‹ Souvenirs sur Th. RousseauChapitre 15 sur 49 · DE · texte numérisé non relu

DE

envie de contempler les traits d’un semblable nabab. Et à

ae le beau trait de ce Huron-Mécène me revenait en t

— Ah çà, mais comment est-il . fait, cet Américain,

pionnier, ce maître de l’or? Etes vous bien sûr de son idc

Rousseau, lui disais-je, n'est-il pas un élève de C: et ne vous donnera-t-il pas un lingot de chrysocale ou une bank note sur les brouillards du Pactole?

Mon cher, il est comme un autre homme, je vous le ferai

voir Rs et je vous assure qu'il est un e

Tenez, voilà ses quatre mille francs en or 1

vous ? Il fai

ut bien se rendre. Mais l'en

créature aussi rare me persécutait et j'en parlais souvent à

Rousseau, que je persécutais à mon tour.

qu’ en lui disant : — Pensez à l'Américain; de ce brave homme ne s'éloigne pas de notre donc, Rousseau, lui disais-je, que cet homme étonnant

éclairé, comme saint Paul sur le chemin de Damas! Q

précieuse organisation que celle d'un être neuf et sans

tion, qui arrive de ses déserts et se sent tout à coup attiré :

une sion aussi simple. Voyez-vous comme il ne faut désespérer de rien.

— Eh bien! mon cher, demain il viendra me voir, venez. ne

manquez pas.

Le lendemain, j'arrivai à l'heure, et en-me tendant la main, Rousseau me dit tout bas : Eh bien! le voilà, il

quoi ! où est-11? — Eh bien! c’est moi! puisque voulez

Mais jurez-moi que vous n’en direz rien. Je veux

croie à l'Américain, ça l’encouragera et ndra l’un et l’autre plus libres, car je veux lui acheter d’autres au

Ainsi, Rousseau, encore peu aisé en ce moment, avait consacré 4,000 francs à ce tableau, et par une précaution de délicatesse, 1l s’ingéniait à se cacher pour laisser à Millet tout le

plaisir de cette bonne rencontre.

A grande Exposition universelle de 1855 fut donc pour Rousseau l'ère où il se sentit véritablement apprécié, et où les efforts de toute sa

vie eurent enfin leur récompense. Mais ce qu'il y a de curieux à noter, c'est que ce succès, il le dut beaucoup plus aux étrangers qu'à nos Français. Les Américains surtout comprirent à la première impression cet art singulièrement retentissant, et la nature éclatante que Rousseau cherchait à exprimer.

La fiction de son amateur des États-Unis pour le tableau de Millet n'était donc pas si capricieuse qu’on pourrait le penser. Rousseau rendait ainsi, à son ami, un tribut de reconnaissance

.qu'il lui semblait devoir aux hommes qui l’appréciaient le

mieux. Les Anglais furent aussi très attentifs àses tableaux, et le jugèrent comme le plus grand paysagiste de l’époque. Leurs journaux ont très noblement avoué cette suprématie de Rousseau

(à 230 THÉODORE ROUSSEAU

sur leurs peintres anglo-saxons. Les Russes mêmes furent aussi à j lort étonnés de cet art, qui avait de puissantes attaches avec les natures vierges et mélancoliques de leur pays; c’est à un

Russe que le tableau des Côtes de Granville fut vendu.

rands restèrent assez silencieux; leur amour-propre

national si susceptible en art ne se détendit pas ; mais,

| après l'Exposition, on. vit arriver à Barbizon tout un flot de

nains, qui, sous prétexte de pèlerinage à Fontainebleau, ent se fixer autour de Rousseau, le visitaient, et sous les h. plus naïfs prétextes lui demandaient conseil et protection.

>s Lee ulateurs, les petits marchands, les colporteurs d’hô-

sous leur

raélites comprirent enfin qu'il y avait Le main une mine d’or trop longtemps négligée, et ils se portèrent à Barbizon, cherchant par tous leurs moyens persuasifs et fas- Fr s à se rendre Rousseau et sa femme favorables.

