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= | Le ” A par leur il ami, se décident à
Saint- Be ‘rnard, la neige dût-elle les surprendre. Ils partent et
un
s rrêtent à Gex, chez M. de Montrond, et, du balcon de l'hôtel
de la sous-préfecture ou d’une de ses dépendances, tous deux
Spies à un spectacle étrange dans les pays de montagnes; par une claire journée d'automne et au milieu d'une fête campa- }
gnarde, ils voient la descente des troupeaux des hauts plateaux [) y!
du Jura, poussés par l'approche des mauvais temps. Une
nation ruminante apparaît du haut des cimes neigeuses et se
répand jusqu'aux derniers pâturages, « semblable à un écri
« de pierres précieuses, qu'un Polyphème lancerait de son
«antre. » La caravane descend grave et lente, envahit les ravins,
contourne les roches
elle s’accumule, se
elle retrouve ses habitations. Cette en marche, d’une majesté biblique, dure des jour: nuits, on l'entend encore dans le vague des brumes, et la trompe des Marcares, le beuglement des vaches et le tintement des sonnettes bruissent comme les accords d’une symphonie pastorale (x).
Rousseau fut fortement frappé de cette splendide journée et désormais elle resta dans son souvenir comme un des plus grands spectacles de la vie animale, dans des pays où la nature domine l’homme de sa prodigieuse proportion. Il avait trouvé le trait d'union pour reproduire une scène aussi grandiose que le sol où elle s’agite. Son plan était arrêté. Il fixe un petit dessin, grand comme la main, qui sera la maquette rudimentaire de son
œuvre, puis il part avec Lorentz au Saint-Bernard par un
(1) Lorentz nous donne de très ca
ctéristiques détails sur cette rentrée
des vaches pr édil
1S qui servent aux Jo $
tagnards qui ont des bras d'Herc ne peau d’un blanc de lait
que nos plus coquettes vive L
de mille et mille
fran
aucoup de ces bi
travailleurs, que nous avions visités en bons
amis, Rousseau et moi, étaient heureux de nous reconnaît
ils nous saluaient d’un bon coup d
sur le balcon; chapeau et nous souriaient, ce qui étonnait gravement les Gexois, qui nou
ient pris pour des leveux de
ins et des dessigneux. On voy s bergères isolées mélées à ce
filé des armées des nourri ères étaient > de l’habit noir et du
chapeau de dame les avait atteintes; Genève et ses touristes avaient
is, hélas! ces ber,
déjà bourgeoisement costumées : 1
illeu
embourgeoisé toutes ces contrées, comme Voltaire avait embourgeoisé Ferney. »
Te THÉODORE ROUSSEAU
temps toujours splendide (1). Ils atteignent l'Hospice; ici la neige les surprend. Rousseau y prend quelques croquis, y fait deux ou trois études à l'huile dans le réfectoire des religieux, peint, de souvenir, le lac et les rocs qui avoisinent l'habitation des Pères et ils se décident à redescendre par la bourrasque la plus
épouvantable qui les arrête un moment, comme égarés dans
la nuit blanche du Dante, où ils ne reconnaissent ni la terre ni le ciel. Pendant sept heures, chargés de leurs sacs de voyage et de leurs ustensiles pesants, ils courent sans arrêt, faisant aux Anglais voyageurs qui les accompagnent une joute
au jarret et un concours aux poumons, qui ne finit que lorsque
la vieille Angleterre se déclare vaincue par la jeune France.
Aux premières maisons habitées, Rousseau et Lorentz s’arrêtent, débouclent leurs sacs et, dans une fièvre d’excitation qui n’a plus de bornes, font de souvenir la charge des Anglais avec tous les détails de leurs extravagances, de leurs embarras et de leurs susceptibilités. Puis, attendant ceux-ci au passage, ils leur proposent une revanche, en les menaçant de faire passer à la postérité le témoignage illustré de leur défaite.
Ils rentrent en France par la Franche-Comté et, au moment où
(1) « L'année 1834 fut célèbre par ses vins excellents et abondants. La température fut si chaude que les plus vieux du pays n'en retrouvaient le souvenir qu'à plus de cinquante ans. C'est ordinairement au neuf octobre, à La Saint-Denis, que les vaches quittent leurs champs de velours vert et de soie d’or. C’est à cette époque qu'elles viennent hiverner dans les étables. Or, le temps était si beau, les pâturages si plantureux, qu’on voulut retarder le jour du retour pour laisser profiter aux bestiaux de la richesse des montagnes; mais les vaches sont coutumières, et, malgré l'atmosphère, la verdure, la magnificence du ciel, le calorique des eaux et des pluies, toute la gent vaccinale se mit, ce jour-là, en rumeur et en mouvement. On eut grand’peine à empécher ces beaux et bons animaux à descendre aux abris des vallées; elles étaient ahuries, hennissantes et convulsionnées. Il en est même qui se tuèrent comme affolées, voulant se rendre instinctivement à Gex, en s’embarquant sur des rochers et sur des chemins créteux, où les chèvres seules peuvent prendre pied. Il fallut obéir aux bêtes; cn ne put les retarder que d’une dizaine de jours, et c’est, je crois, le 15 octobre qui les vit revenir. »
(Lettre de Lorentz.)
ne ns RS PR Re er rm et
les vignerons du Jura célèbrent les marcs du petit vin d’Arbois, ils arrivent à Salins au commencement de novembre. La vieille grand'mère les attendait et fête au milieu de ses amis la venue
de son petit-fils.
