I. La Roumanie du samedi i8 (3 1) juillet
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inpident dont les documents doivent se trouver en la possession de la veuve d'Alexandre Lahovary.
Tout le monde était reconnaissant envers le comte Gôluchow^ky pour la direction, dans un sens sincèrement pacifique, de la politique autrichienne, pendant son long ministère. Pacifique au point que, un jour, il inventa une sorte d'entente des puissances européennes pour résister au danger américain, une grosse machine qui fit un peu rire aux dépens du comte Goluchowsky , mais qui, évidemment, prouvait sa bonne intention de conserver la paix entre les peuples de l'Europe.
Il est vrai que l'empereur François-Joseph, qui alors était encore en pleine vigueur, avait posé comme condition, en choisissant le comte Goluchowsky pour le ministère des affaires étrangères, que celui-ci ne lui créerait pas des emban^s, et le laisserait finir en paix son long règne.
La seule faiblesse que le comte Goluchowsky eût montré à la Ballplatz, c'était sa phobie inouïe contre la Serbie. Il avait un profond dédain pour les Serbes, dédain auquel n'étaient pas étrangers^ ses préjugés aristocratiques vis-à-vis d'une nation
de paysans non dégrossis, comme il les appelait. Combien de fois le roi Carol attira l'attention du comte Goluchowsky sur Terreur qu'il commettait en n'accordant aux Serbes aucune considération, «t en se figurant, comme il le répétait si souvent, que deux monitors en face de Belgrade, suffiraient pour mettre messieurs les Serbes à la raison.
Malgré cela, il serait profondément injuste de ne pas reconnaître que le comte Goluchowski, qui n'a jamais posé pour une étoile de première grandeur, a occupé le ministère des affaires étrangères d'Autriche-Hongrie avec distinction, et sans les à-coups guerriers du comte d'Aerenthal, d'une capacité évidemment supérieure, mais susceptible aussi de grosses gaffes.
Le comte Goluchowsky m'inspirait donc l'estime légitiûie que l'on a pour un homme qui, ayant bien joué un rôle important, avait su, depuis sa disgrâce, montrer beaucoup de dignité.
Je n'avais pas vu le comte Goluchowsky depui? des années, lorsque, le jeudi Sojuilet igii, jele rencontrai, à 8 heures du soir, dans la salle à manger de l'hôtel Bristol de Vienne. Je retour-
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nais de Londres à Bucarest, torturé par la pensée de la grande calamité qui, d'un moment à Tautre, pouvait s'abattre sur Thumanité.
Le comte Goluchowsky était assis avec un jeune Autrichien que j'avais connu dans le temps. Détail caractéristique, il portait à la boutonnière de son smoking la Toison d'Or en miniature.
Quand on est un des vingt ou trente mortels qui ont l'honneur d'être décorés^ de la Toison d'Or, la porter en miniature à la boutonnière me parut une telle faute de goût que je m'étonnais qu'un homme qui avait représenté le summum de l'élégance ait pu arriver à cela.
J'adressai la parole au comte Goluchowsky, et lui parlai, naturellement, du grand malheur qui menaçait le monde. Il me répondit, avec un sourire presque jovial, que messieurs les Serbes devaient enfin être mis à la raison, et que cette affaire regardait l'Autriche et personne d'autre.
Quttid je hii dis qu'il ne s'agissait plus des Serbes, mais que, si l'Autriche n'était pas raisonnable, la Russie et la France seraient forcées d'intervenir, et que ce serait alors la guerre générale, avec le même sourire, avec la même insouciance gaie, — une gaieté telle que je la lui avais rarement vue, — le comte Goluchowsky me répon-
dit : (( Tant pis pour messieurs les Russes et messieurs les Français ! »
J'ajoutai que ce n'était pas encore tout, que j'arrivais de Londres, et que je pouvais lui donner l'assurance que, bien que l'Angleterre eût, à ce moment là, le gouvernement le plus pacifique de toute son histoire, la logique des choses serait plus forte que la volonté des gouvernants, et que l'Angleterre irait jusqu'à son dernier homme et à son dernier shilling, si l'Autriche s'entêtait dans son intransigeance.
Le visage du comte Gpluchowsky s'épanouit dans un sourire encore plus large, et il me répéta : « Tant pis pour messieurs les Anglais /»
A l'instant même, passa devant mes yeux comme une vision : ma rencontre avec Sir Edward Grey, le 21 juillet igi4, lorsqu'il m'avait dit, avec une austérité profonde, que la situation lui donnait de graves inquiétudes, et que, tout de même, il espérait la paix, parce qu'il ne pouvait se figurer qu'il se trouvât un homme pour prendre sur soi la responsabilité d'une calamité qui serait la banqueroute de la civilisation, et dont personne au monde ne saurait prévoir toutes les conséquences.