Ce fut une bonne et fructueuse année pour Rousseau, qui

nna plutôt de belles espérances que des réalités bien sérieu-

es; mais enfin ce fut un temps d’arrêt et de désarmement, une paix qui malheureusement ne fut qu'un armistice subi par ses ennemis et ses envieux,

1 Aussi, voulut-il être heureux avec ses amis, et tout étonné de se voir arrivé à une fortune aussi inattendue, il ne se lassait pas

re autour de lui. Il aimait à les voir en nombre,

1 aQ ca de les ser

ue samedi, réunis à sa table campagnarde, revenir affamés

s les longues excursions forestières du dimanche. Il était

uisant avec le

pri ren de gaîté et d’entrain, tout en cond : ;

< d'un amphitryon les graves occupations d’un

maître de

maison, qui veut avant tout que ses hôtes soient conte et en

bonne humeur.

Que de bonnes soirées nous avons passées dans sa grange, autour de cette longue table de peuplier, où il conviait ses k amis; le soleil se montrait sur les cimes du Bas-Bréau, que nous nous trouvions encore à discourir sur la peinture, sur ses

fonctions, ses puissances et ses devoirs.

C’était là, sous un mince toit de tuiles, dans cette grange sans

THÉODORE ROUSSEAU BST portes, avec ses murs de grès bâtis à la terre par quelque antique bûcheron, que nous nous rassemblions avec Diaz, Barye, Daumier, Millet, Émile Diaz, Tillot, Louis Laure et sa famille, Alfred Feydeau, Martin Etcheverry, Ziem, Tardif, ete.

Diaz excitait le bon rire de Rousseau par ses caprices, inattendus comme les explosions humoristiques de Goya. Daumier était en verve rabelaisienne. Barye pétillait de sarcasmes et d'histoires mordantes sur les pédants et les prudhommes. Millet ne songeait plus à ses misères, et causait de son pays normand et de ses souvenirs de famille.

Ce fut à ce moment-là qu’on résolut de faire toute une suite de compositions pour un choix des fables de La Fontaine, que Rousseau voulait rassembler en un volume, comme uñ monument à élever au plus grand paysagiste des poëtes.

Notre ami Martin Etcheverry, poète lui-même, et des plus colorés, aussi habile calligraphe que nos vieux entumineurs de manuscrits, se chargea de faire le tèxte. Barye avait à peindre les Animaux malades de la peste, le Lion devenu vieux, le Corbeau et le Renard.

Millet : Phœbus et Borée, le Laboureur et ses enfants, l'Alouette et ses petits, l'Ane et les deux Voleurs, la Mort et le Bücheron, le Be rger.et la Mer, la Forét et le Bücheron, le Paysan du Danube, le Philosophe Scythe.

Diaz avait à faire : l'Homme entre deux âges el ses deux Maîtresses, la Jeune Veuve, les Devineresses, la Vieille et les deux Servantes.

Daumier : le Villageois et son Seigneur, le Cygne et le Cuisinier, l'Écolier et le Pédanit, l’Astrologue, le Savetier et le Financier, l'Huître et les Plaideurs, l’'Ivrogne et sa Femme.

On avait réservé pour Jules Dupré : /4 Grenouille et le Bœuf, le Cerf se Doy ant dans l'eau, le Charretier embourbé.

On devait demander à Eugène Delacroix : Les Compagnons d'Ulysse, le Dragon à plusieurs tétes et le Dr agon à plusieurs queues, Simonide préservé des Dieux, le Songe d'un Habitant du Mogol, Jupiter et les Tonnerres.

