‹ Souvenirs sur Richard WagnerChapitre 19 sur 25 · K R LI N · texte numérisé non relu

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aboutissent. A cette occasion, je voudrais rectifier une erreur. Il est certain que, dans d’autres circonstances, M. Batz vous a rendu des services, en ce qui concerne vos intérêts matériels et je ne veux nullement le contester; mais il est hors de doute aussi que c’est sa taule si vous n’avez pas touché de droits d’auteur pour vos premiers opéras, depuis le 1 er juillet 1870. Dès mon entrée en fonctions ici, et contrairement à la manière de voir de mes prédécesseurs, j’ai déclaré que je me faisais un devoir de ne pas vous considérer comme lié à jamais par les traités que vous avez conclus, on sait dans quelles circonstances, avec les directions antérieures, et de ma propre initiative, j’ai offert à M. Batz, que vous aviez chargé de vos intérêts, trois pour cent de droits d’auteur. Mais cette offre fut repoussée d’une façon si brusque, pour ne pas dire plus, qu’il ne me resla qu’à rompre toute relation avec M. Batz.

» Mes préparatifs à Berlin avancent d’un pas sûr et j’ai l’espoir que là aussi je ferai de la besogne qui méritera votre approbation.

» Je baise respectueusement la main à madame Wagner et je reste » Votre reconnaissant et dévoué,

0 ANGELO NEUMANN

« Mon cher ami,

» Vous me demandez de vous accorder le droit exclusif de représenter Tannhâuser et Lohcngrin à

Paris; ce droit, je ne puis vous le concéder qu’avec certaines restrictions que je tiens à préciser. Vous avez l’intention de donner des représentations allemandes à Paris au printemps de 1882. Si d’ici là, il n’y a pas eu de représentations françaises ou italiennes de Lohengrin en particulier (soit au Grand Opéra, soit au Théâtre italien), j’aurai à veiller à ce que votre entreprise ne soit pas entravée par une concurrence parisienne, qui s’exercerait en même temps. Dans le cas où les représentations susdites, dont je n’ai, du reste, pas entendu parler, et pour lesquelles on aurait besoin de mon autorisation, car mes dioits d’auteur sont heureusement sauvegardés, grâce au cartell qui existe en France, dans le cas, dis-je, où ces représentations pourraient avoir lieu, je subiiais des dommages matériels considérables si je devais refuser l’autorisation de représenter mes œuvres à Paris pendant la prochaine saison d’hiver. Veuillez réfléchir à tout cela et me proposer une formule de traité qui soit de nature a nous donner satisfaction a tous les deux. Du reste, je ne crois pas aux représentations françaises ou italiennes à Paris : j’en entends toujours parler, mais cela ne va pas plus loin.

» Élanldonnées les circonstances telles que vous me les décrivez, les représentations à Londres me paraissent bien dilïiciles à réaliser cette année, car ce n’est qu’au prix de très gros sacrifices d’argent, que vous arriverez à transporter a temps, votre matériel là-bas, et les sacrifices seraient hors de proportion

BERLIN

avec les mille livres que Ion vous garantit par représentation. Je serais désolé que le projet échouât, car Tannée prochaine, la situation sera sensiblement la même.

» Vous m’avez dit, dans une de vos lettres, que vous songiez à faire refaire à neuf tout le matériel des Nibdungen y et que vous aviez en vue diverses améliorations. Quand vous en arriverez à les réaliser, souvenez-vous donc, je vous en conjure, de Charles Brandt. C’est lui qui a tout créé, ici, sous mon inspiration, et il est difficile de faire mieux que lui; beaucoup Tout maladroitement copié ; je suis de nouveau en rapports avec lui à propos de Parsifal , et en dépit de certaines rudesses de son caractère, je me félicite d’avoir affaire à un homme aussi intelligent, d’esprit aussi actif et aussi inventif.

» En ce qui concerne la question de mes droits d’auteur à Leipzig, je m’en remets absolument à vous; vous la soumettrez à qui de droit quand vous croirez le moment opportun.

» Je regrette que la question du nombre des représentations de la Walkyric à la lin de Tannée passée reste toujours énigmatique pour moi. Au commencement de décembre, deux de mes amis ont assisté â une représentation très médiocre de cet opéra à Leipzig, à laquelle Bulow assistait également et dont Seidl s’est entretenu avec lui à Meiningen : elle a dû avoir lieu le 5 décembre. Après Noël, vous avez eu l’amabilité d’accorder quelques jours de congé à

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Seidl, pour venir me voir: cette visite a certainement eu lieu avant le nouvel an. Or, Seidl me parla, a Bayreuth,d'une nouvelle représentation, qui fut excellente, parce qu elle avait été précédée d'un nombre suffisant de répétitions. Il est donc très naturel que j'aie cru à deux représentations en décembre. 11 faut donc admettre ou bien que Seidl m a raconté des blagues, ou bien que j’ai compris ses paroles de travers. Je ne dis cela que pour expliquer l’obstination que j’ai mise à soutenir ma réclamation.

» Que le bon Dieu vous ait en sa sainte garde et lasse réussir votre entreprise.

» Je vous envoie mes cordiales salutations.

» Votre dévoué,

» U. WAGNER

„ Bayreulli, 29 janvier 1881. •>

Dans ma lettre suivante, où il était surtout question du droit de représenter Tannhavser et Lohengrin à Paris, je dissipai le malentendu au sujet des représentations de la Walkyrie. Seidl avait fait un rapport parfaitement exact au Maître, mais il avait commis une erreur au sujet delà date. La médiocre représentation, à laquelle Bulow avait malheureusement assisté, avait eu lieu le 2o septembre et celle sur laquelle Seidl put donner au Maître des détails si satisfaisants, le o décembre. Ce fait a été confirmé, d’ailleurs, par une lettre de Hans de Bulow à Anton Seidl. Le Maître m’écrivit :

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