Puis, dans ma vision, ce fut le to\ir de M. Poin-
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caré, qui le i*^ janvier igiS, m'avait parlé, avec une émotion poignante ^ de l'éventualité redoutable d'une guerre européenne, à laquelle il ne voulait pourtant pas croire, et contre laquelle il travaillait de toutes ses forces.
Puis encore, de mémoire, je relus la dernière lettre que m'avait écrite, en novembre 191 2, quelques mois avant sa mort, un homme qui, malheureusement pour l'Allemagne et pour le monde, n'était plus, lorsque Kiderlen-Waetcher me disait qu'il était convaincu de la préservation de la paix, parce que, au- dernier moment, tout le monde hésiterait à se lancer dans l'aventure, puisqu'on savait bien que, cette fois-ci, ce serait une question de vie ou de mort.
Avec les yeux de l'âme, je voyais donc Grey, Poincaré .et Kiderlen ; avec mes yeux physiques, je voyais le sourire épanoui et l'indescriptible légèreté du comte Goluchowsky.
Et, plus que jamais, je me confirmais dans ma croyance que Vienne, maintenant faubourg de Budapest, était la coupable, la grande coupable, pour l'horreur dana laquelle, d'un moment à l'autre, allait être plongée l'humanité.
che 2 août 191 4, à 11 heu- 5 de Londres à Sinaïa. La ait déclaré la guerre à la assacre allait commencer, ais appris à Bucarest dans le je raconterai un jour, iironne devait avoir lieu à ût, que ce conseil de couî de 48 heures, exprès pour er, et que le roi Carol in- >u manie entrât en guerre à le r Allemagne, [ue j'eus à Bucarest, le soir în gare de Sinaïa le dimanxivée, ainsi que celles plus j-midi du même jour, je le& e, je trouvai une invitation
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à déjeuner au château royal pour le même jour à une heure. J'eus à peine le temps d'aller m'habiller dans ma villa — ma villa qui probablement n'existe plus — pour me rendre à l'invitation royale.
Je comprenais que le Roi allait me livrer un assaut en règle pour me convertir à ses idées. Il n'y avait pas un mois que le Roi m'avait fait dans le même château, la confidence du grand secret, savoir que Vempereur Guillaume avait décidé de provoquer la guerre générale, mais que cela n'aurait lieu que dans 3 ou 4 ans. A cette occasion-là, le Roi m'avait même expliqué que le loisir de 3 ans, qui était ainsi garanti, nous suffirait pour achever nos réformes constitutionnelles et nos préparatifs mili taires .
Je voulais éviter une discussion, toujours pénible avec un vieux souverain, puisque le lendemain, au conseil de couronne, j'allais lui opposer un non possumus dJasolu. Je me décidai donc de provoquer pendant le déjeuner une conversation qui ne laissât au Roi aucune possibilité d'espérer.
A peine m'assis-je à table, à la gauche de la reine Elisabeth, que je me trouvai dans une maison divisée contre elle-même. Il était clair que le
Roi était plus qu'inquiet, que la reine était encore plus belliqueuse que le Roi, et que la princesse Toyale, Tactuelle reine Marie était contraire à la politique de son oncle et de sa tante, et qu'elle ne se cachait pas de le leur dire. Il me sembla même qu'on avait pleuré dans ce château royal.
La Reine ouvrit la première la conversation sur la question brûlante de la guerre. Je lui dis, ce dont j'étais déjà si certain, que la guerre avait été inévitable du jour où le maudit ultimatum avait été adressé par l'Autriche à la Serbie, et que je savais que cet ultimatum avait été l'œuvre des Magyars, du trio Tisza, Forgash, Berchtold, avec l'appui et la collaboration de l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne, Tschirsky.
J'ajoutai comme une chose qui allait de soi, qu'une victoire allemande, ce qui équivalait à une victoire hongroise, était incompatible avec le maintien de r indépendance du royaume de Roumanie.
Le Roi qui était vis-à-vis, et qui écoutait avec une attention soutenue, comprit. C'est pour cela que, comme je l'expliquerai tout à l'heure, il m'épargna l'assaut que je voulais éviter.
La Reine, quoique très intelligente et réellement une femme supérieure, n'était pas assez habituée à la pohtique pour comprendre d'un seul mot.