CONFÉRENCE SUR LE PAYSAGE XI
il partait avec sa femme sur son terroir de prédilection et dessinait, peignaïit la plaine Montmartre, les chemins crayeux qui montent aux Moulins, et les petits bois qui poussaient alors sur le versant nord de la montagne.
Ce qu'il a fait de dessins et d’études d’après cette petite contrée est incalculable. Tous empreints d’un caractère robuste et aérien, tous faits pour préciser justement ce que proscrivait l'Académie : les lointains infinis, les ciels mouvementés, les récoltes jaunies par nos sécheresses ou réveillées par nos pluies, nos flaques d'eau croupissantes, nos chemins vicinaux embourbés, nos barrières, nos guinguettes, nos boulevards extérieurs plantés d'ormes et peuplés de buveurs ou de bestiaux menés à l'abattoir; Michel, dans un mode trop uniforme, il est vrai, a cependant donné une note très vraie comme Parisien, et très étudiée comme peintre, de la nature extérieure de son pays. Ce n’est pas un grand maître, mais, à coup sûr, c’est un peintre très intéressant et surtout d’un tempérament on ne peut plus décidé, comme les hommes bien trempés d'alors.
Particularité étrange, messieurs, Michel allait toujours à ses études orné d’un sabre, et quand il rencontrait de mauvaises mines ou des railleurs, il dégaînait et soutenait ses convictions au bout de sa rapière; il s'écriait dans sa vieillesse : « Il ne fallait pas se moquer de Montmartre, je ne l'aurais jamais souffert. Montmartre était ma santé, je lui aurais donné mon sang ; et je puis dire que si j'ai jamais été bien portant, c’est à Montmartre que je le dois. « Et montrant son bras il disait : » Voyez! jamais la lancette n’aeu besoin de me toucher; — c’est par les coups de sabre que je me suis assaini. »
Dans ce temps-là, on mettait toujours sa parole au bout de son épée!
Je retrouve encore vers cette époque des attaques assez prétentieuses, mais au fond très vraies, sur le joug académique qu'on imposait aux jeunes peintres et à tout ce qui concouraitaux prix proposés par le gouvernement; c'est au sujet d’un artiste inconnu qui avait osé représenter une vue des Pyrénées, considérées alors comme une Béotie interdite aux études classiques.
Voici ce que dit la critique : « Le peintre a osé croire que, pour n'être pas dans l’Apennin ou sur les bords de l'Eurotas, ces rudes formes n’en étaient pas moins de la belle nature; il n’a pas craint de retracer, tels qu'ils sont, des objets qui perdraient leur charme en perdant leur singularité; et renonçant à la prétention de corriger le beau et d'embellir le vrai, il a laissé au modèle le soin de défendre le portrait, et on l’a critiqué.
« Malheur à qui ne verrait la nature que de l'œil de ses critiques! que celui qui aborde la nature sauvage des Pyrénées y dépose le joug de l’autorité classique: qu'il permette à ses rochers d’être en granit et à ses eaux d’être un saphir limpide. »
Ces paroles sont celles d’un voyageur, d’un naturaliste de l'école Jean- Jacques, de Ramond ; elles témoignent assez, je pense, de la décrépitude du temps.
C'est ainsi que le paysage fut compris jusque vers 1820. Quand surgit