d'après ses lettres qu'a publiées M. Taphanel, comment elle écrivait; elle écrivait divinement. Elle se prit d'une belle passion pour le jeune La Beaumelle, même avant de le connaître. Femme d'esprit, et d'esprit singulièrement libre, appartenant à cette génération qui prépara, dans les dernières années du grand roi, les hardiesses du siècle nouveau, elle savait, avec une piété vive, droite et ferme, laisser la bride à l'imagination et au sentiment. La difTérence d'âge qu'il y avait entre elle et La Beaumelle l'autorisait à mettre, dans son enthousiasme, du tendre et môme du passionné. Elle le dit ellemême joliment : « Je me pare de ma vieillesse, comme une jeune fille le ferait de sa quinzième année. Sans ma caducité, je ne pourrais vous écrire ni recevoir de si jolies lettres d'un homme de vingt-sept ans. Avouez qu'il est assez commode, en pareil cas, d'être une petite bonne femme, à l'abri de la critique et du scrupule-. » Elle exagère un peu : elle avait alors cinquante ans.

i. Loc. cit., pp. 178 et suiv, 2. P. 179.

C'est elle, celle (jue La Beaumellc a[»i)elail « l'ar- (Icnle religieuse », qui, ayanl foi dans le talent et dans la loyauté de celui-ci, résolut de tout dire et de tout livrer à cet historien déjà éprouvé de la fondatrice. Comment ne pas croire en un homme qui écrivait au sujet do madame de Maintenon : « Quelle femme c'étoit! et que je me sais hon gré de m'en être fait, sur des notions assez confuses, une idée que les témoignages les plus authentiques confirment tous les jours! Cette sainte maison, où vous m'avez permis de voir par mes yeux tant de choses... ne me sort pas de l'esprit... Que vous êtes heureuse de l'hahiter! Que ces enfants le sont d'y être élevés! » Sincère, madame de Louvigny crut à l'accent de la sincérité.

Par elle fut organisée cette « cabale » qui défendit contre tous La Beaumelle, qui lit de lui « l'enfant gâté «, « l'auteur favori », qui travailla pour lui jour et nuit, qui le g'uida, le conseilla, lui livra tous les secrets. On avait entrepris de le convertir. On érigea dans la maison une confrérie [)Our son salut. « L'élite des saintes y pont enrôlées, écrit madame de Louvigny. J'v suis, nuji,

misérable. Je n'ai osé le demander » Elle écrit

pour lui ces lettres couliantes, pleines d'ospril,

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