‹ Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premières Assemblée Législatives; ouvrage posthumeChapitre 5 sur 56 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

désir est uniquement de fairevoii'quesiM. Dumont a consenti à travailler en seconde ligne , s'il préféra en quelque sorte abandonner son propre fonds pour

sa mort, « Ce que j'admire , c'est la manière dont M. Ben- « tham a exposé son principe, les développemens qu'il lui « a donnés , la logique rigoureuse qu'il en a tirée. Le pre- <i mier livre des Traités de législation est un art de raison- « ner d'après ce principe , de le séparer des fausses no- « tions qui usurpent sa place , d'analyser le mal , de mon- « trer les forces du législateur dans les quatre sanctions , « naturelle , moiale , politique et religieuse. Là tout est « nouveau , du moins par la méthode et l'arrangement , et « ceux qui ont attaqué le principe de l'utilité en général, « se sont Lien gardés de toute attaque spéciale sur l'expo- « sition détaillée du système. De Tégoisme , du matéria- « lisme ! mais ce sont là de viles déclamations et d'insi- « pides momeries : voyez dans le catalogue des plaisirs le « rang que l'auteur assigne à ceux de la bienveillance , et « comme il y voit le germe de toutes les vertus sociales ! « Son admirable Traité sur les motjens indirects de prévenir y les délits renferme entre autres trois chapitres qui suffi- « sent pour battre en ruine toutes ces misérables objec- « tions : l'un sur la culture de la bienveillance, l'autre « sur l'emploi 'du mobile de l'honneur, et le troisième « sur l'iuiportance de la religion , en la maintenant dans « une bonne direction , c'est-à-dire celle qui concourt au « bien de la société. J'ose dire que Fénélon aurait apposé Il sa signature à toute cette doctrine. Que l'on considère la « nature et le nombre des ouvrages qui sont sortis de la « plume de M. Bentham : voyez quelle immense carrière « législative il a parcourue ; et n'est-il pas reconnu qu'il « n'y en a point qui aient plus le caractère de l'originalité, « de l'indépendance, de l'amour du bien public, de toute

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cultiver celui d'un autre , cela tenait à son caractère et non à son esprit : or rien ne pouvait mieux me conduire à ce résultat que la publication d'un livre qui lui appartient tout entier, qui fait connaître en détail, et par des faits précis, toute la considération dont jouissait M. Dumont auprès des hommes célèbres avec lesquels il a vécu , qui prouve la profondeur et la justesse de son jugement , la finesse de son esprit , la loyauté de son caractère , et qui fait ressortir toutes les qualités propres de son style. On y verra également en combien d'occasions des hommes éminens recoururent à son instruction » à ses conseils et à sa plume ; et l'on pourra conclure de là , que si plus tard il consentit à se placer au se-

« absence d'intérêt personnel , et du plus noble courage à « braver les dangers et les persécutions qui ont plus d'une « fois menacé sa vieillesse ? .S'a vie morale est aussi belle k que sa rie intellecttielle . M, Bentham passe en Angleterre, « à tort ou à raison , pour être le chef, je veux dire le u chef spirituel du parti radical : on comprend , eu conséu quence , que son nom n'est pas en bonne odeur parmi « ceux qui sont en possession du pouvoir ou qui voient « plus de dangers que d'avantages dans une réforme , sur- « tout dans une réforme radicale. Je ne prétends pas « énoncer une opinion pour ou contre , mais on doit comte prendre qu'il n'a pas eu la faveur du gouvernement ni « celle de la haute société, et cela doit servir de guide , « même en d'autres pays , à ceux qui ne veulent pas se o compromettre : son enseigne ne mène pas à la richesse • et au pouvoir. »

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