KIDERLEN' WA ECH TER
J'ai été, pendant plus de dix ans, dans une grande intimité avec feu Kiderlen-Waechter. C'est dire que j*aieu Toccasion de le bien connaître de le connaître tel quel, avec ses belles qualités et ses défauts.
Avant tout, Kiderlen était une grande intelligence. Nul doute à cet égard. Il est impossible d'avoir fréquenté Kiderlen sans s'être rendu compte que Ton avait affaire à Tune de ces intelligences qui sont comme Tornement de la race humaine. Et, dans Kiderlen, l'intelligence était presque tout.
Non pas que Kiderlen manquât de cœur. Dans sa vie, il a donné des preuves indiscutables de sa faculté d'attachement profond et inaltérable envers certaines personnes. Il était un ami de tout repos, et il adorait les animaux. Mais, dans l'ensemble, on peut dire, sans risquer d'être injuste, que
I. La Roumanie du vendredi 4 (17)? ^u samedi 5 (18) et du dimanche 6 (19) septembre 1915.
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Kiderlen n'était ni un sentimental, ni un idéaliste, qu'il était, surtout et avant tout, une intelligence pratique.
L'intelligencîe de Kiderlen était naturellement en fonction de son temps et de son pays.
Il avait subi Tascendant de Bismarck, et aussi celui de Holstein, cette Eminence grise qui a joué, dans les coulisses, un rôle tout à fait en disproportion avec sa situation avouée. De là, cette brutalité de Kiderlen, qu'il serait impossible de passer sous silence. D'ailleurs, il se plaisait à l'afficher, tant il la croyait indispensable à l'action politique. C'est lui, lui seul, qui a déterminé le fameux ultimatum à la Russie, lors de l'affaire de Bosnie, bien qu'il ne fût alors que ministre à Bucarest,^ en congé à Berlin. « Je savais que les Russes n'étaient pas prêts pour la guerre, qu'ils ne^ la feraient en aucun cas, et j'ai voulu tirer tout le profit de cette connaissance. J'ai voulu montrer que le temps de la tutelle russe sur l'Allemagne, de cette tutelle qui datait de i8i5, était passé pour toujours. Jamais les Schoen et G'* n'auraient osé ce que j'ai entrepris sous ma seuk responsabilité. » C'est ainsi qu'il m'expliqua son geste si superflu, ce geste qui n'a pas peu contribué au malaise de la situation européenne.
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Kiderlen n'a jamais désiré le ministère des affaires étrangères. (( Chez nous, me disait-il, ministre des affaires étrangères est la plus mauvaise des situations. Tout ce qui réussit, c'est le chancelier qui Ta fait ; tous les insuccès sont pour le secrétaire d'état. » Ce qu'il avait désiré, c'était l'ambassade de Constantinople.^ Un caprice du Kaiser la lui enleva, pour la donner à Wangenheim, que le Kaiser rencontrait souvent à Corfou.
L'origine de la nomination de Kiderlen au ministère des affaires étrangères n'est pas très connue. Elle mérite d'être racontée.
Lorsque la fantaisie de l'Empereur appela Bethmann-Hollweg au poste de chancelier de l'Empire, celui-ci ne savait rien de rien de la politique étrangère. Aussi cherchait-il un homme. Espérant le trouver dans Kiderlen, il lui demanda un rapport sur la situation politique mondiale. Kiderlen était encore ministre à Bucarest, détaché à Berlin. Je n'ai pas lu ce rapport, mais j'en ai connu l'existence. Depuis, on m'a dit qu'il avait été copié par M. von Busche, actuellement ministre d'Allemagne en Roumanie. Lorsque Bethmann- Hollweg eut lu ce rapport, il déclara au Kaiser qu'il ne resterait chancelier que si Kiderlen était nommé ministre des affaires étrangères,
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L'Empereur dut céder. Je dis « dut céder », puisque, depuis des années, Kiderlen avait cessé d'être persona grata auprès du Kaiser. Jadis, il l'avait beaucoup apprécié. L'empereur ^vait aimé la clarté d'esprit et la vivacité de Kiderlen. Puis personne ne savait comme lui raconter les historiettes pimentées, et l'empereur, qui en est très friand, ne se lassait jamais de l'entendre. Mais» un jour, l'Empereur voulut plaisanter Kiderlensurune question privée, et la riposte de Kiderlen froissé fut telle qu'il perdit toute faveur auprès de son maître;
Car il faut savoir que Kiderlen avait une extraordinaire liberté d'allures envers son souverain. Il n'était nullement homme de cour ; il n'a jamais adulé personne, et, pour lui, l'appréciation, l'amitié même d'un roi, ne lui paraissait pas d'une autre essence que l'amitié de tout autre mortel. Kiderlen se tenait droit devant le Kaiser, tellement droit qu'il reftisa net certaine condition qu'on avait voulu lui imposer, lors de sa nomination au ministère des affaires étrangères. « J'entrerai dans l'hôtel du ministère comme je l'entendrai moi, ou pas du tout », fut sa noble réponse. Et il eut le dessus.
