‹ Souvenirs sur Madame de MaintenonChapitre 55 sur 71 · Suivant Saint-Simon, le duc de Nevers aurait découvert · texte numérisé non relu

Suivant Saint-Simon, le duc de Nevers aurait découvert

A la lin de cette année (1683), dans le mois de décembre, madame la Dauphine accoucha du duc d'Anjou, qui fut depuis Philippe V, Roi d'Espagne. Le Roi fut enchanté de la naissance de ce second prince, et témoigna encore plus de joie à ce second accouchement qu'au premier. Madame de Maintenon étoit alors dans une faveur totalement déclarée. Elle avoit paru jusqu'ici, tant aux yeux du Roi que de tous ceux qui la voyoient de près et sans prévention, si chaste et si pure dans ses sentiments, si retenue et si vraie dans ses propos, si patiente dans l'adversité, si modeste dans la prospérité, si humble et si droite dans toute sa conduite, qu'elle étoit admirée et respectée non seulement de la plupart des courtisans et des grands seigneurs de la Cour, mais des princes et du Roi même qui n'a jamais manqué l'occasion de lui faire rendre toute la considération et le respect que sa sagesse, sa modération, son désintéressement, sa piété et sa vertu à toute épreuve sembloient lui mériter...

Les amies de madame de Maintenon, pour lors, étoient mesdames les duchesses de Ghevreuse et de Reauvilliers, madame de Montchevreuii, madame la

quatre ou cinq jours auparavant de quoi il s'agissait, et il emmena sa femme à Rome, •• où il se moqua bien de Monsieur le Prince ». {Saint-Simo?i, Ëdit. Chéruel de 1857, t. XI, p. 453.)

princesse d'Harcourt et madame la comtesse de Gramont.

Mesdames de Chevreiise et de Beauvilliers avoient le mérite auprès de madame de Maintenon de n'avoir jamais voulu faire leur cour à madame de Monlespan, malgré l'alliance que monsieur Colbert leur père avoit faite de sa troisième lîlle avec le duc de Mortemart, neveu de madame de Montespan et lils du maréchal de Vivonne. Il en avoit coûté au Roi pour ce mariage quatorze cent mille francs pour la dot de mademoiselle Colbert; mais aussi c'étoit réunir les intérêts d'un grand ministre, tel que monsieur Colbert, et ceux de la maîtresse du Roi.

Ces deux dames furent donc enchantées de trouver dans madame de Maintenon un moyen plus honnête de se rapprocher du Roi leur bienfaiteur, d'autant plus qu'elles s'en voyoient fort éloignées par la mort de la Reine dont elles étoient dames du palais; elles s'attachèrent à elle; leur liaison, petit à petit, devint intime, et dura jusqu'à la disgrâce de monsieur de Cambrai, auquel elles étoient fort attachées.

Si mesdames de Chevreuse et de Beauvilliers recherchèrent l'amitié de madame de Maintenon, la dite dame, de son côté, ne fut pas fâchée de faire sentir au Roi par leur empressement la différence qu'elles mettoient entre madame de Montespan et elle.

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Madame de Montchevreuil étoit une ancienne amie de madame de Maintenon ; elle l'avoit placée, comme j'ai dit ci-devant, dans la maison de madame la Dauphine.

Madame la princesse d'Harcourt étoit fille de monsieur de Brancas', chevalier d'honneur de la Reine, connu particulièrement par ses fameuses distractions , et l'ami intime de madame de Maintenon. C'étoit madame de Maintenon qui avoit fait le mariage de sa fille avec le prince d'Harcourt-. J'ai cru qu'il étoit bon de n'oublier aucune des circonstances qui la regardent pour justifier madame de Maintenon dans la constante amitié qu'elle eut pour elle; à quoi il faut ajouter qu'elle n'a jamais su ou cru toutes les histoires qu'on en a faites; elle n'a vu dans madame d'Harcourt que ses malheurs domestiques et sa piété apparente ^

Madame la comtesse de Gramont avoit pour

1. Charles, comte de Brancas, fut nommé en juin 1041, chevalier d'honneur de la Reine-Mère, à la place du duc d'Uzès; il mourut à Paris le 8 janvier 1G81, à soixante-trois ans. II était frère cadet du duc de Brancas-Villars. C'est le comte de Brancas que La Bruyère a peint, dans ses Caractères, sous le nom de Menal'/ue.

2. Alphonse-Henri-Gharles de Lorraine, prince d'Harcourt, naquit le 14 août 1G48. Aide de camp du Dauphin en 1684, capitaine des gardes à la cour de Lorraine, de 1702 à 1703, il mourut à Montjeu en janvier 1719.

3. Pour bien comprendre ce passage, il faut lire dans Saint- Simon (Èdit. Boislisle, t. X, p. 366), le portrait de cette étrange personne.

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madame de Maintenon le goût et l'habitude du Roi, car madame de Maintenon la trouvoit plus agréable qu'aimable, et il faut avouer qu'elle étoit, les trois quarts de la journée, angloise insupportable, quelquefois flatteuse, plus souvent dénigrante; enfin il n'y avoit en elle que sa mine et son nez qu'on ne pouvoit rabattre. 11 est vrai aussi qu'elle conservoit toujours beaucoup d'esprit, sous les différentes formes ou son humeur la faisoit paroître'.

Madame de Maintenon joignit à la raison du goût du Roi pour la comtesse de Gramont celle de sa conversion que beaucoup de circonstances rendirent authentique; mais il ne sera, je crois, pas hors de propos d'en raconter l'histoire. La dernière des galanteries de madame la comtesse de Gramont fut du Charmel-, gentilhomme lorrain, fort riche et à la

1. Saint-Simon fait de la comtesse de Gramont un portrait plus favorable. « Sa femme (il a parlé précédemment du comte de Gramont), qui avoit le port et l'air d'une reine, en avoit aussi toutes les manières. Rien de plus salé, de plus instruit, de plus digne, de plus trayé pour ses compagnies, ni de plus recherché à la Cour. Son dédain naturel étoit tempéré par une piété haute et éclairée, qui en avoit fait une véritable pénitente. Le Roi avait pour elle un goût que la jalousie et l'art de madame de Maintenon, ni toutes les tares de jansénisme qu'elle ne redoutoit guère, ne purent jamais vaincre. Elle avoit tant d'esprit, qu'elle en donnoit aux autres, et qu'elle allioit les devoirs et le respect de femme avec la parfaite connoissance et le plus vrai mépris des déportements et des misères de son mari. » {Saint-Simon, Édit. Boislisle,

t. XVI, p. yoi.)

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