iQ | | |

Ainsi chaque artiste avait sa spécialité de création: propre à ses aptitudes : Jules Dupré, les fermes et les pacages; Daumier, l'ironie et les moralités populaires; Millet, le rustique et les paysans; Diaz, le caprice coloré et les folies d'Espagne; Delacroix, le mythologique, l’héroïqueet le fabuleux; Barye, les lions et tous les animaux sauvages; Rousseau, enfin, avait les solitudes, les forêts et les marécages. Il s'était donné la tâche d'illustrer : les Grenouilles qui demandent un roi, le Coche et la Mouche, le Mort et le Curé, le Chéne et le Roseau, les Lapins, le Loup et l’'Agneau, et la Cigale et la Fourmi. Il avait déjà tout son projet pour interpréter cette fable, qu’on croirait impossible à formuler en plastique. Il voulait figurer une journée d'hiver terrible par la gelée et le soleil livide; sur le sol toute une population inerte de cigales, une nuée d'insectes pétrifiés par la bise, tués par le froid, et au milieu, sous un rayon de soleil, le dôme altier d'une fourmilière tout orgueilleuse de son épargne, narguant sous ses myriades de fortifications, sous ses provisions «de mouches ou de vermisseaux, » l'imprévoyance des chanteuses de l'été.

Etcheverry fit un beau texte, comme un manuscrit du temps de Montaigne, Millet deux dessins de Phæbus et Borée, Rousseau des croquis et un grand dessin du Chéne et le Roseau,et une indication du Mort et du Curé; puis revinrent les jours tristes, leS préoccupations dela vie, et le La Fontaine alla dormir dansles cartons réservés pour les années d'abondance, qui ne revinrent que quand Rousseau allait mourir.

N 1857, se leva pour Rousseau un antagonisme hostile, actif et improbe, celui d’un Belge, marchand vaniteux qui s'était imposé la tâche de faire

la baisse sur les tableaux de Rousseau, parce que son orgueil trop intéressé en avait recu des atteintes impardonnables. Ce marchand avait cru pouvoir traiter Rousseau en artiste complaisant; il avait toujours vu en lui un homme doux, bien élevé et presque timide ; il le croyait aussi bonasse que le bonhomme La Fontaine. Il en fut un jour désabusé ; sur une critique qui lui fut trop sensible par son an Rousseau se redressa comme un ressort d'acier et montra subitement à son pédagogue qu'il avait devant lui non-seulement un maître peintre, mais aussi un maître homme.

Plusieurs circonstances fâcheuses prêtèrent secours à ce malfaisant personnage qui prétendait aux honneurs d’un duc d’Arenberg. Le Salon de 1857 n'avait pas été favorable à Rousseau :

les premiers ténors de la critique avaient poussé des hurrahs d'indignation contre ses tableaux. Ils avaient sans doute découvert un nouveau phénix et ils trouvaient bon de jeter à Rousseau les maléfices que Fourrier lance à la lune.

Il s'était aussi opéré une sorte d'évolution dans un certain

nombre de tableaux de Rousseau. Autant il était fier et obstiné

quand on Halte injustement son travail, autant il était

facile et conciliant ue il voyait que ses efforts étaient compris. La phase de son succés avait tout à fait détendu sa résistance.

Tout ce flot de complime: de es survenu depuis

l'Exposition universelle porté à la bonté et au prosély-

tisme. Il lui semblait oil au doiblic une sorte de reconnais-

sance d'être venu commun lui. Il se demandait s’il ne

ndre à que LU 18 de ses désirs, à faire en

devait pas condes(

quelque sorte son éducation] s motifs simples, élémentaires;

il voulait l’attirer au fond de ses on . en passant par les bo-

cages, les plaines attrayantes et les villages heureux. ue. n'était a Des aussi nettement un peintre

s forêts. et cette terre de douce

villageois qu’un end

| culture lui était >. Quoi qu'il en soit, Rous-

seau fit une oyenne- grandeur dont les

compositions sages, pitt ciles à comprendre, eurent

un succès de premier coup d'œil. On lui en demanda d’autres;

sa femme le poussa à cette production d’un placement facile

et qu'elle semblait saisir, comme les enfants, par des joies

Le se voua ne à cette besogne, où tout était

sûreté d’un Flamand. Sa touche aature de travail, dans cette

précision presque i offrait l’aspect d’un poin-

tillé de tapisserie. Nous en étions quefois inquiets. Rousseau

tableaux encore frais

répondait a nos remar

avaient passé par C

t par des voiles trompeurs,

qu'il fallait attendre les juger, et que cette unifor-

pour

dans une Asrad vaporeuse;

mité de touche se

quand tous les éléments matériels de son œuvre se seraient agrégés et fondus par le travail du temps.

