‹ Souvenirs sur Madame de MaintenonChapitre 34 sur 71 · INTRODUCTION. XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLI

avant sa mort, elle racontait à La Boaumcllc un mot que la Reine Marie Leczinska avait dit en parlant de lui, quand on la priait d'intervenir pour obtenir sa sortie de la Bastille : « C'est un huguenot que j'aime de tout mon cœur. » Et se tournant vers nous : « Je vous charge, dit la Reine, du soin de le convertir'. »

Madame de Louvigny était bien la seule qui pût croire encore à la possibilité d'une conversion !

Ces illusions, cet enthousiasme persistant, tout le monde ne les partageait pas à Saint-Cyr. Depuis longtemps, les esprits prudents, les directeurs, les mères responsables avaient assisté avec une méliante croissante à l'intrusion du huguenot dans l'arche sainte. Une contre-cabale s'était formée. Intimidée d'abord par l'autorité du maréchal de Noailles et par les sentiments connus sinon avoués de la mère supérieure, ce groupe manifesta bientôt des inquiétudes et des dispositions hostiles que la publication du livre de La Beaumelle devait trop justifier.

XLTT INTUODUr.ïIOX.

Le grand roproche qu'on faisait aux amies de La Beaumelle c'était, en livrant tous les documents à celui-ci, d'avoir violé le devoir de piété envers la mémoire de madame deMaintenon. Que répondrait- on maintenant aux adversaires, puisqu'ils détenaient les armes préparées pour la défense? Quant h. « l'hagiographie », il n'y fallait plus songer. Qui accepterait, sans contrôle, la pieuse légende, quand certains détails précis étaient livrés à la circulation où remis à la discrétion du moins sur des confidents? Le projet longtemps caressé d'une histoire de la fondatrice, rédigée pour Saint-Gyr dans l'esprit de Saint-Cyr, était, maintenant, de réalisation difficile, puisque les pièces étaient divulguées, et, qui pis est, altérées, suspectes.

Les personnes qui témoignaient le plus hautement leur hlàme et leur douleur étaient les derniers représentants de la génération qui avait connu madame de Mainlenon dans sa gloire : elles n'étaient pas faites, encore, à l'indiscrétion du siècle nouveau. Ces procédés leur paraissaient tout honnement scandaleux. L'opposition se groupait autour de la femme qui avait été la préférée, l'amie, hi confidente des derniers jours : mademoiselle d'Aumale. Elle était secondée par

INTUODICTION . M-"I

son frère el son neveu MM. a'Auniale, par plusieurs lies (lames de Saint-Cyr et surtout par l'homme qui, étant, à l'origine, responsable du mal, n'en montrait que plus d'ardeur pour le dénoncer et le réparer, Louis Racine'.

C'est à l'instigation de ce groupe que La Beaumelle avait été arrêté, une première fois, et mis à la Bastille en 1154. Le grief était qu'il détenait un exemplaire manuscrit des Mémoires de Mademoiselle dWumale, et nous avons vu, en effet, (ju'il s'était i)rocuré ce document avec plusieurs autres parle secrétaire du maréchal de Noailles. Pour autoriser la mesure arbitraire, on accuse La Beaumelle de détenir des papiers d'Etat. A la suite d'explications aussi délicates qu'embarrassées de part et d'autre, La Beaumelle sortit de la Bastille. xMais la rupture était un fait accompli. La -Beaumelle gardait les documents; il avait mis les plus précieux en lieu sûr; on n'avait pu les saisir chez lui.

Le groupe adverse s'avise alors d'une autre procédure; il songe à préparer, lui aussi, une publication sur madame de Mainlenon et à devancer celle de La Beaumelle. Madame de Louvigny pré-

i. Taphancl, p. 189.

XLIV liVTRODUCTION.

vient celui-ci, dès le 16 juillet 1755 : « Racine m'est suspect, écrit-elle; il est ami des d'Aumale ; il ne serait pas impossible qu'ils lui eussent mis dans l'esprit de faire cet ouvrage avec les matériaux qu'ils ont ou prétendent avoir'. »

Mais Racine était bien paresseux. Ce projet, il le caressait depuis de longues années : son zèle s'était borné à réunir les documents que son imprudence avait livré à La Beaumelle. Irait-il plus loin? On le croit, un instant, à Saint-Cyr : « Supposez qu'il soit vrai que Racine ou quelque autre écrive la Vie de madame de Maintenon; leur projet sûrement est de vous devancer et jiour y réussir de vous susciter tous les embarras imaginables-. » Et madame de Louvigny ajoute « que ce soupçon est, de sa part, des mieux fondés » : on écrivait donc dans le camp adverse.

La Beaumelle n'eut pas de peine à devancer ces lentes et prudentes démarches. Son livre parut. Il dut y avoir, dans le camp des fidèles, un véritable désarroi. Cependant l'idée d'un livre conçu dans un esprit tout difTérent et d'où les endroits difficiles seraient écartés est tellement persistante, elle est tellement dans l'atmosphère de

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