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tirer un profit quelconque de mes premiers opéras, qui depuis un demi-siècle remplissent sa caisse, et cela bien qu’une législation plus libérale, introduite dans ces derniers temps, lui en eût fourni l’occasion. A l époque où, banni d’Allemagne, je me trouvais heureux de toucher, pour mes opéras, des honoraires, si misérables qu’ils fussent, j’ai vendu à tel ou tel directeur du théâtre de Leipzig, Tannh 'àuser Lohengrin, etc., pour la somme de vingt louis d’or, si je ne me trompe. Baser sur cette cession absolument privée, consentie une première fois à M. le docteur Schmidt, une deuxième fois à M. Wirsing, (etc.), la prétention qu’a la ville de Leipzig d’être propriétaire définitive de mon œuvre, cela peut être, à la rigueur, en raison des déplorables usages en cours, conforme au droit strict, cela ne l’était ni à l’équité ni à la simple honnêteté. Devant les tribunaux, mes conseils n’ont en effet pu sauvegarder mes droits réels, que là où l’on ne pouvait pas produire de lilres juridiques de celle nature; d’autres théâtres, par contre, comme ceux devienne, de Hanovre, de Cassel, de AViesbaden, dans un sentiment de haute convenance, m’ont fait des concessions, bien qu’ils eussent en mains des titres juridiques aussi peu solides. 11 me semble qu’il serait désirable que ma ville nalale se décidât, â son tour, à suivre le bon exemple qu’on lui a donné ailleurs.
» Je vous prie donc, vous qui, jusqu’ici, avez si énergiquement pris en mains la défense de mesinlé-
190 SOUVENIRS SUR RICHARD WAGNER, rêts, de faire tout ce qui dépendra de vous pour que mes droils sur mes premiers opéras : Rienzi , le laisseau fantôme, Tannhâuser , Lohengrin et les Maîtres Chanteurs me soient formellement reconnus pour tout le temps où mes œuvres ne seront pas dans le domaine public, et qu’on me paie des droits d’auteur pour chaque représentation ; étant désireux de faciliter un accord, je ine contenterai de demander cinq pour cent sur la recette brute.
)) Veuillez agréer l’expression de ma haute consi¬
dération .
» Votre dévoué,
» II. WAGNER
En même temps que ces deux lettres, Wagner m’envoya, le même jour, le télégramme suivant .
Baÿrcuth, ce 10 janvier 1881.
« A quand les représentations à Londres ?
» WAGNER
Les lignes suivantes, de la main même de Wagner, ont trait à une question d’honoraires.
Bayreulh, ce 18 janvier 1881.
(t Très cher Monsieur,
» Est-ce que cet envoi était pour la première ou la deuxième représentation de la Wal/iyrie?
» R . WAGNER
BERLIN
Le Secrétariat du Théâtre répondit au Maître que j’étais parti pour Munich avec mission d’y obtenir un congé pour monsieur et madame Vogl, engagés pour les représentations de Berlin, et lui certifiait, en même temps, que la Walkyrie n'avait été donnée qu’une seule fois dans le courant de décembre. Bar une lettre du 20 janvier, Wagner s’informa auprès de Seidl de l’exactitude de cette affirmation; la lettre suivante, que je lui écrivis, fait allusion à cet incident :
Leipzig, ce 28 janvier 1881.
« Très vénéré Maître,
» Je vois, d’après une lettre adressée à notre ami Seidl que vous êtes dans l'erreur, par rapport à une représentation de la Walkyrie , erreur dont Seidl a été cause en vous parlant d’une représentation de cet opéra en novembre, alors qu’en réalité, elle a eu lieu le 25 septembre. Après avoir lu votre lettre à Seidl, j'ai fait faire des recherches dans les livres et j’ai trouvé ce qui suit :
» Vous avez reçu pour le cycle complet : en juin 1X80: mille deux cent soixante-six marks; pour la Walkyrie , le 25 septembre : cent quarante-trois marks cinquante; le 5 décembre : deux cent quarante-cinq marks douze.
» Vous recevrez vos droits d’auteur pour la représentation fie la Walkyrie qui a eu lieu le 9 de ce mois, en même temps que le compte de janvier.
Vous pourrez voir, cher Maître, d après le tableau ci-joint, que la Walkyrie n’était pas au répertoire en novembre. Je donnerai Siegfried et le Crépuscule de ; Dieux en février, et, je l'espère, tout le cycle en mars.
» En ce qui concerne notre entreprise à l’étranger, on insiste, beaucoup, à Londres, pour que j y repiésenle les Nibelungcn celle année même, dans le courant de juin. Mais, jugez vous-memesi cela m est possible. Le 29 mai, clôture probable à Berlin. 11 me faudrait ouvrir, au plus tard, le 6, à Londres, car la saison y est terminée lin juin. Puis-je, en si peu de temps, me transporter à Londres avec mon énorme matériel technique? El puis, le tout n’est pas de le transporter, il faut ensuite l’agencer. Je tâche donc de renvoyer Londres à l’année prochaine, en même temps que Paris. A cette occasion, je vous prierais de vouloir bien me confirmer, par lettre, le droit exclusif de représenter Lohengrin et Tannhauser à Paris.
» Si j'ai tardé à répondre à votre dernière lettre, où vous m’exprimiez le désir si fortement et si justement motivé, de voir le théâtre de Leipzig vous payer désormais des droits d auteur pour vos piemiers opéras, c'est parce qu’on discute ici en ce moment la question de savoir si l’on continuera d’affermer le théâtre, ou si la ville l’exploitera ellemême. Ce n’est que lorsque cette question de principes sera résolue, que je commencerai les démarches nécessaires, et je ne négligerai rien pour qu’elles