‹ Souvenirs sur Madame de MaintenonChapitre 45 sur 71 · LVI I N T H 0 D U C T ION · texte numérisé non relu

LVI I N T H 0 D U C T ION

Mahdeaon cl Louis XIV^ forme ini tableau com- }>lel de la vie intérieure du monarque où les moindres détails ont du prix puisqu'ils émanent d'un témoin oculaire, mademoiselle d'Aumale. L'année 1709 et les charités de madame de Maintenon sont des pages qui expriment surtout la pieuse pensée dont s'inspire une œuvre destinée aux élèves de Saint-Gyr. Enfin, malgré quelques redites, nous avons donné in extenso les deux récits qui terminent la publication : la mort de la duchesse de Bourgogne et la mort de Louis AIW Mademoiselle d'Aumale assista, comme on le sait, à l'agonie du grand Roi, ne quittant le chevet du mourant qu'au moment où madame de Maintenon le laissa elle-même. On comprend qu'elle se soit appliquée, avec sa précision et sa sincérité habituelles, à cette nouvelle rédaction où sa voix s'élève un peu et où l'on sent qu'elle parle pour l'histoire.

Elle s'était procurée la relation en quelque sorte officielle qui figure dans certaines rédactions du Journal de Dangeau, et la rapprochant de ses propres souvenirs, elle acheva un tableau que l'on peut considérer comme complet. Ce récit simple, touchant, où l'on entend, pour ainsi dire, le souftle misérable du grand prince que ronge la

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gangrène sénile, prciul l'aulorilé cl l'accoiil d'une page définitive; c'est nn des plus précieux documents de notre histoire'.

La publication de ce volume, ainsi composé, achève autant qu'il est utile, après deux siècles, le cycle ouvert par les premières confidences de madame de Mainlenon à madame de Glapion et aux dames préférées. Après les ouvrages du duc de Noailles, de MM. Lavallée, GefTroy, après la publication du premier Mémoire de mademoiselle d'Aumale, complétée par la présente publication, on saura, sur elle, à peu près tout ce qu'elle voulait qu'on sût. De môme que, par le recueil de La Beaumelle, les récits de Saint-Simon et le livre de M. Taphanel, — documenté par les lettres de la sœur de Louvigny, — on commence

1. Le récit de la mort de Louis XIV inséré dans l'édition du -Journal du marquis de Danr/euu publiée par M. Feuillet des Conches, 1859, in-8", t. XVI, p. 117, et qui commence par ces mots : « Je sors du plus grand, du plus touchant et du plus héroïque spectacle... » ne fait pas partie du manuscrit original. Nous possédons un manuscrit, relie en maroquin au xvu" siècle et intitulé Remarques de M. le marquis de Daiif/eau sur le roi Louis Quatorze depuis 1684 qui contient (p. 175) un récit diiïérent et qui nous paraît émaner réellement de Dangeau. C'est certainement ce récit que mademoiselle d'Aumale a eu sous les yeux pour compléter ses propres souvenirs. — Il faut comparer les différents récils de la mort de Louis XIV qui sont rapprochés dans le volume La inorf de Louis XIV, Journal des Anthoine, a^vcc introduction de E.Urumont. Paris, Quanlin, 1S80, in-,S".

LVIII l.NTHODUCTION.

à deviner ce qu'elle eût voulu qu'on ne sût pas. Les deux foyers de lumière sont en [)i"ésence : les rayons convergent. Peu à peu, le tableau se précise, la réalité se découvre.

« L'énigme» est-elle déchiffrée? Hélas, non! Le feu a fait son œuvre; ce qui est détruit est détruit.

Cependant, on pourrait peut-être faire, maintenant, un progrès nouveau dans la recherche de la vérité, essayer de deviner par l'ongle le lion et, par le bout d'un doigt rose, l'énigmatique marquise.

Madame de Maintenon fut, en vérité, une femme pieuse, bonne et utilement active. Sa vie n'avait besoin d'aucun apprêt pour que les faits témoignassent pour elle auprès des contemporains et auprès de la postérité. Sa nature la portait vers le bien; la fierté atavique et le dur apprentissage de sa jeunesse la confirmaient dans ces sentiments. Que sa volonté mûrie et réfléchie l'ait énergiquement maintenue dans cette voie, ce n'est pas un reproche à lui faire, j'imagine.

Mais le reproche se justifie davantage s'il porte sur les procédés qu'elle em[doya pour ajouter, à l'honneur de la vertu, les hautes situations du monde et l'hommage d'une universelle considé-

INTRODUCTION. LVIX

ration. Le dessein est trop visible. Tant de rcQexion met en méfiance. La tête agit plus que le cœur. On aimerait qu'ayant réussi, plus qu'aucune autre, l'entreprise de la femme, elle fût plus femme en elTet, ou consentît à le paraître davantage. Pourquoi ce grand mystère? Voilà qui autoriserait les soupçons.

L'histoire doit s'occuper surtout de ce qui intéresse l'histoire. Quelle fut la part d'influence réelle de madame de Maintenon sur la politique des dernières années du règne? Madame de Louvigny a signalé quelques contradictions dans les dires de madame de Maintenon. La matière est délicate. Cependant, le caractère de Louis XIV étant connu, l'influence de la marquise n'a pu s'exercer que timidement, par intervalles et avec les plus grandes précautions. En insistant, elle se fut exposée à des silences ou à des refus qui l'alarmaient trop pour qu'elle les bravât.

Elle était trop inquiète, trop timorée, elle avait un souci trop constant de se garder ellemême pour agir efficacement en faveur d'une cabale ou d'un système. On a constaté, avec raison, que chaque fois qu'elle sentit la moindre résistance auprès du Roi, elle abandonna sans hésiter ses idées ou ses amis.

LX INTROniCTIOX.

Rien, en elle, ne sig'nale la vocalioti politique si caractérisée, au contraire, chez madame des Ursins. Qu'on compare les lettres échangées par les deux illustres favorites, on verra de quel côté sont la passion, la détermination, le courage, le sang-froid. Madame de Maintenon endure et patiente, là où la princesse des Ursins veut et agit.

Louis XIV trouva, en madame de Maintenon, une grave et douce société. Madame de Montespan l'avait conduit aussi loin que possible ; au delà, il n'y avait plus qu'horreur et dégoûl. Celle-ci le rassura et le reposa.

Après un tel triomphe, madame de Maintenon se garde bien de risquer, par une dangereuse exigence, la situation inespérée oi^i elle est parvenue. Sa force est faite de repos et de silence. La lutte n'est pas son système. Elle cède, pourvu qu'elle demeure, en cela bien féminine, un peu féline peut-être, mais nullement conforme au type de grande « meneuse » que la colère et l'imagination de Saint-Simon ont conçu de toutes pièces et fait vivre pour la postérité.

Au fond, sa grande affaire, après le Roi, c'est Saint-Cyr. Le temps qu'elle y passe, les soins qu'elle y consacre, la joie qu'elle y éprouve don-

INTI«ODi:CTIf)N LXI

nciil sa mesure; elle aiiiie les menus [)asse-temps,

les loiij^s enlreliens, les pratiques exactes de la

dévotion, en cela femme encore... un peu moins

parfaite peut-être qu'elle n'eût voulu le paraître,

mais qui eût obtenu plus aisément l'admiration de

l'histoire si elle se fût moins appliquée à la lui

imposer.

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