‹ Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premières Assemblée Législatives; ouvrage posthumeChapitre 24 sur 56 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

Trnits détachés. — Habitude de Mirabeau de donner des surnoms. — Comment il désignait Sieyes, d'Espreménil, Lafayette, M. Necker, Clavière. — Son opinion sur Washington et ce qu'il aurait fait à sa place. — Mots de Mirabeau sur l'assemblée. — Sou impatience pour les éloges donnés à la médiocrité. — Mot de l'auteur à ce sujet. — Anecdote sur le vicomte de Mirabeau. — Réponse plaisante du vicomte. — Courage personnel de Mirabeau. — Adoré par ses domestiques. — Visite à la Bastille. — Son amitié pour Cabanis. — Cause de la mort de Mirabeau. — Ses derniers momens. — Son legs à l'assemblée. — Son activité. — Vues sur le ministère qu'il projetait.

Je vais placer ici quelques traits détachés, comme ils s'offriront à ma mémoire.

Mirabeau aimait beaucoup à donner des surnoms composés de noms connus dans l'histoire •, c'est une manière énergique de peindre des caractères et de présenter des rapprochemens d'un seul mot : Voltaire en avait souvent donné l'exemple ; il appelait le roi de Prusse Alaric-Cottin. Mirabeau désignait fréquemment Sieyes sous le nom de Mahomet , surtout à l'époque où il gouvernait les communes ; il

appelait d'Espreménil Crispin-Catilina , ponv présenter le ridicule de ses conspirations. li appelait très plaisamment le rigide Camus le Drapeau- Rouge , par allusion au drapeau rouge de la loi martiale : il avait une physionomie enflammée et son nez était couleur de sang.

<i 11 voudrait être un Grandisson-Croniwell » , disait-il en parlant de M. de Lafayette, qu'il voyait comme un ambitieux impuissant , qui veut jouir du suprême pouvoir sans oser le saisir, ni sans en avoir les moyens. » Sa haine en cela le rendait très injuste ; il disait de lui qu'il avait bien saute' pour reculer ; c'est qu'il ne répondait point à la réputation qu'il s'était faite en Amérique. Il l'accusait de ne désirer que la gloire des gazettes. M. de Narbonne disait que Lafayette avait toutes les grandes qualités , mais que dans toutes il manquait quelque chose ; cependant Mirabeau avouait son sangfroid. « Tout ce qu'il a de talent, il le possède toujours. » (i)

On parlait de Washington ; on admirait la sa-

(l) Connaissant toute l'estime que M. Dûment professait pour le caractère et les talens de M, de Lafayette , j'aurais supprimé ce paragfraphe, si je n'avais eu la crainte qu'on ne me reprochât d'avoir altéré un manuscrit confié à mes soins. Quelques personnes ayant eu communication de cet ouvrage, du vivant même de l'auteur, auraient pu croire à des altérations plus graves , si elles n'avaient pas retrouvé cette opinion de Mirabeau sur l'un des hommes qui lionore le plus son pays. {Note de Véditeiir.)

gesse, la proportion de toutes ses qualités, ce caractère qui n'était point brillant , parce que toutes les vertus étaient dans leur juste mesure ; Mirabeau lui rendait hommage , mais il disait qu'à sa place , après avoir fini la révolution américaine , il aurait réuni tous les aventuriers qui auraient voulu s'attacher à lui, et serait allé tenter la conquête presque assurée de l'Amérique espagnole. Le fait est que Mirabeau ne se sentait point capable de cette noble vie de l'homme dans la retraite et la paix, otiumcuni dignitate.

Il disait de M. Necker : « C'est une horloge qui retarde. » Les liaisons que nous avions voulu former entre lui et M. Necker n'eurent point de suites : M. Necker ne sentit pas tout le parti qu'il en pouvait tirer et ne voulut point lui donner de confiance ; il voulait mettre dans ses liaisons politiques la même délicatesse que dans un mariage ou dans une société : il ne connaissait pas l'époque où il était, et Mirabeau le jugeait faible et impuissant; il le regai'dait comme un pygmée dans la révolution. Il Mallebranche voyait tout en Dieu, disait-il ; M. Necker voit tout en Necker. » 11 l'accusait d'avoir vu tout le royaume dans la rue Vivienne , c'est-à-dire , dans le jeu des fonds et les affaires de finances, (i)

(l) M. Necker mettait une pruderie d'honnête homme à ne pas se lier avec un roué , comme il regardait Mirabeau ; il a même nié ce commencement de liaison avec lui. J'<!n parlais à l'archevêque de Bordeaux qui m'assura que

Il disait de Clavière que c'était un homme par la télé et un enfant par le cœur. Il avait toujours besoin d'un régulateur ; laissé à lui-même , il variait sans cesse.

