INTRODUCTION. LI
maie put croire qu'il avait achevé un monument. Il dut bientôt en rabattre. Avant de procéder à la publication, quelqu'un (et c'est probablement l'autorité supérieure de Saint-Cyr) crut devoir soumettre l'œuvre entière à la critique d'un personnage compétent. On recourut aux bons offices d'un certain abbé Garrigues de Froment, parfaitement inconnu aujourd'hui, mais qui, alors, passait pour un écrivain de mérite'.
On lui remet le manuscrit. Il le lit, le juge d'abord sévèrement et bientôt entreprend de le corriger. La plume à la main, il sabre impitoyablement à travers ces pages. Sa verve, son ironie s'exercent aux dépens de l'œuvre qui lui est confiée. 11 la trouve ennuyeuse, pâle, traînante, « fade à donner des vapeurs ». « En vérité, écrit-il, ce n'est pas là écrire, mais bavarder ou jaser, comme on voudra. » Ces critiques sévères portent le plus souvent sur les détails précis, minutieux, qui nous paraissent aujourd'hui les plus intéressants par leur exactitude et leur sincérité. Mais ce Garrigues est un « satirique de profession ». Selon le goût du temps, il aimerait une histoire rapide, d'un style court, nerveux, philosophique, abstrait. Madame