COMFÉRENCE SUR LE PAYSAGE V
mais la contemplation extérieure disparaît. On vit dans les basiliques, dans les sanctuaires, et le paysage est abandonné comme le produit d’une sensation matérialiste.
Avant Constantin, alors que les chrétiens étaient persécutés ,on les voit au fond de leurs souterrains porter instinctivement leurs aspirations vers les campagnes.
Ils peignent sur les sombres galeries de leurs catacombes les arbres, les fleurs, les animaux, les fruits, les eaux; tout ce qui leur rappelle en un mot le calme des champs, si nécessaire aux âmes avides d’idéal et aux cœurs remplis d'inquiétude et de justice divine. Mais devenus vainqueurs, les chrétiens oublient la source de leurs inspirations.
Pendant toute la période du Bas-Empire, l'expansion disparaît, l'art n'est plus que le serviteur des sacristies et le très humble ordonnateur des fantaisies, des modes et des révolutions des princes de Byzance. Il s'étiole et se transforme en industrialisme de marchands ; et l’on peut croire qu’il meurt sous les coups des barbares et des folies de Constantinople.
Mais, messieurs, l’art'est aux nations qui ont une âme ce que le cœur est à l'homme. Il bat toujours, et il se dégage de sa servitude quand le moment est venu.
Ce moment de la résurrection, c'est l'an mil.
Après l’an mil, temps où on avait cru à la fin du monde, on croit à son rajeunissement.
Alors surviennent la grande réforme monastique, les élans immenses, extravagants des réformateurs vers la nature extérieure, les saint Bernard, saint Bruno et saint François d’Assises qui, comme Antée, semblent puiser des forces en touchant de leurs pieds la terre et en jetant leurs regards vers le bleu astral.
Vous connaissez tous les visions extatiques de François ; ses conférences solitaires au milieu des bois avec des êtres imaginaires qui lui parlaient sans cesse des beautés infinies de la création.
Vous vous le rappelez en conversation avec Les oiseaux, les appelarit à ses prières, à ses joies ; voulant leur communiquer ses désirs immodérés d’amour pour tout ce qui est l’œuvre de la Genèse terrestre; regardant les animaux comme de sa famille, comme des frères inférieurs, mais comme des frères encore enfants. Il aime à les entendre bégayer une musique qui épanouit son cœur.
Lisez, messieurs, les Fioretti de saint François d'Assises, et vous verrez combien l'amour de la nature extérieure éveillait en lui une ardente flamme, vous le verrez enivré de la senteur et du spectacle des bois; vous le verrez comme Numa puiser son génie de sacrifice et de piété, et de législateur religieux, dans les images de la végétation. Toute forme est pour lui un sujet d’admiration, il y sent l'esprit éternel de la vie, il s’y complaît comme dans une conviction invincible ; et ce chrétien orthodoxe devient alors un panthéiste inconscient.
Soyez sûrs, messieurs, que quand les grands soulèvements spiritualistes se produisent — soyez sûrs —|qu'ils prennent leur source dans les entrailles de la nature. Un homme, une famille, une nation qui aime son sol et
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