Ce n’était pas là cependant le véritable tempérament de Rousseau, qui n’enfantait ses chefs-d'œuvre que dans la fièvre et par des excès d’audace ou des éclairs d'improvisation.

Aussi cette série de tableaux peut-elle être considérée comme le produit de son temps critique. Tout intéressants qu'ils puissent être et bien supérieurs à presque toutes les œuvres des artistes à succès, ils sont peinés et comme sortis d’un travail qui sent trop la discipline et le parti pris d’une méthode.

Aussi l'industriel que j'ai tout à l'heure signalé se répandit-il en critiques passionnées, en manœuvres sans fin, pour agiter l'opinion et l’amener à ses combinaisons personnelles. I1 décida que le meilleur tableau de Rousseau ne devait pas être payé plus de huit cents francs, et il porta si loin l’aveuglement de ses attaques, qu'il acheta des toiles de Rousseau à des prix élevés pour les mettre aux enchères publiques, en se les adjugeant à luimême ou à des compères au prix réduit de huit cents francs, et souvent en les laissant acheter par des amateurs à ce chiffre humiliant.

Cette guerre dura longtemps: elle épuisa et détruisit son ennemi, mais elle fit le plus grand tort à Rousseau en décourageant les amateurs flottants eten donnant au public le plus triste spectacle de discordes inexplicables.

L eut à ce moment (1857) l’occasion d’aller en Picardie dans une contrée qui lui plut par son aspect rustique et bocager, ses constructions en SAS bois recouvertes de torchis et ses hauts toits de chaume:; il y retrouvait comme une agglomération antique des habitations de nos ancêtres paysans. C'était dans un rayon de quelques lieues autour de Bohain, dans l'Aisne, sur la route de Saint-Quentin à Maubeuge. Ii visita tous les villages d’alentour et trouva à celui de Becquigny plusieurs motifs qu’il se proposa de peindre. La grande rue du village lui sembla une composition toute faite. Les maisons de paille et de terre, espacées les unes des autres, un large chemin sablonneux passant au milieu, quelques arbres fluets se détachant sur le ciel, et au fond les bois et l'atmosphère d’une journée calme et sans nuages, tel

fut le programme de son tableau.

Je vis son ébauche toute fraîche qu'il commenca à Barbizon.

Rousseau était le plus entraînant des artistes dans le premier jet d’une longue œuvre. La fraîcheur de l'exécution, la liberté de son pinceau, et ce coup de maîtrise qui n’appartenait qu'à lui, donnaient à son ouvrage un attrait de jeunesse qui se perdait plus tard. Rousseau fut toute sa vie à la poursuite des puissantes harmonies, et lorsqu'il atteignait à l'âge viril et sévère du tableau, on voyait disparaître ce velouté, ce moelleux indéfinissable qui a tout le charme de la fleur.

Le Village resta plusieurs mois dans cet âge d’or de l’art et charma tous ses amis; puis il fallut faire müûrir l’œuvre, lui donner un corps résistant, et Rousseau se plongea de nouveau dans les complications d’un tableau qu'on fait passer du clair au vigoureux; c’est pour arriver à cet idéal harmonique, robuste et affiné que le peintre dépense des mois et des années.

Ce qu’il perdait dans l'opinion publique par les attaques malveillantes de la presse, il le retrouvait en quelque sorte par les expositions répétées des ventes publiques, où les spéculateurs avisés observaient ses tableaux et faisaient provision de bonnes valeurs créées ; mais le monde de la spéculation épargnait pour son compte et avait soin de garder pour lui ses réflexions et ses visées. Rousseau y fut souvent très visité, très discuté, et il en ressortit pour lui une certaine force d’opinion qui le soutint dans la guerre acharnée qu'on lui avait déclarée.