J'ai oublié le nom d'un membre de l'assemblée qu'on avait employé dans les commencemens comme porte-voix, et qui débita un Jour un discours très supérieur à ses talens qu'on avait composé pour lui : Mirabeau l'appelait le Paillasse de Véloquence.

En voyant un emblème du Temps armé d'une fau\ et tenant une clepsydre , toujours plein de son objet , pendant l'assemblée nationale , il s'écriait : te Nous avons pris sa faux , mais nous n'avons pas pris son horloge. »

Mirabeau disait : <: L'assemblée nationale aurait besoin d'un Fabius, elle a assez eu d'Annibals. »

En parlant des illusions qui avaient gouverné les honunes et avaient passé sans retour , il disait : « On a vu long-temps à travers une lanterne magique, mais le verre est cassé. "

« Lorsqu'un étang est plein , observait-il , une taupe en perçant la digue peut causer une inondation. »

je me trompais. « Je sais, me dit-il, de M. Neckcr luimême qu'il n'a vu deux fois Mirabeau à Versailles que relativetiient aux affaires de Genève : il a demandé une conférence que je n'ai pu refuser. » Il est vrai que les affaires de Genève avaient été le prétexte , le mot ostensible , mais non pas l'objet. Quelle faiblesse dans un bomme d'esprit! (-\o(e de l'auteur.)

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Il supportait impatiemment les éloges donnés aux talens médiocres : c'est un secret de l'envie pour dénigrer les hommes supérieurs. Il aimait à répéter un mot que j'avais dit 5 je ne suis point homme à bons mots , et ce n'est pas un bon mot que je cite , mais c'est une réponse qui avait produit son effet : <i Nous appelons Clermont-Tonnerre le Pitt de la France, me dit quelqu'un qui voulait ind'rectemenl rabaisser Mirabeau. — Soit, lui disje, mais il faut savoir si M. Pitt serait flatté d'être appelé le Clermont-Tonnerre de l'Angleterre. »

Mirabeau répétait avec plaisir un trait de son frère : le vicomte de IMirabeau était fort gros et fort lourd ; le peuple l'appelait Tonneau- Mirabeau. Un soir qu'il allait faire sa cour à Mesdames , tantes du roi, l'huissier de l'appartement, trompé par l'obscurité du corridor et par la démarche pesante du vicomte, crut que c'était Monsieur, frère du roi , dont l'allure était à-peu-près la même ; il l'annonça en conséquence: « ^Monsieur , dit-il en ouviant. — Ce n'est que monsieur, frère du roi Mirabeau » , dit le vicomte, et le cercle se mit à rire d'une allusion qui avait alors quelque chose de vrai.

Un jour que Mirabeau dînait chez le comte de Montmorrin , le comte lui demanda ce qu'il pensait de son frère. « Ce serait, dit-il , un homme d'esprit et un mauvais sujet dans une autre famille que la nôtre. » Le vicomte lui rendait bien des épigrammes. Ses amis lui reprochaient de se présenter le

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soir à l'assemblée dans un état peu décent ; il était presque toujours ivre. « Mon fi'ère , disait-il , ne m'a laissé que ce vice-là. »

