I. La Roumanie du jeudi 6 (ig) août
a. Journal de Marghiloman.
tion. On me dit que, si vous étiez, vous, au pouvoir, on ferait avec la Roumanie de grandes choses. Non seulement toute la Bessarabie perdue
en 1812, mais aussi Odessa et, »
J'écoutais mon ami, un homme tout à fait intelligent, et je me disais que, k Vienne, on nageait dans l'ignorance et la folie.
A Sinaïa, le 3 août 1914, le matin, de bonne heure, je réunissais chez moi MM. Dissesco, Istrati, Cantacuzène-Pashcano, Badarau et Cinco.
Je leur exposai la situation qui devait être discutée et décidée dans le conseil de couronne de l'après-midi . Je demandai à chacun son opinion, avant de leur faire connaître la mienne. Puis je leur exposai mes idées, et j'ajoutai que j'étais heureux de constater qne presque tous étaient du même avis que moi, à savoir qu'une victoire allemande serait le tombeau de la Roumanie", et qu'il était moralement impossible que nous contribuassions à notre enterrement.
J'ajoutai que, s'ils n'avaient pas été de la même opinion que moi, je me serais retiré de la direction du parti conservateur-démocrate ; cependant
UN COUSIN DE TISZA iSg
je n'aurais pas renoncé à ma foi, et j'aurais lutté pour son triomphe, en simple citoyen, avec toute la liberté d'un simple citoyen, mais avec une énergie décuplée * .
En septembre 191 4, toujours à Sinaïa, dans ma petite villa, avant la chute de Lemberg, je fus visité par un ami hongrois, proche parent du comte Tisza, un homme charmant, qui, d'ordinaire, ne fait pas de politique.
Il me parla de mon attitude dans la grande crise européenne, attitude qui pouvait m'être fatale. Il me fit connaître — ce que je savais si bien — que le vrai conducteur de l'Empire dualiste était le comte Tisza ; que, après la paix, il prendrait le ministère des affaires étrangères, et le garderait toute sa vie, s'il le voulait. Avec toutes les précautions de la poUtesse, il appela mon attention sur la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, où je me trouverais de jamais revenir au
I. En' public nous commençâmes par soutenir la neutralité, ce qui était alors énorm^ Lorsque les marins allemands passèrent par Bucarest pour Gonstantinople en août 1914, nous criâmes à la neutralité loyale et définitive, et après quelques jours nous pûmes faire un pas en avant : avouer notre politique qui était celle de la guerre contre les empires centraux.
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pouvoir en Roumanie, ne pouvant plus avoir des rapports convenables avec l'Autriche-Hongrie du comte Tisza, à cause de l'attitude que j'avais adoptée. Il insinua qu'il était encore temps pour moi d'tesquisser un mouvement de retraite, d'autant que les puissances centrales étaient sûres de leur victoire.
Je lui répondis que tout homme était tenu d'obéir à la voix du devoir, sans tenir compte des risques ni des dangers ; que je me rendais bien compte que, si l'Allemagne était victorieuse, ce serait pour moi un devoir patriotique de ne pas embarrasser la politique de mon pays par ma présence dans la vie active, et que, lorsque tant de vies humaines étaient sacrifiées sur tant de champs de bataille, il était ridicule de s'arrêter au sacrifice de la carrière politique, d'un homme quel qu'il fût.
Mon interlocuteur comprit, et, voulant réparer sa gaffe, il m'avoua qu'il n'avait fait que son devoir d'ami.
Depuis lors, à plusieurs reprises encore, et par d'autres personnes, les mêmes avis me furent adressés.
LE COMTE TISZA
Le comte Tisza a été, dans la guerre mondiale, la plus forte tête des puissances centrales. C'est lui qui est l'auteur principal du déclanchement de la guerre. Le grand coupable, il faut le chercher à Berhn, puisque sans Berlin Tisza n'aurait jamais osé, mais c'est Tisza qui a provoqué le carnage universel. C'est lui qui a conduit la guerre avec une énergie digne d'une meilleure cause. Il a payé de sa vie le crime qu'il a commis. Le châtiment ayant été complet, l'acte d'accusation est clos.
Je ti'ai rencontré Tisza qu'une seule fois de ma vie. Il y a de cela environ 20 ans. Il était président du conseil d'administration d'une banque de Budapest qui avait des affaires avec une société industrielle de Roumanie, dont j'étais le président du conseil d'administration.
