XIT CONFÉRENCE SUR LE PAYSAGE
enfin une petite cohorte de hardis novateurs, tous enfants de leurs œuvres où transfuges des ateliers classiques.
Ces nouveaux insurgés étaient presque tous fils dc. élevés la plupart dans l’industrie de la céramique, encouragés par la grende tentative 1 de Delacroix dans son Dante, soutenus par l'art neuf et original de Constable, le peintre anglais, ils agissaient à l'écart les uns des autres comme pour se fortifier à la veillée des armes. C'était Paul Huet, plus poète éléj giaque que robuste peintre. C'était Jules Dupré, Jules André, Decamps, É Delaberge, Cabat, Diaz, Flers, Jadin, Roqueplan.
Jules Dupré avec sa tête bretonne, se disait : Il n’est pas possible d'ad- | mirer des soleils couchants de papier peint, des arbres qu’un souffle jetterait à terre et des montagnes que la pluie ferait fondre.
fl Et il se prit, comme un vaillant novice, à se placer devant un pommier ou un chêne et à en peindre scrupuleusement l’ensemble avec l’idée fixe de NU. reproduire le caractère distinctif de sa race et de signaler le ciel sous lequel ; il végétait. Il ne le peignit pas sur le ciel en silhouette maigreet noire, mais il voulut le peindre dans le ciel, sous les nuages, avec les racines fortement accrochées au sol.
Quant aux harmonies, il les voulut plus résistantes, plus solides de réalité, plus vibrantes des échos et des intensités de la nature. Il cherchait à les faire vivre par la lumière, Il voulait des terrains qui pussent supporter des arbres, et des haies qui pussent fleurir au soleil. Il cherchait enfin l’ensemble, le tout naturel qu'il voyait sous ses yeux, sans se préoccuper encore de la science des lignes, de la soi-disant distinction des sites et de toute cette pédanterie classique qui constituait le bagage des paysagistes de haut style. :
C'est alors que Jules Dupré se montra novateur par l’expression, peintre par la fermeté de son pinceau, et poète par la simplicité des choses qu'il sut admirablement traiter.
Il nous montra de beaux et mélancçoliques pacages, des étendues de verdure où paissaient des chevaux aux crinières hérissées et comme enivrés des sucs bienfaisants des prairies et des atmosphères des campagnes.
Dupré fut à cette époque l'inventeur d’un art qui retrouvait les beautés méconnues de nos pays. Il vit et rendit fortement la vie de nos latitudes ; les solitudes profondes du Limousin, les gaves bruyants de la Creuse, les coupes de bois dans nos forêts, les huttes des bergers et les loges primitives de nos bûcherons et de nos charbonniers dans leurs fonctions naturelles et il les rendit en peintre, en homme qui sent la grandeur de tout ce qui est lié aux conditions simples et vraies dela vie pastorale et bocagère.
Les stylistes ne s’y reconnaissaient plus.
Decamps, lui, fut plus agressif; il leur montra ce qu’il entendait par le style, la grande tenue des compositions, l'élégance et la pondération des plans terrestres. Il créa cet art sérieux et composite, plein d'harmonies originales et nettement colorées comme par les vieux maîtres, puis il l'anima de sujets tantôt pris à la vie moderne, tantôt à celle des Orientaux, tantôt encore à celle de l'antiquité, comme pour nousdire que si l’homme change de vêtement, il est partout le même, qu’il n’est ni moins agile ni moins vi-