‹ Souvenirs, traduits de l'allemand pour la première foisChapitre 5 sur 16 · PRONONCÉ AU DERNIER LIEU DE REPOS DE WEBER · texte numérisé non relu

PRONONCÉ AU DERNIER LIEU DE REPOS DE WEBER

Repose donc ici ! Qu'ici soit le lieu sans faste qui nous garde ta chère dépouille ! Et quand bien même elle serait étalée là-bas en des tombeaux princiers, dans la plus orgueilleuse cathédrale d'une orgueilleuse nation, nous osons espérer pourtant que tu aurais préféré choisir, pour lieu suprême de repos, une tombe modeste en terre allemande Tu n'appartenais certes pas à cette race de froids ambitieux qui n'ont pas de patrie, qui préfèrent le pays du monde où leur avidité d'honneurs

trouve pour prospérer le sol le plus riche

Si une nécessité fatale t'a entraîné là-bas, où le génie lui-même, pour avoir cours, doit se mettre à l'encan, au moins tu as eu le temps de tourner tes regards passionnés vers le foyer natal, vers la demeure modeste et champêtre, où, près de ta chère femme, mélodies sur mé-

lodies jaillissaient de ton cœur. « Ah! si j'étais encore près de vous, mes aimés! » Ce fut là le dernier soupir avec lequel, là-bas, tu

pris congé de nous! Si tu fus une âme si

chaudement enthousiaste, qui nous blâmerait de te payer de retour avec le même entraînement, d'avoir partagé de tout cœur avec toi cet enthousiasme, de nous être abandonnés volontiers au vœu silencieux, de te posséder encore auprès de nous dans la chère patrie? Oh ! cet enthousiasme ! il t'a fait, avec une sympathique violence, le bien-aimé de tonpeuple ! Il ne fut jamais au monde un musicien plus allemand que toi! Vers quelque région, dans quelque royaume lointain, éthéré, de l'imagination, que t'emportât ton génie, il restait pourtant enchaîné par mille fibres délicates à ce cœur du peuple allemand, avec lequel il pleura et sourit, comme une âme croyante d'enfant, quand elle écoute attentive les légendes et les contes de son pays. Oui, ce fut cette ingénuité d'enfant qui guida, comme

un bon ange, ton esprit viril, qui le conserva toujours pur et chaste ; et c'est en cette chasteté d'âme que gisait ton originalité : en gardant toujours sans tache cette magnifique vertu, tu n'avais pas besoin de réfléchir, de

découvrir tu n'avais qu'à sentir, tu avais

ainsi découvert la plus profonde source de beauté! Tu l'as conservée jusqu'à ta mort, cette suprême vertu, jamais tu ne pus la sacrifier, jamais tu ne pus te défaire de ce bel héritage de ton origine allemande, jamais tu

n'aurais pu nous trahir! Vois, maintenant

l'Angleterre te rend justice, la France t'admire, mais seule l'Allemagne peut t'aime?*; tu es sa chose, tu es un beau jour de son existence, une chaude goutte de son sang, une parcelle de son cœur qui donc nous blâmerait d'avoir voulu que ta cendre devint aussi une parcelle de son sol, du sol de la chère patrie allemande?

Encore une fois, ne nous adressez pa> do reproches, vous qui méconnaissez le génie pro-

pre du cœur allemand, de ce cœur qui s'exalte si volontiers, quand il aime ! Si c'était de l'exaltation qui nous faisait soupirer après la chère dépouille de notre Weber bien-aimé, c'était cette exaltation qui nous fait si étroitement lui ressembler, l'exaltation qui fît épanouir toutes les riches floraisons de son esprit, pour laquelle le monde l'admire, pour laquelle nous

l'aimons C'est donc une œuvre d'amour

que nous pensons accomplir, cher Weber, toi qui jamais ne recherchas l'admiration, mais seulement l'amour, quand nous te dérobons aux regards de ceux qui t'admirent pour te rendre aux étreintes de ceux qui t'aiment. Loin du monde devant qui tu brillas, nous accompagnons ton retour au pays natal, au sein de ta famille! Demandez au héros parti pour vaincre ce qui lui cause le plus de joie, après les jours glorieux passés au champ d'honneur? Assurément, c'est le retour dans la patrie où sa femme et ses enfants l'attendent. Et voyez, ici nous n'avons pas besoin de parler par figure :

ta femme, tes enfants t'attendent, véritablement. Bientôt, au-dessus de ton lit de repos, tu entendras les pas de l'épouse fidèle qui si longtemps, si longtemps attendit ton retour, et qui maintenant, accompagnée d'un fils chéri, pleure, sur le bien-aimé revenu, les plus brûlantes larmes d'amour. Elle appartient au

monde des vivants , tu es devenu un

esprit bienheureux, elle ne peut, les yeux dans

les yeux, te souhaiter la bienvenue ; aussi

Dieu a-t-il envoyé un messager pour accueillir ton retour, pour te souhaiter la bienvenue de tout près, les yeux dans les yeux, pour t'attester l'impérissable amour de tes fidèles. Ton plus jeune fils a été choisi pour cette mission, afin de resserrer les liens entre les vivants et les défunts; ange de lumière, il plane maintenant entre vous, et vous porte l'annonce de

votre mutuelle affection Où donc est la

mort? Où donc la vie? Là où toutes deux elles s'unissent en une alliance si merveilleusement belle, là est le germe de l'éternelle vie !

RETOUR A DRESDE DES CENDRES DE WEBER. 101 Laisse-nous donc, ô cher défunt, entrer aussi dans cette alliance avec toi! Nous ne connaîtrons plus ni mort, ni corruption, rien qu'épanouissement et croissance. La pierre qui enferme ta dépouille deviendra pour nous le rocher du désert, d'où le prophète puissant fit jaillir autrefois la source vive : il s'en épanchera, jusqu'au plus lointain des âges, un magnifique torrent de vie sans fin renouvelée,

sans fin créatrice! Toi, source de toute

existence, fais que jamais nous n'oubliions cette alliance, que toujours nous en soyons dignes !

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