On a élevé des doutes sur le courage personnel de Mirabeau ; il avait pris très sagement la résolution de refuser tout duel dans le cours de l'assemblée nationale. « Ils auront autant de spadassins qu'ils voudront , disait-il , et ils pourront , avec des duels , se débarrasser de tout ce qui leur fait ombrage ; car enfin , quand on en aurait tué dix , on succomberait au onzième. i> Il était toujours armé de pistolets , et ses domestiques l'étaient de même ; il craignit souvent d'être assassiné, quoique sans raison , car il n'y a pas eu d'attentat de ce genre ; et qui aurait osé commettre un crime si dangereux dans la disposition où le peuple était alors? Un soir à Versailles , api'ès nous avoir quitté vers les onze heures , nous le vîmes rentrer quelques minutes après , avec une émotion manifeste. Il n'était pas seul , un de ses gens l'accompagnait , et l'avait retenu par le bras en lui faisant apercevoir un homme qui attendait au coin de la rue , enveloppé dans un manteau. Nous sortîmes avec lui pour voir ce qui en était. Nous trouvâmes l'homme suspect ; il ne prit point la fuite , il se laissa aborder sans peur. <i Monsieur , lui dit Mirabeau , pourrais-je vous demander ce que vous faites là à cette heure? — Monsieur , répond l'étranger , j'attends mon maître qui est dans une maison voisine. — Et me permettrez-vous de vous demander encore pourquoi vous

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avez une épée sous votre manteau ? — Parce que mon maître me la donne en entrant dans cette maison et la reprend quand il en sort. » Nous jugeâmes qu'il n'était pas question d'une aventure sinistre , et après avoir laissé Mirabeau à sa porte , nous rentrâmes sans mauvaise rencontre.

Il était fort aimé de ses gens. J'allai avec lui à la Bastille trois ou quatre jours après qu'elle eut été prise. Nous la visitâmes dans tous les endroits accessibles ; nous descendîmes dans un cachot où l'on ne voulut pas permettre au domestique d'entrer. Le pauvre garçon se mit à fondre en larmes , me conjurant d'avoir l'oeil sur son maître qu'on pouvait tuer dans ces cachots. L'idée de la Bastille réveillait dans l'esprit du peuple les idées les plus sinistres : le cadavre même du monstre leur donnait encore des transes de peur.

J'ai oublié de parler dans l'ordre du récit de cette visite à la Bastille ; elle fut pour Mirabeau une marche triompaale ; la foule qui couvrait les environs se rangeait à son approche ; on lui jetait des vers et des fleurs , on remplissait sa voiture des livi-es et des manuscrits qui avaient été enlevés dans les premiers jours : j'en eus quelques-uns de curieux dont je restai dépositaire pendant deux ou trois mois ; mais le comité de l'hôtel-de-ville , qui faisait imprimer les rapports , invita ceux qui avaient de ces manuscrits à les lui renvoyer ; les miens contenaient une suite des emprisonnemens à la fin de Louis XV et au commencement de

Louis XVI. Je me serais fait scrupule de Jes garder, et je me dessaisis de mon dépôt.

Mirabeau avait un valet-de-chambre nommé Teutch , qui avait été contrebandier et qui racontait des prodiges de valeur, sans se douter qu'il y eût même delà prouesse. « Ces flibustiers , disait Mirabeau , avilissent bien le courage : la plus grande intrépidité appartient aux derniers des hommes. » Le service personnel durait long-temps, car il était fort recherché dans sa toilette , et il l'égayait quelquefois en donnant quelques coups de pied , quelques coups de poing à ïeutch qui les prenait comme des marques d'amitié; et quand son maître, trop occupé , passait quelques jours sans lui donner de ces petites attentions , il faisait son devoir tristement et le temps lui durait beaucoup. « Qu'avezvous , Teutch? vous êtes bien morne. — Monsieur Je comte me néglige tout-à-fait. — Comment! que voulez-vous dire? — Monsieur le comte est si sérieux avec moi depuis huit jours. :> En sorte que par bonté d'àme il fallait lui donner de temps en temps un grand coup de poing au milieu de l'estomac ; et s'il était renversé par (erre, il riait à gorge déployée. Son désespoir à sa mort n'est pas concevable. Son secrétaire se crut obligé de renchérir sur l'affliction publique , et alla dans sa douleur jusqu'à se donner quelques coups de canif dont il eut soin pourtant de ne pas mourir.

Mirabeau avait un fils dont j'ai ignoré la mère : il était aimé et négligé ; il avait cinq ou six ans.

