POST-SCRIPTUM
Le grand écrivain qu'est le Dr. Dîllon vient de publier, dans une revue anglaise, un compte rendu très intéressant du complot que le prince de Bûlow avait préparé contre la volonté et rhonneur de F Italie.
Nous reproduisons cet article. Nos lecteurs nous sauront gré de leur faire saisir sur le vif les procédés allemands dan^les pays neutres. C'est, dans rhistoire moderne, la première fois qu'une puissance étrangère se mêle, sur une aussi vaste échelle, des affaires intérieures d'un autre pays, achète les consciences comme dans un bazar, ourdit de véritables complots contre ce pays~èt sa volonté souveraine.
Quand on Kt tout cela, on frémit sur le sort de l'Europe, sur le sort de l'humanité, si le Néron de Berlin était vainqueur. Heureusement que cela n'est plus qu'un vilain cauchemar.
Nous regrettons pour le prince de Bûlow qu'il ait cru de son devoir de se mêler d'une aussi répugnante entreprise. Même le patriotisme ne saurait tout excuser. La civilisation a aussi se»
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droits. Il est vrai que TAllemagne moderne répudie cette doctrine. Pour elle, les intérêts germaniques sont au-dessus du droit, de Thonneur, de la décence et de Thumanité. Mais si nous avions, sur ces choses supérieures, la même conception que l'Allemagne, où trouverions-nous la source de la sainte haine qui nous anime ?
Oui, le prince de Bûlow méritait un meilleur sort. Il s'était révélé comme un des hommes les plus brillants de rAUèmagne contemporaine. Il est vrai que son livre récent sur l'empire allemand a déçu beaucoup de ses admirateurs, et que sa façade a été fortement lézardée. Pourtant, comparé aux autres, le prince de Bûlow restait sur un piédestal.
Le prince de Bûlow avait eu surtout un grand mérite aux yeux de tous ceux qui pensent. Il avait été le premier minisire allemand qui eût osé remettre le Kaiser à sa place. Dans un pays autocratique, dans un pays où le parlement n'est rien, dans un pays où le premier ministre est choisi par le souverain, n'est responsable que devant le souverain et est congédiable par le souverain, sans que la nation puisse, comme pour Venizelos, imposer son retour, dans un pays où l'organisation politique est de plusieurs siècles en
arrière des conceptions modernes, le courage du prince de Bûlow a été merveilleux.
Aussi ce fut un cri général d'admi] provoqua le célèbre discours du prince ce discours dans lequel, avec une habil traie, il reprocha à son souverain soi inutile et prit, devant le parlement-fant gagement que le souverain ne récidiva C'était le premier pas, un pas bien tinc vrai, mais le premier pas vers un gou libre pour T Allemagne/
Bulow jugeant l'Empereur dans le 1 C'était l'aurore de toute une révolut révolution destinée, à la longue, à sau magne et le monde du régime absuï pouvait aboutir qu'aux horreurs de actuelle.
Comment cette tentative a-t-elle avt bablement que le prince de Biilow ne rendu compte de l'énor^ité de son au sait s'il ne s'en effraya pas lui-même difficile qu'une âme d'homme libre soi de ^générations de fétichistes à l'égard rain I
Ce qui est certain, c'est que le Kais Bûlow pour se venger. Le jour on le
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commit la laute de cajoler Néron, dans l'espoir de lui faire oublier la bonne et utile réprimande qu'il lui avait administrée, Guillaume se rendit compte que Bulow n'était pas un Cromwell, pas même un Bismarck, et il se décida à lui faire subir le sort de Sénèque, mais à la manière de notre époque. II. le renversa, en montant contre lui une intrigue réactionnaire dans^ le même Reichstag auquel Btilow s'était permis de parler un jour, un seul jour, comme à une assemblée d'hommes libres.
On connaît le reste.
Avec une grande dignité, le prince de Bûlow se retira sans bougonner. Il partagea son temps entre Norderney et Rome. Avec sa fine ironie, il suivait de la Ville Éternelle les acrobaties de son ancien maître, dont probablement il prévoyait la culbute inévitable un jour ou l'autre.
Quand la culbute fut venue, Néron se rappela Sénèque et lui demanda le sacrifice suprême, le harakiri, non pas de son corps, mais de son passé, de sa réputation, de son nom dans l'histoire.
Que le patriotisme l'ait emporté sur un très légitime ressentiment, il faut en féliciter le prince de Bûlow. Il devait savoir qu'il allait à un échec
certain. Il connaissait trop Tltalie pour se tromper sur son intelligence ou sur son sens de l'honneur.
Pour cela, il méritait la pitié humaine, toute la pitié humaine. Mais Bulow a perdu la tête.
Son âme n'était pas assez trempée pour le sacrifice. Il s'est laissé piquer au jeu. Il a fini par croire à un succès possible. Et alors il s'est abaissé à l'œuvre que nous décrit le Dr. Dillon, à cette œuvre qui enlève toute auréole au martyre du Sénèque moderne.
Quel dommage pour lui, et quelle gloire pour Néron I
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TATICHEF'
Tatichef n'est plus un nom très connu dans le monde politique européen. Pourtant, c'est un des hommes réellement intelligents qu'il m'ait été donné de rencontrer. J'ai causé deux fois avec lui, les deux fois à Londres.
La première, c'était à un dîner au Saint-James's Club, auquel assistaient, entre autres, sir Donald Mackenzie-Wallace, alors directeur politique du Times, et lord Reay, ancien gouverneur de Bombay, bien connu dans le monde du droit international.
La seconde fois, ce fut chez Tatichef. J'y rencontrai, pendant quelques instants, Stead, le fameux publiciste qui devait trouver la mort dans la catastrophe du Titanic. A ce moment-là, Tatichef était, en Angleterre, l'agent de feu Witte^