VI CONFÉRENCE SUR LE PAYSAGE
qui en a l’admiration fidèle et sentie, est de la famille des volcans, il anime et vivifie tout ce qui l'entoure.
De là, messieurs, naît la résurrection dans l'art ; de François d’Assises, ou plutôt du mouvement panthéistique qui surgit après l'an mil, sort Giorro, un des plus grands génies de l’art, qui retrouva les délicatesses du sentiment sous les formes grandioses et sévères qu’on n’a pas surpassées après lui. ‘
Giotto fut le premier qui revint aux spectacles extérieurs : il avait été berger, il avait longuement songé à la lueur des étoiles, à la verdure de ses pâturages, à la forme des arbres. Devenu peintre, il osa reproduire les chénes verts de son pays, ses montagnes, ses rivières, les animaux de son village, et c'est ce berger qui ressuscite le paysage.
Qui sait, messieurs, la part qu’a prise Giotto aux immenses perspectives de la création de Dante. Giotto était son ami, peut-être son conseiller. Ce qu’il y a de sûr, c'est qu’en lisant l'Enfer, je me suis demandé souvent si Giotto n’était pas l'inventeur de ces paysages sombres où s’agitent les damnés ; de même qu'en regardant un tableau de Giotto, j'ai senti dans ces graves compositions le souffle de Dante hanter les farouches figures du berger. Il y avait certainement entre le peintre et le poète une communauté de sensations, une unité de vues qui faisaient d'eux les Ménechmes d'une création gigantesque dont l'inspiration était dans l'immensité de la nature. Il y avait deux paysagistes avant deux peintres de la tragédie humaine.
Voici le jugement qu'en porte un de ses biographes, Vasari : « Giotto, par « la beauté de ses figures, la symétrie de ses formes, la vivacité de ses phy- « sionomies et sa facilité augmentée par l'étude des efforts constants et heu- « reux, mérita une immense réputation et le titre glorieux de disciple de la «unalure. »
Michel-Ange lui-même, si parcimonieux d'éloges, disait qu’on ne pouvait rien voir qui approchât davantage de la nature. J
Nous nesuivrons pas le mouvement nouveau dans toutes ses phases. Nous saurons désormais que tout artiste de génie sent le besoin d'associer son œuvre à la puissance du paysage, et qu’il n’est pas de grand peintre qui ne soit grand paysagiste.
Voyez les toiles des primitifs, leurs couleurs ardentes, la reproduction naïve des lieux de leur pays; ils peignent sans cesse ce qui les entoure et les charme, vous le constatez dans les missels, dans les livres d'heures. Quand le paysage est impossible dans son développement, par la disposition matérielle de l’objet sur lequel ils travaillent, ils l’ornent de fleurs, de fruits, d'oiseaux et d'attributs qui sont eux-mêmes les ornements naturels des champs.
Il est une particularité très caractéristique : c’est que la plupart de nos ‘cathédrales célèbres contiennent la flore et la faune de leur terroir.
Reims a dans ses volutes et ses chapiteaux les fleurs et les fruits de la Champagne. Bourges a ceux du Berry, Strasbourg a ceux des bords du Rhin, et il n'y a sur aucune l'empiétement végétatif de l’autre. Elles pourtraicturent leur sol et ne vont pas au delà.
Une grande époque, messieurs, est celle qui enfanta les Van Eyck, cette