Nous ne causâmas qu'affaires et voyages. Pas
un mot de politique. Mais cette courte conversation me suffit pour me rendre compte du personnage. Un homme fort dans toute l'acception du mot. Froid comme une lame de couteau.
D'une gravité rappelant un pasteur non-conformiste d'Angleterre. Une volonté brutale jusqu'à l'excès.
Cet homme était fort, mais il lui était impossible d'être populaire. Aucun magnétisme, aucune chaleur communicative, aucun signe extérieur d'une flamme dévorante, rien de ce qui établit le contact entre l'homme public et les foules.
Devant le crime inqualifiable de Tisza de provoquer une guerre, dont allait sortir la fin du régime de domination magyare, que Tisza confondait avec le patriotisme magyar, je me suis demandé comment il avait été possible qu'une pareille faute soit commise par un homme aussi fort.
Un souvenir de mon unique conversation avec Tisza m'aide à comprendre ce problème moral.
Evidemment, il y a beaucoup d'autres raisons pour lesquelles Tisza devait tomber dans son erreur : la mégalomanie magyare n'est pas la moindre.
Mais il y a aussi l'isolement intellectuel dans
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lequel vivait Tisza. C'est cet isolement qui Ta empêché de se rendre compte de ce qui se passait dans les autres pays\
Causant avec Tisza, je lui demandai s'il s'était passé longtemps depuis qu'il avait voyagé en Occident. Il me répondit, comme une chose naturelle, que depuis sept ans il n'était pas sorti de r Autriche-Hongrie, et qu'il ne sentait aucun besoin d'en sortir. *.
(( Eh bien I moi, je mourrais si je me soumettais au même régime, lui répondis-jel Je quitte la Roumanie trois fois par an, je passe un tiers de l'année en Occident et je considère ces voyages comme une nécessité d'hygiène intellectuelle.
(( Lorsque nous vivons chez nous trop longtemps , notre horizon se rétrécit. Les petites questions locales prennent une importance qu'en réalité elles n'ont pas. Il arrive avec les événements, comme avec le Mont-Blanc ; si on veut en saisir la grandeur, il faut s'en éloigner.
(( Il me faut passer la frontière pour me rendre compte de la petitesse des questions qui, à Bucarest, me semblent de premier ordre. »
Tisza m 'écoutait et ne me comprenait pas. Pour lui, il suffisait de connaître la monarchie et surtout le royaume de Hongrie pour juger dif courant des
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choses humaines. Cette faute d'optique poU tique a dû aveugler Thomme le plus fort que possédait les empires centraux, et lui faire déclancher une guerre, dans laquelle devait sombrer Thégémonie de sa race, les intérêts de sa caste et sa propre histoire politique.
Au moins à Tisza il faut lui rendre un mérite : il est sorti de scène autrement bien que les deux empereurs qui s'étaient ligués contre la liberté du monde.
TALAAT-PACHA
Talaat-Pacha a été rhomme le plus fort de la jeune Turquie. Djavid était plus instruit, Djemal plus civilisé, EuVer plus bruyant, mais Talaat avait sans doute plus de caractère. Un Turc, mais un Turc voulant être un homme moderne, sans toutefois singer les apparences d'un Européen. Pas instruit, presque sans aucune lecture, n'ayant guère voyagé, ne connaissant rien de ce qui fait le fond commun des hommes politiques de nos contrées. Talaat suppléait à tous ces manques par une volonté de fer, un courage indomptable et, disons-le hautement, parce que c'est tout le contraire du Turc légendaire, par une rapidité de décision et une ténacité dans l'exécution qui n'avait rien d'oriental.