Rousseau voulut en rapporter un souvenir vivant et, si peu
habitué et si rétif qu'i qu'il ne quitta jamai coiffée du bonnet ro
fauteuil couvert de
yeux noirs pétillants
1 fût aux portraits, il en peignit une effigie, s; curieuse et émouvante figure d'aïeule, nd des paysannes, assise dans son grand apisserie usée par le temps, elle fixe des
de vie sur le peintre, son rejeton, qu’elle
semble animer de son regard.
Rousseau fit aussi
père, et lui et Loren
plusieurs portraits des vieux amis de son
tz regagnèrent enfin Paris, à la fin de dé-
cembre, par les grandes neiges de l’hiver de 1834.
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in à venir sn Le connaissance de la famille
de « son fils »; il disparut ensuite et Rousseau n'en entendit plus jamais parler.
IL était peut-être retourné à la Faucille, son pays de prédilection ; un ami qui devint plus tard un allié de la famille de Rousseau, M. Fechoz, l'y avait découvert sans le connaître. Sachant
qu'il était artiste, M. de la Fortelle l'avait longtemps entretenu
de son jeune ami, qu'il affectait de nommer son fils à tous ceux
qui lui rappelaient le souvenir de Théodore Rousseau.
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PLAQ DO Or [CCE
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E voyage à la Faucille nous a entraîné dans le monde des aventures, des surprises et des folies de jeunesse. Peut-être me suis-je trop complu
aux récits de cette vie insouciante, à l'odyssée
de deux jeunes affranchis des entraves parisiennes. Mais si je me suis attardé à ces vieux souvenirs, c'est qu'ils tenaient une bonne place dans le cœur et les destinées de Rousseau, et que j'ai tenu, comme lui, à les rappeler à la mémoire de ses amis. C'est son dernier bon temps. Désormais il va boire à la coupe empoisonnée, et rien ne lui sera épargné pour devenir un homme et un patient.
Rousseau rapportait de son voyage plus de vingt études d’après la chaîne des Alpes observées avec ce soin minutieux que lui seul pouvait mettre à un travail aussi compliqué et aussi colossal ! Il avait tout saisi : les crêtes du mont Blanc, ses contreforts, et ses dernières moraines se prolongeant jusqu’au lac de
RE EE D DR LES TEE SRE
Genève, les versants de la Faucille, les ées intérieures avec leurs habitations rustiques, brillant au soleil, ou perdues dans
les verdures du soir, des pâturag es et ie s où se réfu-
gient seuls les Marcares en et les bêtes en famine, des
bois de sapins avec leurs cours d’eau frigide et leurs cascades sur les granits (1). C'était toute une vie d'artiste, tout un monde à débrouiller, à révéler, dontilav 4. 2s germes, c'était vingt années de de rs et de félicités « pour en répandre les bienfaits sur de moins heureux que lui », ainsi qu'il le disait à sa mère.
5: arrivant à Paris, il se met aussitôt au travail; sa première
tâche est de terminer par une esquisse rapide la Descente des Vaches. Il la peint en quelques jours dans son atelier de la rue Taitbout; admirable page qui vaut un tableau en règle et lon-
guement médité. Encore tout frémissant du spectacle des montagnes, Rousseau affirme, dans une intensité de ton aussi sonore
que la trompe d'Uri, son naturel de coloriste. Il allait se mettre
à réaliser son tableau en grande proportion — 2 m. 60 c. sur 1 m. 63 c. — quand il s'aperçoit que son atelier, étroit et sans
lumière, ne pourrait contenir sa toile. Ary Scheffer vient le visiter; il voit son ébauche, il en est étourdi: « Venez chez moi, « mon cher, j'ai un second atelier où personne ne pénètre, je «vous y confinerai, et là vous mettrez au monde un chef- «d'œuvre, si j'en juge par votre esquisse; il ne faut pas vous «laisser refroidir, vous êtes encore tout brûlant du grand souffle «de la montagne, n’étouffez pas sa voix. À demain, tout sera «prêt. »
Le lendemain, Rousseau était en travail d’enfantement, et, en quelques mois, il avait terminé son œuvre.
(1) Il rapportait aussi un petit portrait en pied de lui-même en costume de voyage, son sac de peintre sur le dos, sa pique, ses guêtres de cuir, sa vareuse rousse et un bonnet de laine noire collant sur la tête, dans l’état
où il avait fait le voyage du Saint-Bernard. Lorentz en avait, de son côté, fait un de Rousseau, accoutré en mendiant, affublé d’un immense chapeau de paille, pour rappeler une de leurs innombrables aventures, dans laquelle Rousseau avait figuré un malingreux de mauvaise mine.
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