‹ Souvenirs sur Th. RousseauChapitre 24 sur 49 · LX VIII · texte numérisé non relu

LX VIII

INSt mourut Théodore Rousseau, sans faiblesses et sans orgueil. Peut-être ne crut-il pas à la mort, tant il avait ausculté la vie. Aucune parole ne fit croire qu'il l'avait sentie

| approcher. En tout cas, il ne la craignait point, et, s'ilen eut quelquefois les avertissements, il se crut certainement assez fort pour la voir en face. Peut-être aussi la comprit-il comme une libération, lui qui avait tant souffert, et se dit-il comme les anciens : Je me suis acquitté !

J'étais le lendemain à Barbizon. J'allai le voir sur son lit de mort. Son front était puissant et grave, le visage encore fier et paisible. Il semblait un saint Pierre glorifié par son supplice, un martyr qui défie les tortures et dont le regard libre se réfugie dans l'éternité. Ah ! Rousseau devait voir « les grands spectacles » de ses rêves, ceux qui lui étaient apparus dans ses dernières convulsions. « La grande harmonie », il l'avait

THÉODORE ROUSSEAU 371 conquise. Il était bien mort pour nous, il l'était aussi pour l'art (r).

Son corps a été inhumé au cimetière campagnard de Chaillyen-Bière, paroisse de Barbizon. Il repose près des rejetons d’un vieux bois qui ombrage le champ des morts; les presles, les bruyères fleurissent et meurent autour de lui. La tombe, comme celle d’un chef gaulois, est un monticule de roches apportées de la forêt; placée entre deux grands sapins, nous y avons planté des hêtres, des charmes et des bouleaux, ses arbres favoris. Une inscription laconique signale seule la terre où il repose :

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