Comme tous les jeunes Turcs, Talaat était chauvin. Lorsque je le vis pour la seconde fois à mon retour d'Athènes en novembre 191 3, —
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j'y avais aidé à la conclusion de la paix entre lai Turquie et la Grèce — Talaat m'expliqua comment il avait projeté et réalisé la reprise d'Andrinople en 191 3. C'est un monument de témérité et de volonté. En 2/1 heures, il avait imposé sa volonté au conseil des ministres, aux généraux et aux puissances pour se procurer Targent indispensable à une expédition que les Bulgare» auraient transformée volontiers en un désastre pour les Turcs, s'ils l'avaient voulu. Talaat qui la veille n'avait personne qui l'approuve, eut le lendemain tout le monde pour complice. « Quant aux puissances, me dit-il, je savais qu'elles ne bougeraient pas, que l'audace leur en imposerait. J'agirai bientôt de même lorsque je supprimerai les capitulations. Nous n'en voulons plus. Je sais bien que l'Europe protestera, mais n'agira pas. » Même décision en ce qui touchait le sultan. Je lui avais demandé si le sultan oii son héritier ne voudrait pas revenir à ses attributions de souverain d'autrefois. « Nous ne lui permettrons jamais, me répondit Talaat. Nous sommes des maîtres. Si un sultan voulait faire à sa tête, nous le déposerons purement et simplement. »
Ces qualités étaient gâtées par un esprit de parti dont nous nous faisons difficilement une
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idée en Occident. Toujours à ce retour d'Athènes, lorsque je parlais à ïalaat du projet d'une entente turco-grecque pour laquelle Venizelos m'avait chargé de sonder les Turcs, derrière les arguments que Talaat me donna contre ma proposition, je sentis qu'il y avait surtout un intérêt de parti. Talaat voulait chauffer la popularité du parti Jeune-Turc en frappant sur un voisin, et c'était le voisin grec qui lui paraissait le plua facile à cogner sans de trop grands risques.
Quand je vis Talaat pour la première fois, il me frappa par ses caractéristiques tout à fait à l'antipode du Turc habituel. Aux premiers jour& de novembre 191 3, je me rendais de Sinaïa à Athènes sous le prétexte d'un voyage d'agrément, en réalité pour exercer une pression sur la Turquie qui ne voulait pas conclure la paix avec la Grèce, et encouragée par la Bulgarie ne pensait à rien moins qu'à rouvrir la guerre balkanique. Mon ami Venizelos pensait que cette démonstration pouvait être de nature à faire reculer les^ Turcs dans leur fou projet.
Je n'avais rien dit en Roumanie sur me tions, sauf au roi Garol avec lequel j'av£ venu que si je r^ssissais le mérite ser Roumanie ; au contraire, si j'échouais, h
ne serait que pour moi qui avais usurpé une mission que personne ne m'avait donnée.
J'avais fait demander à un ancien ami, un Roumain de Macédoine, ancien ministre jeune Turc, Batzana, de venir me trouver à bord, lors de mon passage par Gonstantinople où, d'ailleurs, je ne voulais m'arrêter que deux heures. Je voulais le charger de dire à son ami Talaat, que je ne connaissais pas encore, combien le jeu turco-bul- ^are était dangereux et combien décidée était la Roumanie de ne pas tolérer une nouvelle conflagration dans les Balkans. A mon grand étonnement, ce fut Talaat qui s'amena. Il me fit bonne impression. Nous parlâmes plus d'une heure, il se plaignit qu'en allant à Athènes en ce moment-là, j'avais l'air de manifester contre la Turquie, et je lui dis que certainement j'entendais manifester pour la paix et contre la Turquie si elle se laissait amadouer par les intrigues bulgares. J'ai ajouté que la Roumanie était décidée à frapper sur n'importe qui troublerait la paix à Bucarest, et qu'elle avait les moyens de le faire. Talaat en fut très ému, et de fil en aiguille, il me chargea d'être moi l'arbitre entre les Turcs et les Grecs sur toutes les questions — elles étaient nombreuses — qui les divisaient, et qui
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avaient amené un arrêt absolu dans les négociations d'Athènes. J'acceptai et, comme on le sait, je réussis. Mais à cette occasion, je dis à Talaat qu'il devait me donner la preuve qu'il était autre chose que la vieille Turquie, et cela, en prenant l'engagement de tout faire en trois jours. Il prit cet engagement inouï pour un Turc, et de fait, tout fut fait à Athènes en six jours, non sans des efforts et des peines qu'il serait superflu de raconter en ce moment.
Talaat m'avait promis de me rendre à Bucarest la visite que je lui avais faite à mon retour d'Athènes. Il vint au printemps de 19 ï 4, quand je n'étais plus dans le gouvernement. Il me fit la même impression. Un homme décidé, énergique et courageux, mais tout à fait ignorant des hommes et des choses d'Europe.
La dernière fois que je le vis, ce fut à Sinaïa, et à cette occasion je puis m'assurer que aveuglement cet homme serait fatal à la Turquie.