Cette lutte incessante le troublait dans son travail, sans qu'il s’en produisit rien de visible à l’extérieur. Son calme était toujours le même, mais il était évident pour moi que ces critiques l'occupaient par leur bruit, par leur inintelligence etsouvent par la mauvaise foi de leurs procédés. Rien de sérieux, d’instructif pour lui, ne sortait de cette guerre d'écrivains agités, sinon une malveillance et un sans-façon injurieux. Aucun ne mettait le doigt sur ses faiblesses.

Il se recueillait inquiet et soucieux, à Barbizon, avec quelques amis, toujours attentif à leurs conversations, offrait aux uns et aux autres les études, les dessins qui avaient suscité leurs plus

frappantes paroles, et quand il lui semblait, par une expression correspondant avec sa pensée, qu'on avait trouvé le sens de son émotion, il en était tout charmé, comme si l’on eût deviné une énigme.

L'enfant d’un de nos amis qui donnait à sa famille les plus vives inquiétudes sur sa santé, avait conquis le droit d'entrée à son atelier; elle entrait et le regardait peindre pendant des heures, sans que Rousseau fût troublé de ce voisinage étranger. Le plaisir qu'il savait lui causer le satisfaisait lui-même, et dans ce témoin muet, car la jeune fille se gardait bien de dire mot, il devinait une âme ingénue et confiante qui s'infusait des forces au contact du maître.

Que de fois la tendresse paternelle que Rousseau lui montrait a retardé pour la pauvre enfant des crises douloureuses! Rousseau et Millet eurent pour elle des indulgences et des délicatesses toutes particulières. Ils étaient de ceux qui sentaient, en la voyant, une vie frappée dans sa fleur. Je me rappelle encore qu'elle apparaissait à Rousseau comme une ombre fragile, comme un reflet encore vivant des créations les plus suaves de Prud’hon. 11 me disait souvent : « Elle n’est pas de celles qui restent, c'est une colombe passagère, son émigration va venir, »

Trop délicate pour entreprendre un travail actif dans la vie, et désireuse de se créer une indépendance dans l'avenir, car elle y croyait, elle, la jeune fille se mit à peindre et elle demandait conseil soit à Rousseau, soit à Millet. Il reste encore les pages de son album où Rousseau, à la fin de la journée, vérifiait ses études et, comme à une écolière qu’on encourage ou qu'on punit, écrivait sur la feuille, les « bien » et « assez bien »

consolateurs.

Ce fut à la fin d’un été qu'il lui promit, pour la récompenser de

son assiduité et de sa ferveur, un tableau. Il le lui fit en effet, et en 1857 elle devint possesseur d’un petit panneau représentant les Gorges d'Apremont, qui est, dans sa proportion réduite, comme un joyau formant l’ensemble majestueux de l'endroit

HÉODORE ROUSSEAU 239

qu'il ia (x

famille, es s de la possession Se moindre mant au Crayon noir repr

appuyée sur un arbre, qui vient de de l’eau à la rivière.

Tous ces détails pAFAds puérils, mais n'est-ce

pas, mon cher Millet rs poignants,

des points noirs, néf: plus, jours

disparus avec emblaient

devoir nous survivre !

Il s'était in la dessin sur nature jusqu’e

ce P

jour il allait au Bas-B complir cette tâche de E

ag

l'encre d'écolier, il l’a conduit patiemment et par séances jus-

qu’à la plus inextricabl cident

Fe

et sans le moind

trait, pas Un coup L.

forte raffinée deR ad ne de vie et d'un rayon de soleil. Ce dessin nous accablait par sa méthode et le parfait de son exécution à Diaz, car il

le faisait à côté de son fil ur Tillot, ses élè

ile Diaz — mort depuis — et de

un passe-temps qui le déten-

ee tenu à citer ce travail parce qu'il offre un FE ect partide son extrême patience

culier du talent multiple d

et de son but. Ord ns n'étaient que de char-

(1) Ce petit tableau, offert à la fille de notre ami commun, Louis Laure, a été conservé avec religion dans la famille. Aujourd’hui l'enfant est morte, le maître n’est plus et l’ passé. Le tableau fait partie