«Cet enfant, disait-il par manière d'éloge, a une âme féroce. » Il croyait que tout ce qui tenait du

sang Mirabeau devait être extraordinaire Je le

voyais fort négligé, je le caressais, et j'étais tout surpris que ce petit animal féi'oce me prît les mains , non pour les mordre, mais pour les baiser: il me paraissait doux et facile à conduire avec un peu de soin et d'affection. Le père faisait pour son enfant comme pour lui-même ; il volait les bons mots des autres enfans pour les lui attribuer : c'était peutêtre ainsi qu'on l'avait accoutumé lui-même à vivre à crédit sur le bien d'autrui comme sur ses propres fonds.

Mirabeau avait pris beaucoup d'estime et d'affection pour Cabanis , qui était encore très jeune dans la pratique de la médecine , mais qui avait de Ja douceur, de l'esprit et une admiration sans bornes pour lui. Il se confia à lui par amitié , se réjouissait même de pouvoir contribuer à sa réputation; et au commencement de sa maladie , quoiqu'il sentît d'abord qu'elle prenait la tournure la plus grave , il n'en voulut appeler aucun autre de peur de lui montrer de la défiance et de lui oter l'honneur de sa guérison. Cabanis a donné le récit de la maladie et de son traitement : j'étais à Genève ; nos plus habiles médecins jugèrent d'après cet exposé même que le médecin, dès le second jour, avait méconnu le mal et perdu la tête : la grandeur du fardeau l'avait étonné. J'ai trouvé , deux ans après, que les médecins d'Edimbourg en portaient le même

jugement : ils ne disent pas que le traitement ait causé sa mort, mais ils disent qu'on n'a rien fait pour le guérir ; eu un mot , qu'on ne traita point la maladie qu'il avait et qui est clairement décrite dans l'ouvrage. Ils ont écarté toute idée de poison : il n'y en avait point d'apparence ; c'était une inflammation dans les entrailles , occasionée par des excès. Il n'y avait pas jusqu'à des actrices de l'Opéra qui avaient cherché la gloire de captiver cet Hercule , et se fiant à la vigueur de sa constitution, il s'était livré sans retenue à tous les plaisirs , comme un jeune homme qui se trouve tout d'un coup en possession d'une nouvelle fortune et qui ne connaît plus de ménagement.

L'évèque d'Autun , qui l'a beaucoup vu dans cette maladie de quatre ou cinq jours , m'a dit qu'aussitôt que les accès de douleur atroce étaient finis , il reprenait sa sérénité , sa douceur , son amabilité pour tous ceux qui l'environnaient; mais il a été le même jusqu'au dernier moment ; il se voyait l'objet de l'attention générale , et il n'a cessé de parler et de se conduire comme un grand et noble acteur sur le théâtre national. L'expression de l'évèque d'Autun était si heureuse que je n'ai pu l'oublier : lia dramatisé sa mort , me disait-il. Dans l'angoisse extrême des convulsions , couvert d'une sueur froide , il y avait des momens où il ne pouvait plus supporter la vie. «i Je souffrirai , disait-il , tant que vous aurez la plus faible espérance de me guérir ; mais si vous n'en avez plus , ayez

l'humanité d'abréger des tourmens dont vous n'avez point d'idée. » Et après un de ces accès violens qui avaient arraché ses cris et vaincu toute sa patience , il se fit apporter ses papiers , il en choisit un qui contenait un discours sur les testamens : « Voilà , dit-il à l'évêque d'Autun , voilà les dernières pensées qu'on aura de moi ; je vous en fais dépositaire , vous le lirez quand je ne serai plus , c'est mon legs à l'assemblée. » Ce discours sur les testamens était, à ma connaissance intime , un ouvrage de M. Reybaz. 11 est fait avec beaucoup de soin ; il est écrit dans un genre qui n'est point celui de Mirabeau , et il est remarquable que jusqu'à son lit de mort il ait conservé ce desii- de gloire empruntée , lorsqu'il avait acquis tant de gloire personnelle , et que sa réputation n'avait plus besoin des dépouilles des autres, (i)

Si je n'avais pas vécu avec lui , je ne saurais pas tout ce qu'on peut faire d'un jour , tout ce qu'on