On sait qu'entre la Grèce et la Turquie, malgré la p^ix que j'avais réussi à conclure à Athènes, il restait la question des îles qui, évidemment, était plutôt du domaine des grandes puissances que de l'arbitrage roumain.
Dans les premiers temps de la guerre mon-
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diale, lorsque j'étais encore dans ma villa de Sinaïa, j'appris que Talaal accompagné de Hakki, alors président de la chambre turque, s'étaient donné rendez- vous avec les délégués grecs, MM. Zaïmis et Politis, en Roumanie, pour traiter la question des îles.
Dans le voyage, les délégués turcs s'étaient arrêtés deux ou trois jours à Sofia. Une indication évidente de leurs intentions : les soi-disant négociations n'étaient qu'un piège tendu par l'Autriche et l'Allemagne. On discutait à Bucarest, mais les délégués turcs, sous prétexte de chercher la fraîcheur, s'installèrent à Sinaïa. La réalité, c'est qu'ils voulaient être en contact constant avec les ministres d'Allemagne, de Bulgarie et d'Autriche qui se trouvaient alors à Sinaïa.
Les négociations n'avancèrent pas, car elles n'étaient pas destinées à réussir. Les Turcs ne voulaient que trouver un cas de guerre avec la Grèce pour provoquer plus tôt l'incendie de la péninsule balkanique. Dans sa naïveté Talaat s'imagina que le roi^Carol, qui avait accepté contre son gré la neutralité de la Roumanie, pourrait encore entraîner le pays à la guerre contre la Russie en s'alliant avec la Bulgarie et la
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Turquie. C'était absurde. Mais Talaat, s'il avait beaucoup de volonté, était absolument ignorant sur les hommes et les choses.
Un incident de ces fameuses n mérite d'être rapporté. D'ailleurs, <; mière et dernière fois que je causai se avec Talaat.
Je me trouvais un soir au casino d( je causais avec les ministres de Russie Il était dix heures. Un journaliste de vint me prévenir que le lendemain, à B délégués turcs allaient poser un ultii délégués grecs et finir ainsi par une de gnerre.
L'idée que ce serait à Bucarest, sur 1 talier de la Roumanie, que les Turcs, j les Centraux et par les Bulgares, allai cher la guerre balkanique, me patent < cherchai aussitôt les moyens d'emj pareille calamité. Je savais que Talaat lègue devaient arriver dans la salle puisqu'ils ne partaient pour Bucari lendemain matin, à huit heures. Ils après onze heures.
Je m'adressai aussitôt à Talaat. Je lu devais lui parler. Il essaya de me doni
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VOUS pour le lendemain soir à son retour de Bucarest. Je lui répondis que ce serait trop tard, que je devais lui parler immédiatement, que TafiTaire était d'une urgence extrême et qu'il me devait cela .
Talaat consentit à regret, et me demanda si Hakki pouvait assister à notre entretien. Je lui répondis carrément que non, que si lui, voulait communiquer à Hakki ce que je lui aurais dit, cela le regardait, mais que moi je tenais à lui parler à lui seul.
J'amenai Talaat dans un coin. Je le fis asseoir en face de moi, et je commençai l'étrange conversation que je vais relater ici.
Autour de nous, le public pressé aux tables de baccarat ne faisait aucune attention, mais les ministres de Russie et d'Italie, qui savaient ce que je voulais entreprendre, tenaient les yeux braqués sur notre groupe.
Je dis à Talaat d'une voix à la fois tranchante et vibrante que je connaissais son plan pour le lendemain et que je lui demandais, au nom du respect qu'il devait à l'hospitalité roumaine, d'y renoncer.
Talaat essaya de balbutier que je me trompais sur ses intentions, etc..
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Je lui répondis qu'il avait tort de nier j je savais tout. Alors Talaat avoua ; il ajou était convaincu que, plus tôt ou plus tard, 1 manie entrerait en guerre aux côtés de la 1 et de la Bulgarie contre la Russie.
Furieux, je lui demandai s'il avait con que au Roi son projet de provoquer la j tout en étant sur le sol roumain. Il reconii non, mais qu'il savait que le Roi était te resté partisan de la politique de la guerr( des Austro-Allemands. Alors je pressais de toutes mes forces. Gesticulant comme m'arrive jamais, emporté par la passior bliais tous les égards dus à un hôte et je que la Roumanie n'oublierait jamais l'insu les délégués turcs allaient lui faire en s ainsi de son hospitalité.