(2) Ce magnifique dessin £ seau, il est ainsi mentionné vieux Bas-Bréau, s

on de ce temps Rousseau.

ce posthume de Rous- Chênes du 1 collection

1857. Hauteur 22 reproduite.

mantes esquisses de sa pensée, des travaux préparatoires, éruptions brillantes d’une émotion. Celui-là est une œuvre aussi là perfectionnée, aussi pleine qu’une planche d'Albert Dürer. C’est j une œuvre qui devrait figurer à une des plus belles places

de notre musée dans l'élite de l’École française. Car je cher- | che, hormis Rembrandt, le maître assez maître pour contenir f la rectitude de la vue sous cette forme disciplinée, toujours maîtresse des agitations de la main. Je ne crois pas exagérer en

disant que Rousseau domine tous les Flamands par la puissance k. de ses dessins, et qu'il atteint souvent les plus grands par l’originalité de sa peinture. L'ingratitude de notre temps n’a pas encore fait la part de son domaine, mais si ce temps avait une heure de calme à consacrer à Rousseau, il se convaincrait qu’il est un des plus poétiques artistes de tous les temps, un Protée qui prend toutes les formes pour atteindre à son idéal.

me ne ue ne

UAND je reviens aux Salons officiels, c'est toujours pour y retrouver Rousseau aux prises avec l'étonnement et l'irritation que causaient ses

peintures aux délicats, aux curieux de l’imprévu et de la nouveauté.

L'exposition de 1859 offrait cinq de ses compositions parmi lesquelles la Ferme dans les Landes et les Gorges d’Apremont. Le second est un chef-d'œuvre; j'ai tenté d’en indiquer les qualités, le grand calme des temps antiques et la sérénité des atmosphères. Il fut à peine remarqué. Son impression tenait trop sans doute de la majesté éternelle de la nature pour attirer l’attention du public occupé des toiles à fracas « à l'usage des Salons. » Mais le premier, la Ferme, fut très durement attaqué. Les discussions de visu, les lazzi, les images grotesques, les jeux de mots d’atelier n’y furent pas épargnés à Rousseau. La lumière simple et limpide qu'il avait voulu y répandre n’y fut

point observée. On blâma le travail patient et logique de ses arbres, dont il avait tenu à dessiner toutes les phases de végétation et les attaches logiques et naturelles. On n'y voyait plus l'imprévu de son exécution, on s'indignait de cette nouvelle transformation. Sa bonne foi, sa conscience furent bafouées. Il ne resta de lui aux artistes frivoles et aux critiques cruels qu’une œuvre « tricotée et vieillie. » La belle tenue de l'œuvre, son sens intime et agreste furent conspués.

Rousseau en souffrit durement, il se voyait voué jusqu'à la mort à la lutte. et jusqu'à l’humiliation; la critique lui semblait devenir plus ennemie que jamais, en donnant cours à son ignorance et à sa fatuité.

Son existence en ressentit les contre-coups ; les amateurs devinrent plus rares et les marchands moins visiteurs. Il discutait souvent avec certains esprits inquiets de l'avenir, qui venaient lui faire part de leurs troubles. Je retrouve une lettre qu'il écrivait à un de ces interrogateurs éternels qui n’ont ni la force de sentir, ni le courage de juger, et qui demandait à Rousseau une consultation sur la maladie de notre temps, et une opinion sur Eugène Delacroix et sur Ingres, ces deux antagonistes énigmatiques que les pédants s’entêtaient à faire battre sans jamais acclamer de vainqueur,

Mon cher Monsieur,

Pourquoi donc ne m’accordez-vous pas le rendez-vous que je vous ai. demandé pour causer un peu d’art avec vous, après m'avoir mis dans la nécessité de vous dire sommairement ce que je pense, avec toute la pédanterie que comporte une lettre? Faut-il que je fasse des bassesses pour que vous m'offriez un déjeuner, au que vous acceptiez le mien? Je vous poursuivrai au besoin comme un mendiant. Prendriez-vous ma lettre pour une boutade? Croyez bien au contraire qu'elle est étayée sur un fonds qui peut fournir à tous les éléments variés de la conversation, seul moyen

de se transmettre à l'amiable les convictions de l’un à l’autre.

