CONFÉRENCE SUR LE PAYSAGE ITI
Il faut s'entendre sur la vraie signification du mot paysage. Si c’est la reproduction d’un lieu réduit, d’un coin sympathique et pittoresque, d'une composition justement équilibrée dans ses lignes, dans le résumé dé son caractère propre, certes nous devons beaucoup à la race gallo-flamande pour cette initiation.
Mais si nous appelons paysage l’ensemble synthétique d'un grand tout; et Si vous croyez comme moi que le peintre de paysage est celui qui embrasse tout et fait tout vivre de sa vie propre dans la vie de l’immensité, qui ne voit ni bornes à sa contemplation, ni termes à ses désirs, — c’est aux anciens que nous devons le paysage ainsi compris.
Les vestiges de l'antiquité, Pompéia Herculanum, les vases antiques, les médailles même nous disent assez que l'artiste des premiers âges des civilisations, quand il s’est senti libre, a voulu tout exprimer; mais à mesure que le peintre a été attiré vers l'analyse de ses sensations, il est devenu de plus en plus paysagiste.
Ainsi, quand la Grèce se sent forte par l'intelligence, elle a ses écoles naturalistes, son école de Sicyone qui étudie les animaux et les campagnes, école qui crie à ses disciples : « Allez par les chemins, par les rues, par « les champs, regardez sans cesse tout ce qui passe sous vos yeux et faites « tout ce qui vous semble animé. »
Sycione avait pour emblème la colombe en plein vol dans le ciel, comme pour dire que son ambition panthéistique voulait tout embrasser sous les ailes de sa passion.
Et c’est par la profusion de ses monnaies emblématiques qu’elle communiquait aux nations, ses voisines, sa religion naturaliste : le paysage est attesté ici par les médailles. °
Il est des exemples, messieurs, que vous pourrez vérifier vous-mêmes.
On expose encore au Palais des Beaux-Arts trois copies de fresques antiques découvertes, il y a quelques mois, surle mont Palatin, dans la maison même de Livie, qui fut aussi la maison de Tibère.
Ce sont trois scènes curieuses : l’une où trois dieux sont assemblés dans
un olympe tout à fait terrestre sur la vraie terre et à côté de montagnes et de cours d’eau réels.
L'autre est la vue très formulée d'une rue de Rome, avec ses passants, ses causeurs et ses constructions qu'on croirait être de nos jours.
La troisième est un vrai paysage limpide, tranquille, vaporeux.
C’est une sorte de matinée poétique qui jette ses écrins de douce lumière sur un lac où se baignent de jeunes femmes.
Derrière un rocher, on aperçoit un jeune homme de formes colossales ; l’eau du lac lui arrive jusqu’à la poitrine; il regarde avec une sorte d’attendrissement l’une des jeunes filles qui joue avec un cheval. D’autres femmes nagent et s’agitent autour de lui comme des créatures auxquelles l'élément liquide est familier.
Tout est doux et paisible dans ce tableau, mais le sens particulier du Paysage y acquiert une puissance dominatrice. Le lac est enchâssé dans des rivages où se dressent des rochers de haute forme en lignes superbes, et