AOUT I
Elle voulut expliquer qu'une victoire magyare ne voulait rien dire pouf un avenir plus long, etc. . •
Lorsque je répétai que mon angoisse était extrême puisque l'Allemagne avait des forces redoutables, et que si elle réussissait, c'en serait fini de la [^Roumanie la Reine abandonna ce sujet et passa à un autre.
Elle me demanda, quelles seraient, d'après moi, les conséquences probables d'une pareille guerre.
Je lui répondis, h: l'attention de tous, qu'aucun mortel ne pouvait avoir la présomption de savoir ou de deviner toutes les conséquences d'une pareille guerre.
(( Pourtant, j'en sais quatre, lui dis-je, et ces quatre-là je vais vous les expliquer en deux mots.
(( Il y aura d'abord une résurrection des haines entre les nations, comme il n'y en a pas eu depuis des siècles. Ceci est aussi fatal que la lumière du jour.
(( Il y aura en second lieu, un mouvement précipité vers les idées d'extrême gauche, de celles qu'on appelle socialistes. Certes à la longue rien de ce qui est absurde ne pourra triompher pendant longtemps, mais la poussée dans tous les pays vers l'extrême gauche est inévitable, une fois que, par le déclanchement de l'effroyable ca-,
tastrophe, les classes dirigeantes paraîtront aux yeux des masses plus incapables qu'elles ne les avaient crues.
« En troisième lieu, lui dis-je, Madame, il y aura ce que je puis appeler une cascade des trônes. Votre Majesté qui m'a si souvent déclaré être républicaine, ne sera pas étonnée de cette prophétie. Seules les monarchies qui ne sont en réalité que des présidences de république- héréditaires, comme la monarchie britannique, ont des chances d'échapper à cette terrible cascade qui sortira justement d'une guerre provoquée par les souve- ^rains absolus. »
J'expliquai à la Reine, que, du fait de cette guerre, le mouvement révolutionnaire qui, depuis quelques dizaines d'années, avait abandonné le terrain politique pour se restreindre au terrain économique, redeviendrait fatalement politique.
« Enfin, disais-je, cette guerre hâtera de 5o ans l'avènement de la République des États-Unis à l'hégémonie morale de la race blanche, avènement qui était inévitable dans tous les cas, mais que la guerce aura pressé. »
Cette quatrième affirmation provoqua une discussion animée. Pour moi, je déclarai que cet avènement n'avait rien pour me déplaire, puisque