LE PRINGB LICHNOWSKY IJ
que je télégraphiai à Paris et à Aix pour annoncer mon arrivée.
Le samedi, dans Taprès-midi, et le dimanche, j'eus à Brighton des communications de Londres qui me montrèrent que Lichnowsky se trompait, et que, à Vienne, Tchirtsky, l'ambassadeur allemand, ne faisait que pousser l'Autriche à l'intransigeance. Je télégraphiai à mon ami Mishu , ministre de Roumanie à Londres, de me retenir des places pourl'Ostende-Expressdu mardi matin 38 juillet, et j'avisai mon frère à Aix-les-Bains que j'avais renoncé au voyage.
Je rentrai à Londres, le lundi matin 37 juillet. De la gare, où je trouvai mon ami Mishu, j'allai directement chez le prince Lichnowsky, Je lui fis part de mon inquiétude et de ma décision de rentrer en Roumanie, Il me dit que j'avais tort ; qu'il n'y avait aucune possibilité de guerre, pas une contre quatre-vingt-dix-neuf; que, à ma place, il attendrait encore à Londres, puisque ce serait embêtant d'aller de Londres à Aix par Bucarest.
Lisistant sur le danger de guerre, je lui dis : « Ce serait d'autant plus grave qu'il ne faut pas •e faire illusion sur l'attitude de l'Angleterre. Malgré le pacifisme de son gouvernement, 1 Angleterre marcherait sûrement. »
l8 SOUVENIRS
Et Lichnowsky, oubliant ce qu'il m'avait dit au printemps, me répondit : « De cela, je ne suis pas aussi sûr que vous. — Vous avez tort, répliquai-je. Je connais le peuple anglais. Personne au monde ne pourra Tempêcher de se mêler d'une guerre provoquée avec autant d'injustice. Si vous croyez le contraire, vous êtes dans une erreur profonde. »
Il persista à me dire que c'était possible, mais qu'il n'en était pas aussi sûr^que moi. C'est la seule faiblesse que j'aie trouvée dans le jugement de Lichnowsky, à cette époque. Certainement, comme tant d'autres, il avait été aveuglé par la question d'Irlande.
Je suivis l'avis de Lichnowsky. Je renonçai à mes billets pour le lendemain mardi 28 ; mais plus méfiant que l'ambassadeur d'Allemagne, je pris des billets pour l'express du mercredi 29. Ce fut le dernier qui circula.
Le mardi 28, quand je vis Lichnowksy dans la matinée, c'était un autre homme. Il avait commencé à perdre sa confiance. Il ne voyait plus^ que sept chances de paix sur dix, et bien qu'il m'assurât de son espoir qu'une folie sans nom serait épargnée à l'humanité il me dit : « Rentrez en Roumanie. Nulle part il n'y a trop de bonnes