« Moi vivant et au service de l'Empire, il n'y
aura pas de guerre entre nous et l'Angleterre », npe dit-il au cours d'un entretien de 191 1 que je vais raconter plus loin. « Si jamais î/juge autrement, qu'i7 s adresse à un autre. Je ne mets personne au-dessus de ma conscience. »
Cette dignité de Kiderlen était un des plus beaux traits de son caractère. M. Maïoresco, Tancien président du conseil roumain, en sait quelque chose. Pendant Tété de 191 2, il crut comprendre que Kiderlen avait exprimé le désir d'être invité à Sinaïa par le roi Carol, et il commit la gaffe de demander au ministre d'Allemagne si la situation de Kiderlen auprès de l'empereur était toujours bonne, pour savoir s'il fallait lui adresser rinvitation.
Kiderlen apprit la chose ; il en fut furieux, et il écrivit une lettre foudroyante. Il tenait à ce qu'on sût qu'il n'avait jamais demandé et ne demanderait jamais d'invitation à qui que ce soit.
Et, pourtant, Kiderlen avait une grande admiration pour le roi Carol. De Berlin, il le tenait au courant de tout. Au printemps de 191 2, il lui communiqua, mais pour le Roi seul, la grande nouvelle de l'alliance balkanique. Il ajoutait qu'il la tenait d'une source des plus précieuses, laquelle userait tarie, si le Roi commettait la moindre indis-
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crétîon. Je n'ai jamais réussi à apprendre quelle était cette source mystérieuse.
Un autre trait de Kiderlen, c'est qu'il était éminemment spirituel. Un jour que le général Lahovary, ministre des affaires étrangères un peu malgré lui, lui lança, à la réception diplomatique*: <( Je ne comprends pas ce que vous cherchez au Maroc. C'est la France seule qui a des droits sur le Maroc », Kiderlen de répliquer : « Moi non plus, je n'en sais rien. Mon gouvernement ne me tient au courant que des questious qu'il s'imagine pouvoir intéresser la Roumanie. Il n'a pas compté le Maroc parmi celles-là. Mais, puisque vous me faites voir qu'on s'est trompé, je vais demander à BerUn des explications spéciales pour Votre Excellence. »
Je n'ai jpas la prétention de faire un portrait de Kiderlen. Je l'essaierai un jour. Ces quelques mots étaient cependant nécessaires pour ce que je vais raconter, au sujet des déclarations que Kiderlen m'a faites, lors de la crise marocaine.
Kiderlen, devenu ministre des affaires étrangères, allait quitter la Roumanie. Quelques jours
avant son départ, nous nous promenions à pied, comme nous en avions tant Thabitude. Il m'esalors son programme, dans la question Ltions avec la France.
leur ai dit, me déclara-t-il, que tout essai îr à une alliance avec la France est voué à ;ès. Il nous est impossible de gagner i de la France. Je sais mieux que personne France veut la paix, que jamais elle ne laquera. De cela, je suis parfaitement con- Mais je sais aussi que si un autre état i nous attaquer, aucun gouvernement ne 5sez fort pour empêcher la France de nous r en même temps. Dès lors, avec la France, ations bonnes, pacifiques, mais rien de 'est pour cela que je leur ai conseillé (leur It l'Empereur) de renoncer à tout projet laroc. Je leur ai expliqué que, tant que la a du Maroc resterait en suspens, nous rerions partout, sur tout le globe, dans les questions, l'Angleterre à côté de la Or cela nous est profondément désa- L'Angleterre, leur ai-je dit, ne peut pas mer la France dans la question du Maroc.