Vous me persécutez par lettres avec votre parallèle sur Ingres et

ET

Delacroix et vous me demandez le mien. Ce sera celui d’un paysagiste et pas plus, et voici comme je l’entends :

Au Jardin des plantes, quand on a perdu un bel animal, ce qu'on voit de nweux à faire c’est de l’empailler; il représente encore quelque chose, L’éléphant du Cabinet d'histoire naturelle est, il me semble, assez respectable,

Avec les œuvres d'Ingres, on pourrait faire un musée qui aurait de l'analogie avec le Cabinet d'histoire naturelle; tout y est respectable : sans quelques aptitudes sérieuses qu'on ne saurait n’y point voir et qui ne se démentent jamais, on ne peut manquer de faire de bonnes œuvres; mais de grandes, c’est autre chose; le don de création personnelle me semble lui être absolument refusé; c'est pourtant là l'important et, s’il faut que je vous le dise, j’aime mieux celui qui m'éclabousse un peu en battant l'eau, que celui qui met un couvercle sur sa citerne, de crainte que le moindre souffle d’air vienne la vider.

Ingres pour moi ne représente plus, à un degré affaibli, que le bel art qu'on a perdu.

Faut-il vous dire que je lui préfère Delacroix avec ses exagérations, ses fautes, ses chutes visibles, parce qu'il ne tient à rien qu’à lui, parce qu'il représente l'esprit, la forme, le verbe de son temps, maladif et trop nerveux peut-être, parce que son art souffre avec nous, parce que, dans ses lamentations exagérées et ses triomphes retentissants, il y a toujours le soûffle de la poitrine, son cri, son mal, et lenôûtre.

Nous ne sommes plus au’temps des Olympiens comme Raphaël, Véronèse et Rubens, et l’art de Delacroix est puissant comme une voix de l’enfer du Dante, l’enfer de notre siècle.

Voilà pourquoi je préfère Delacroix à Ingres, et je ne vous parle ici que de la partie morale et non de la technique de l’homme.

Comprenez-vous maintenant que tout ce que mon intelligence réprouve est en raison directe de tout ce que mon cœur a aspiré, et que le spectacle des méprises et des turpitudes humaines me soit un aussi puissant véhicule d’action dans l'exercice de l’art que le fonds de contemplation sereine que j'ai pu mettre en moi dès l'enfance?

Nous voilà loin, j'espère, des ombrages couronnant l'humble toiture de la demeure primitive, humaine, loin des ramages de la couvée qui repose sous les branches, loin de toutes les tendres choses. Nous sommes partis de là, cependant, l’autre jour, et quand bien même nous y serions restés, croyez-vous donc que nous en aurions longtemps joui? .. . .......

Croyez-le bien, tout part de l’universel, il faut embrasser pour vivifier, Quel que soit l’intérêt qu’on puisse prendre par l'occasion de temps, de

religion, de mœurs, d'histoire, etc., à la représentation de certain type particulier, rien ne vaudra que par la compréhension de l'agence universelle de l'air, ce modelé de l'infini, rien ne pourra empêcher qu'une borne autour de laquelle l'air semble circuler, ne soit une plus grande conception, dans un musée, que l’œuvre ambitieuse d'expression particulière, qui manquera de ce génie. Toute la majesté particulière, spéciale, d’un portrait de Louis XIV par Lebrun ou par Rigaud, sera vaincu par l’humilité de la touffe d'herbe nettement éclairée par un coup de soleil... Que de bavardages, bon Dieu, pour en dire si peu, pour dire qu’en art il faut être plus bonhomme que malin. Mais le temps est aux malicieux et nous parlonsipourales muetsietilés sourds”, "tonne.

Bien à vous,

Th. Rousseau.