« Vous ne ferez pas cela en Roumanie un avertissenxent que je vous donne et, ( moi que, dans cet avertissement, je rep la voix unanime de presque tous les mains. Si vous le faisiez, vous auriez à v repentir. »
Je pressai tellement Talaat qu'il finit ] donner sa parole d'honneur que le lende Bucarest il ne poserait aucun ultimatum
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provoquerait les- Grecs, Je lui suggérai de proposer un ajournement sine die de la question.
(( Tout cela, ajouta-t-il, pourvu que les Grecs ne me provoquent pas demain.
— De cela je m*en charge, lui répondis-je. »
Une fois que j'eus obtenu de Talaat l'engagement de renoncer à spn plan, j'ajoutai :
(( Je vous ai donné un avertissement, et loyalement, vous m'avez écouté. Maintenant, je tiens à vous donner un renseignement et un conseil. Le renseignement, le voici : du langage équivoque de certains personnages, vous avez pu vous faire l'illusion qu'il pourrait arriver une circonstance dans laquelle la Roumanie se trouverait en guerre contre les puissances de l'Entente I Eb bien I Sachez de moi que ceci n'arrivera jamais, que personne au monde, entendez bieni personne au monde n'est assez fort pour pouvoir entraîner la Roumanie en guerre contre les puissances de l'Entente. Le contraire est non seulement possible, mais plus que probable. Je vous donne ce renseignement pour que vous ne vous trompiez pas dans les calculs qui décideront de la politique de votre pays. »
Et comme Talaat avait l'air de douter sur le bien-fondé de ma parole et qu'il me posait la
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question de la volonté du Roi, j'insistai de nouveau et je lui dis que personne, mais personne n'était assez fort pour empêcher la Roumanie de suivre la politique de son instinct national.
ce Et maintenant le conseil, lui dis-je. Je ne suis pas chargé par la Providence de m'occuper du sort de la Turquie, c'est déjà assez de peiner pour celui de mon pays. Pourtant je vous donne un conseil de vrai ami. Restez neutre. Jamais la Turquie n'a eu plus de chance de vivre, si elle a encore de la vitalité, qu'en restant neutre dans cette guerre. Demandez à l'Entente de vous garantir en échange votre indépendance, demandez TaboUtion des capitulations. Vous obtiendrez tout. Mais la guerre ne pourrait vous apporter rien. Si vous êtes battus — et vous le serez — vous disparaissez. Si vous êtes victorieux, vous n'aurez jamais rien. Une Allemagne triomphante, même si cela était possible, ne commettra jamais la folie de vous donner le Caucase ou l'Egypte que vous rêvez. Elle les prendrait pour elle si elle le pouvait. Mais encore une fois, ce ne sont que des conseils. Le jour viendra où vous verrez si mes conseils venaient d'un ami. »
Le- lendemain Talaat à Bucarest tint sa parole. Les Grecs, je les avais prévenus par une lettre
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que j'avais expédiée dans la nuit par un envoyé spécial. La conférence fut ajournée pour toujours.
Efepuis Sinaïa, je n'ai plus vu Talaat. Lors de l'expédition anglaise à Gallipoli, j'écrivis à Talaat une lettre dans laquelle je l'invitais à faire la paix avec l'Entente. Je lui disais que c'était la dernière chance de salut pour la Turquie.
Ce fut au printemps de 191 6 que Talaat nde répondit verbalement, par le ministre de Roumanie à Gonstantinôple, que les événements lui avaient donné raison à lui et tort à moi.
Et aujourd'hui.? '
J'ai connu beaucoup des hommes qui on un rôle dans la politique allemande. Trois ment m'ont donné l'impression que j'avais à des hommes vraiment forts. Deux sont n Kiderlen-Waechter et le baron Marschall. L sième est le prince de Bûlow, qui, probable sera le représentant de l'Allemagne au futu grès de la paix. C'est le seul homme que magne puisse charger de jouer, auprès des queurs, le rôle que Talleyrand a si bien n il y a à peine un siècle, le rôle de M. Thi
Seul, le prince de Bûlow est étranger au { à l'horrible crime contre l'humanité comir son pays. Et s'il n'avait pas publié le livi diocre qu'il a écrit sur la politique de l'e