t qu'elle a obtenu de la France des droits que la France avait en Egypte, en échange
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de ce que TAngleterre n'avait pas au Maroc. L'Angleterre a donc une dette d'honneur envers la France. Si nous voulons échapper au désagrément de la coopération diplomatique anglo-française, il faut laisser les Français faire ce qu'ils veulent au Maroc, en aidant ainsi l'Angleterre à payer sa dette envers la France. D'ailleurs nous ne ferions aucun sacrifice. Nous ne pouvons pas nous installer au Maroc, si les Anglais â'y opposent. Alors, à quoi bon maintenir une tension inutile ? Si, à cette occasion, nous pouvons arranger aussi quelque affaire à nous, tant mieux : mais il ne faut pas en faire une condition.
— Et vous croyez que cette politique sera adoptée ? lui demandai-je.
— Sans doute, puisqu'on m'appelle au ministère. Vous savez trop bien que je ne suis pas homme à faire une autre politique que la mienne.
— Alors, lui dis-je, la question marocaine ne doit pas nous inquiéter. La paix n'est pas en danger de ce côté-là.
— Certainement non. D'ailleurs, vous savez combien sincèrement je désire la paix. Nous n'avons rien à gagner à une victoire, et, en cas d'insuccès, nous n'avons que trop à perdre. Le temps travaille pour nous. Chaque dix ans, nous
devenons beaucoup plus forts que nos ennemis; vous n'avez aucune idée de l'essor prodigieux de notre économie nationale. A quoi bon la guerre? J'admets que nous soyons victorieux. Prendre de nouveaux territoires étrangers, c'est-à-dire augmenter nos difficultés? Et puis, il y a encore quelque chose, à quoi probablement vous n'avez pas pensé. Toute grande victoire est l'œuvre du peuple. Il faut le payer, ce peuple. Déjà, la victoire de 1870, nous avons dû la payer du suffrage universel, qui est une peste. Une nouvelle victoire nous donnerait le régime parlementaire. Or, vous savez ce que j'en pense. Pour nous. Allemands, ce serait un malheur irréparable. L'Allemand ne pourra jamais se résigner à la discipline de parti. Chaque Allemand, chaque député allemand veut former son parti ou au moins son groupe... Nous n'avons pas besoin de guerre. Nous ne l'aurons pas. Si nous ne provoquons pas la guerre, personne ne la provoquera. Le régime républicain de la France est essentiellement* pacifique. Les Anglais ne veulent pas la guerre. Jamais ils ne la provoqueront, quoi qu'en disent les journalistes. Quant à la Russie, elle ^ait qu'elle ne peut pas nous faire la guerre avec des chances de succès. . . Il y aura, certes, toujours des questions délicates.
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des moments difficiles ; mais il n y aura pas de guerre. Le Maroc peut vous laisser tranquille... »
Et Kiderlen continua sur ce ton. Il m'exposa tout son programme de gouvernement. Et je crus à la sincérité de ses déclarations. Il ne m'avait jamais donné aucune raison de la suspecter.
Après cela, on comprend Tétonnement que me causa l'incident d'Agadir.
J'étais alors à Londres. Le soir où Lloyd George prononçait son fameux discours, j'avais du monde à dîner au Garlton. Lorsque, après dîner, un ami, qui avait entendu le discours de Lloyd George, m'en rapporta la substance, et m'apprit que, le passage relatif à la politique étrangère, le ministre qui était connu comme le plus pacifique l'avait lu sur un morceau de papier, je compris combien c'était grave, et je sentis le frisson de la guerre générale.
Le calme se rétablit bientôt. L'Allemagne, sagement, reculait. Je respirai ; mais la politique allemande, pour moi, devint une énigme.
Pendant l'automne de 191 1, j'étais allé à Bruxelles pour une fête de famille, A mon retour,
je m'arrêtai à Berlin pour voir mon ami Kiderlen, à qui, depuis longtemps, j'avais promis une visite. J'y passai trois jours, et je le rencontrai tout le temps. Mais ce fut le premier jour que j'eus avec lui la conversation la. plus intéressante.
Kiderlen m'avait invité à déjeuner chez lui, en un tête à tête absolu. Il arriva en retard. Il avait ^té retenu au Reichstag, où on le taquinait sur ce qu'on appelait sa défaite marocaine. Il y avait surtout un député socialiste, Ledebour, qui était le cauchemar de Kiderlen.