L'année 1860 n’eut pas de Salon. Rousseau fut plus tranquille, Il commença à Barbizon son Chéne de Roches (1). Ziem vint près de lui planter sa tente et se lia étroitement avec lui. Ils eurent des conversations très suivies et souvent très agitées qui durent sembler à Ziem de terribles convictions. Rousseau était curieux de son esprit primesautier, de ses courses aventureuses, de sa locomotion d'artiste nomade. « Il est de la religion de Zoroastre, c'est un Parsis enchanté de la lumière orientale, puisset-il la trouver, » me disait-il.

Ziem, en voyant détruire nos vieux moulins de Montmartre, premiers témoins de tous nos artistes, avait voulu sauver le dernier des moulins à vent du vieux Paris, le fameux « Moulin de la Galette. » Il l'avait acheté et on se proposait de le transporter à Barbizon, de construire sa base sur la vaste plaine de Macherin, et là, dans un atelier qui aurait remplacé l’engrenage à moudre le grain, de saisir à toutes les roses des vents, les as-

(1) Ce tableau, exposé en 1861, fut acheté quelques années plus tard par M. E. Blanc, puis ensuite racheté par Rousseau. Il a fait partie de l'Exposition universelle de 1867. Acquis par M. Marmontel, il a été adjugé à 28,000 francs à la vente de ce dernier. Il est maintenant en Allemagne. Toile haut. 89 cent., long. 1 mètre 18 cent.

pects divers des ciels et des plaines. On aurait eu là un Observatoire mouvant, capable de fournir toutes les variations de la lumière sur une circonférence considérable.

La santé de M"° Rousseau dérangea tous ses projets, comme elle arrêtait toutes les entreprises voyageuses du peintre.

Ziem avait une installation à Paris, à Venise, à Barbizon et une à Martigues, dans les belles contrées de la Crau, voisines de Marseille et de ses montagnes helléniques. Il le pressait de venir le joindre et de se distraire des duretés de Paris. Il lui écrivait ces lignes :

Martigues, lundi.

A chaque pas des Claude, des Poussin! Mon cher ami, voici huit jours que j'ai quitté Barbizon; le plus beau temps ne s’est pas démenti une minute, il n’a pas plu ici depuis le mois de maï, les lauriers-roses sont en fleur et on récolte les grenades, comme les pommiers de chez vous. Les herbes des champs sont ici des plantes aromatiques. Les forêts sont des pins, des cyprès, des chênes-verts et des platanes.

J'ai loué à trois minutes de la ville une campagne charmante : rez-dechaussée, salon, salle à manger, cuisine, etc., etau premier un bel atelier un peu moins long que le vôtre, et derrière, une magnifique chambre à coucher, au midi, et une chambre de bonne; la maison est au milieu d’un immense jardin de rapport, le pays est sain et doux, à part le vent du nord dont on m'effraie; mais je me demande si ce vent est terrible, alors que sous mes

eux, à ma porte, un vrai palmier s'étend et prospère en pleine terre! ? 2

cheurs, le paysage ne le cède en rien aux beautés'de la Grèce, c'est suffisamment vous en faire l’éloge, car vous connaissez ma passion pour ce pays. Vous le verrez un jour, et, comme moi, vous n’en reviendrez pas. Les beaux torrents couverts d’arbres, remplis de lierres d’une fraîcheur inouïe; et les steppes aromatiques dans des collines rocheuses à perte de vue, enfin c'est la vraie, la franche nature comme nous l’aimons partout; mais ici rien n’est encore envahi. J’ai déjà travaillé ce matin dans mon atelier, c’est après déjeuner que j'ai voulu vous écrire cette première lettre dont le détail minutieux est pour vous engager à la grave question dont

nous avons parlé avant mon départ. Vous connaissez assez nos deux caractères, si Me Rousseau ne va pas bien, n’hésitez pas, mon cher Rousseau, c'est cette année et non pas plus tard qu'il lui faut ce climat, elle partagera ici notre petit pot-au-feu offert de bien bon cœur, vous savez le reste. Vous travaillez beaucoup sans doute, je serai bien heureux de voir toutes vos belles choses au retour. Je m'intéresse au succès du Village primitif, vous me direz si vous y avez;fait quelques modifications,

Je vous embrasse de tout mon cœur.

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