(l) On a soustrait de ses papiers un discours sur la traite des Nègres qui était de trois on quatre maiiis ; il y avait travaillé lui-même avec affection. Je me souviens d'une belle image qu'il avait jetée dans une description : « Suivons sur l'Atlantique ce vaisseau chargé de captifs , ou plutôt cette longue bière, etc. « Impatient de recueillir les applaudissemens , il lut ce discours aux jacobins , où il produisit un si grand effet , que tous les intéressés à la traite des Nègres réunirent tons leurs efforts pour empêcher ce sujet d'être discuté dans l'assemblée. Ils craignirent que le discours de Mirabeau ne fit abolir la traite par un décret d'enthousiasme. {Note de l'auteur,)

peut placer dans un intervalle de douze heures. Un jour lui yalait plus qu'à d'autres une semaine et un mois : tout ce qu'il menait ensemble était prodigieux ; du projet à l'exécution point de temps perdu. Le lendemain n'était pas pour lui l'imposteur qu'il est pour tous les hommes : la conversation seule pouvait le débaucher, et encore il en faisait un moyen de travail ; c'était presque toujours à la suite de quelque conversation qu'on mettait la main à l'œuvre et qu'on préparait des écrits. 11 lisait peu, mais il lisait très rapidement et discernait d'abord ce qu'il y avait de neuf et d'intéressant dans un ouvrage. Les copies se faisaient dans sa maison avec une rapidité prodigieuse. A mesure qu'un discours changeait de forme par des corrections ou des additions , il s'en faisait aussitôt de nouvelles copies. Ce travail de manœuvre excédait quelquefois ceux qui en étaient chargés ; mais on connaissait son impatience , et il fallait la servir. «cMon sieur le comte, lui disait un jour son secrétaire , ce que vous demandez est impossible. — Impossible ! dit-il en se soulevant de sa chaise ; ne me dites jamais ce bête de mot. 11

La liaison de Mirabeau avec la cour , dans les six derniers mois de sa vie , n'avait pour objet que d'arriver au ministère ; il lui fallait pour cela renverser bien des décrets de l'assemblée. On lui attribue à cette époque un projet de contre- révolution: je l'ignore. Sa haine et son mépris pour l'assemblée constituante le rend croyable ; l'expérience qu'il

avait acquise donne lieu de penser qu'il n'aurait rien fait légèrement. Je suis persuadû qu'il voulait rétablir l'autorité royale ; mais je suis persuadé qu'il voulait une constitution à l'anglaise , et qu'il ne serait jamais entré dans aucun plan dont une représentation nationale ne fût la base. Il lui fallait une noblesse, car il la croyait essentielle à la monarchie, et le décret qui l'avait abolie est un de ceux qu'il aurait fait révoquer.

Les IMe'moircs ^e^o«///e' ne laissent aucun doute sur les liaisons de Mirabeau avec la cour dès le commencement de 1791. <t Quoique ces hommes ( ce sont les paroles mêmes du roi dans sa lettre à Bouille, parlant de IMirabeauet dequelqujcs autres ) ne soient point du tout de caractères estimables , et quoique j'aie payé les services du premier à un prix énorme, cependant je crois qu'ils peuvent m'être de quelque utilité ; certaines parties de leur projet me paraissent mériter d'être adoptées. i> On voit que le plan de Mirabeau était de dissoudre l'assemblée , par la force et la volonté de la nation môme , en fliisant venir des adresses des départemens, sans employer des armées étrangères , et sans détruire les espérances de la liberté , puisqu'il voulait demander sur-le-champ la convocation d'une autre assemblée. Ce qu'on voit de ce plan n'autorise donc point à regarder Mirabeau comme un homme qui eût trahi la cause du peuple : il était même trop habile pour cela ; il savait bien que toute sa force était dans l'opinion, et qu'il s'anéantirait lui-même en rendant au

• '" nouvoir nbsoln.

Il rapportait toute son ambition au ministère de la France , et voulait effacer tous les ministres passés ; il se sentait assez fort pour attirer à lui tous les hommes d'une capacité distinguée ; il voulait se faire , disait-il , une auréole de talens dont l'éclat devait frapper l'Europe.

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