Avant son arrivée, j'examinais son cabinet de travail, encombré de documents et de cartes.
Quelques photographies. Naturellement beaucoup de souverains. Quant aux simples mortels, je n'en vis que trois : un Américain dont je ne me rappelle plus le nom, M. Cambon, avec la fameuse dédicace, et moi. D'ailleurs, entre Gambon et moi, Kiderlen disait volontiers qu'il y avait une ressemblance : nous étions les seuls étrangers à qui il parlât à cœur ouvert, parce que nous ne lui avions jamais dit autre chose que la vérité,
Kiderlen était très fatigué, et nous nous assîmes à sa table aussitôt. J'y vis les fameux Sèvres que lui avait donnés le président de la République
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française, en souvenir de l'accord de 1909.
« C'est le prix de ma trahison », me dit-il en riant.
Pendant le déjeuner, et jusqu'à 4 heures de l'après-midi, nous eûmes tout le loisir de causer sur toutes les questions qui nous intéressaient. Naturellement, je ne lui cachai pas mon étonnement par rapport à sa politique marocaine, qui avait failli amener une guerre avec l'Angleterre, cette guerre qu'il avait toujours taxée d'absurdité.
Il m'expliqua le mieux qu'il put qu'il n'avait jamais voulu arriver à la guerre, qu'il n'avait poursuivi qu'un seul but, celui de liquider une fois pour toutes la question marocaine.
Il prétendit que la France n'avait pas voulu exécuter l'accord de 1909, et qu'alors il lui avait fallu donner un coup de poing, pour qu'on comprît que c'était sérieux. Le coup de poing avait réussi, prétendait-il, puisqu'on avait fini par s'entendre, et que, désormais, les relations avec la France allaient être normales, et celles avec l'Angleterre pouvaient devenir amicales. II ne m'avoua pas ce que je savais si bien : qu'il avait voulu sonder combien était solide l'entente anglo-française et, si possible, la briser. Puis il se plaignit
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de son impopularité grandissante due au fait qu'il n'avait pas voulu la guerre ; et il m*assura, du ton Jie plus catégorique, que l'Empereur avait été avec lui pour la paix, malgré l'attitude franchement belliqueuse de toute la famille impériale, même de ceux et de celles * qui, jusqu'alors, ne s'étaient jamais mêlés de politique. Il me raconta tout au long la conversation qu'il avait eue avec le Kronprintz, dans la même chambre, dans le même fauteuil où j'étais assis. Cette conversation est tout à l'honneur de Kiderlen ^
Revenant aux relations anglo-allemandes, il me répéta encore une fois son désir d'arriver à
I. y, La Grande Revue (n° i6, février 191 5). Les origines de la guerre. Déposition d'un témoin. « Mais on sait moins, que même Tlmpératrice, qui jusqu'alors ne sciait jamais mêlée de politique, avait été convertie par ses enfants. Un jour que le ministre des affaires étrangères, ou plutôt le secrétaire d'état, comme ils l'appellent, était invité à déjeuner au palais, dans le fumoir où l'on se retire pour prendre le café, était placé sur chaque table un journal humoristique français, avec les caricatures les plus désagréables pour l'Allemagne et l'Empereur. Le ministre s'en aperçut, mais il fit semblant de ne rien voir. Ei l'Impératrice de lui dire : « Quand je vois ces insolences, je me « dis que probablement l'armée qu'avait formée l'empereur Guilet laume P' n'existe plus, autrement on ne les tolérerait pas » (p. 5.2).
a . A cette occasion Kiderlen me dit que le Kronprinz était pire que niais. « Je lui ai dit, me rapporta Kiderlen, ici, dans cette chambre même, que ce n'était pas dans la société des petits officiers c[u'on peut apprendre la politique, et qu'il ne devait plus se mêler aux choses auxquelles il ne comprenait rien. »
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une entente avec T Angle terre. Il ne me cacha pas ce que je savais si bien, que, tout feomme Bismarck, il détestait l'Angleterre, surtout à cause de ses institutions parlementaires ; mais il me dit qu'il croyait, comme Bismarck l'avait jadis écrit à Holstein, que l'Angleterre était un des grands facteurs, conservateurs du monde, et qu'on n'avait aucun intérêt à essayer de la détruire*.
« Mais si vous voulez tant vous entendre avec l'Angleterre, lui dis-je, pourquoi ne faites- vous pas la seule chose qui puisse assurer cette entente? Pourquoi vous refusez- vous à arriver avec elle à un accord tacite sur la limitation des armements navals ? Que poursuivez- vous avec les armements à outrance? Je vous ai compris, tant qu'il ne s'agissait pour vous que de devenir la seconde Puissance navale du monde. A cela, vous êtes arrivés; Que voulez- vous déplus? Etre à la fois la plus grande puissance militaire et la plus grande puissance navale ? Mais cela, c'est là domination universelle. Elle n'est pas réalisable. D'autres l'ont essayée, l'Espagne, la France, et
I. Dans ladite lettre, Bismarck ajoutait que le jour où TAngleterre pèserait du côté de la révolution, tout le monde y passerait.
tous ont dû succomber. Vous êtes trop intelligent pour ne pas comprendre que TAngleterre ne peut pas se laisser devancer avant d'avoir été broyée. Vous ferez cinq dreadnoughts ; elle en fera treize. Où vous arrêterez-vous.»^... Vous allez droit à la guerre avec F Angleterre. Vous savez que ce ne serait pas une plaisanterie. Mais admettons pour .un moment que vous ayez la victoire. Combien de temps cela durera-t-il ? Vous soulèverez contre vous la coalition universelle ; même les lapins se ligueraient contre vous ; vous deviendriez si odieux I . . . Il ne faut pas poursuivre des chimères, et ce que vous poursuivez est une chimère.
— J*ai voulu arriver à la limitation dont vous me parlez ; mais je n'ai pas pu, me r^pondit-il avec amertume. Tout ce que vous me dites, je l'ai dit aussi, peut-être avec moins d'éloquence. Je Tai dit à Tirpitz, qui était assis dans mon fautpuil. Moi, j'occupais le vôtre.
— Et alors ?
— Je n'ai pas réussi à le convaincre.
— Mais l'Empereur ?
— Il s'est rangé du côté de Tirpitz. »
Puis il continua à m'assurer que, malgré cela, il allait faire tout son possible pour s'arranger au-
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Mrement avec T Angleterre. Il me dit même que je devais suggérer à mes amis de Londres de lui envoyer un ambassadeur qui ait une grande influence en Angleterre, pour qu'il n'ait pas à faire un double travail, et à Londres, et à Berlin.
Nous revînmes à l'accord qu'il venait de conclure avec la France. Il m'assura que si, par impossible, le parlement français (on discutait alors dans les commissions, à Paris) rejetait cet accord, ce serait la guerre. Cet accord était le maximum de ce qu'il pouvait faire avaler au peuple allemand.
Le jour même, je m'empressai d'écrire mes impressions à un ami de Paris. Mon ami communiqua nia lettre à M. Gaillaux, alors président du conseil*.
Ce fut la dernière fois que j'eus avec Kiderlen de longues conversations.
Depuis, nous n'échangeâmes que des lettres ^
I. M. Gaillaux a lu celte lettre au comité des affaires étrangères du Sénat.
a. Voici les passages essentiels de ses deux dernières lettres : Lettre du 7 juin igis.
Quant à la politique extérieure, malgré « les points noirs » à Thorizon : guerre italo-turque et autres choses, je la considère avec beaucoup de calme. Personne ne veut sérieusement tenter la fortune et le hasard du grand coup, primo parce que chacun
Le 3o décembre 191 2 au soir, je devais le ren- Stultgart, où il était allé passer les va- Noël et où il m'attendait.
, en gare de Salzbourg, sa mort si inat- , le lendemain, on me dit, à Stuttgart, lom avait été une des dernières paroles prononcées.
jut-être un mirage de l'amitié ; mais je croire que, avec Kiderlen, nous avons les soutiens de la paix. Non pas que Fût un sentimental, loin de là. Mais il rande intelligence. Et sa grande inlelvait aidé à maintenir jusqu'à la fin jue la guerre de l'Allemagne contre le lier était une mauvaise affaire.
de vie et de mort, et secundo parce que tout > ive assez bien sans courir ces risques, que tout le monde reculera devant la grande
1er dans une semaine à Kissingen , cette fois
i Cambon
8 novembre igia.
critiques par lesquels nous passons tous..... Je pense sortirons en paix et honorablement.