CHAPITRE IX
SurFEspagne.
Il faut donc examiner la conduite politique du gouvernement relativement aux affaires de TEspagne. Il me semble difficile de contempler ce qui se passe en Espagne sans porter des regards de tristesse et d'admiration à la fois sur ces malheureuses contrées. Peut-être est-ce le pays de l'Europe que la guerre a le plus souvent
accablé de touls les fléaux qu'elle entraîne avec elle. Les Carthaginois et les Romains l'ont iésole long-temps par toutes les fureurs que pcuvait enfanter la rivalité de ces deux peuples. On se rappelle les malheurs et le courage liéroïque de Numance et de Sagonte. Les Sarrazins, les Maures, les Arabes^ les Goths l'ont ravagé pendant des siècles; mais au milieu des plus cruelles guerres, il faut considérer le Nord de l'Espagne toujours respecté par les conquérants. C'est cette même contrée qui reconnaît don Carlos , et qui défend ses droits légitimes; aucun des peuples que je viens de citer n'a seulement tenté de le soumettre;
Charlemagne a porté ses armes dans cette partie de l'Espagne, mais sa conquête n'a duré qu'un instant. Le royaume de Navarre , qui s*est formé long*temp6 apr^s, a duré 40Q ans, et n'a succombé que par l'extrême £^ibles$^ d'un prince de la maison d'Albret. Lorsque nos armées sous Bonaparte ont conquis iine grande partie de l'Espagne, le ^ord f'est maintenu dans son indépend^ncer Lorsqu'il entra en Espagne , les peuples de la Biscaye
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que TaoUquité appelait les belliqueux Gantabres croyant que Napoléon passerait par leur pays érigèrent un arc-'^de-^triomphe sur lequel ils inscrivirent ces mots : Les Cant^bres ja* lirais vaincus. Napoléon en fut instruit , et dirigea sa route d*un autre côté. Voilà donc la contrée qui défend les droits de don Carlos, voilà donc les habitants noblement invincibles pendant tant de siècles qui reconnaissent son autorité* Certes pn ne peut dire qu'un tel peuple combatte pour la servitude. Non, il combat pour la vraie liberté sous un roi libre , tel que la conçoivent, et la veulent les âmes généreuses. Us o'appellent point le§ Anglaisa leur secours, ils ne leur abandonneront pas leurs places, l^ur^ ports et leur commerce.
Je ne crois pas que dans les affaires de l'Espagne le gouvernement ait été entraîné par une légitimité mal comprise* Je crois qu'il a été entraîné d'abord et malgré lui comme dans les affaires de la Belgique. Il a été surtout influencé par un vieuK diplomate qui concevait, il y a cinquante ans, comme utile, Talliance de l'Angleterre et de
la France. J'ai raconté dans mes Mémoires qu'en 1792, il' fit la lecture dans le comité diplomatique, dont j'étais membre, d'un écrit dans lequel il traçait la négociation dont il venait d'être chargé en Angleterre par Louis xvi. 11 y proposait l'union des deux puissances, fondée sur les principes qui venaient de bouleverser la France. M. Pitt, à qui il s'adressait, lui répondit par un silence moqueur et di)stiné. J'ai dit, en racontant cette anecdote, comment nous fûmes étonnés, et ses amis mêmes , de cette niaiserie politique. Il eut dans le même temps des entretiens sur le même sujet avec lord Grey ; et par une singularité fatale sans doute , ces deux hommes se sont retrouvés en présence quarante ans après et ont repris le fil de leurs idées, dans une position qui leur assurait le succès. De là cette quadruple alliance, dont les suites seront peut-être bien différentes des effets qu'on s'en promettait. On est d'abord, dans cette question, frappé d'un résultat inévitable. Lorsque la Reine enfant sera parvenue à l'âge convenable, quel sera son époux? Sera-ce un des plus jeunes princes de
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la maison d'Orléans? Sera-ce un archiduc d'Autriche, un prince allemand ou anglais?
L'un de ces choix , quel qu'il soit, aura sans doute la plus grande influence sur les destinées de la France et de l'Espagne. Il est impossible, au moment où j'écris, de former la moindre conjeciure sur l'événement dont je parle. Mais toujours est-il vrai que nous courons, dès maintenant, les risques de voir l'enfant reine d'Espagne, unie à un prince étranger, dont les intérêts seraient opposés aux nôtres ; tandis que si Don Carlos possédait la couronne de son frère , nous aurions les avantages certains, que notre union avec l'Espagne nous promettrait pour notre commerce. Et par l'union des deux marines, nous aurions les immenses avantages que nous en avons recueillis dans la paix et dans la guerre.
Il est donc une considération qu'un Français ne doit jamais perdre de vue ; elle est dans les heureux fruits de l'union de l'Espagne et de la France. Cette grande idée de Louis xiv s'est replacée dans la tête de Napoléon, mais accompagnée d'une funeste ambition de famille
qui a fait avorter son projet. Gependani ane telle i4ée , co&çae par ces deux hommes , doit ayoir quelque poids auprès d'un gouYernement. Tout le monde sait les maux incalculables faits autrefois à la Frabce par l'Espagne : le seul nom de Philippe ii suffit pour les rappeler; le grand projet conçu par Henri iv n'est pds effacé de notre mémoire. L'exemple de ces trois fortes tètes peut être opposé avantageusement aux idées de notre vieux diplomate et de lord Grey. Au reste, en parlant ainsi de M. de Talleyrand, je suis bien loin d'oublier tout ce que j'ai dit dans mes Mémoires sur l'habileté qu'il ' a montrée dans le premier traité de Paris; elle ressort d'autant plus, qu'il est impossible de ne pas le comparer à l'indigne second traité. J'ai prouvé combien étaient grands les obstacles de la première négociation , et combien faibles étaient les obstacles de la seconde. M. de Talleyrand a vaincu les premiers; M. de Richelieu a augmenté les seconds, en se laissant entraîner par les ambassadeurs étrangers.
Une profonde ignorance pourrait seule ne
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pas se rappeler les avantages infinis que la France a retirés de son union avec l'Espagne. Une gnerre maritime^ entrqnîse pour nos seuls intérêts par TEq^agne^ lorsque nous avions perdu trente^sept vaisseaux de ligne et iddquante-huit frégates ^ devait lui causer des pertes immenses; elle les prévit, et cependant ne balan^ point. Malgré ses généreux etforts en notre faveur^ la France et l'Espagne furent humiliées alors par l'Angleterre^ Mais un ministre anglais, dans un écrit que j'ai cité ailleurs y annonça que les outrages reçus par ces deux puissances resteraient profondément gravées dans leur mémoire, et qu'elles se relèveraient ensemble par un concert qui serait fatal à TAngleterre. Sa prédiction s'accomplit par la guerre de l'Amérique; et quand le traité qui la terminait fut examiné dans la chambre des Communes ^ M. Pitt prononça ces paroles remarquables : « Dans d'autres temps, l'Angleterre « avait dicté les conditions de la paix. Ce temps « n'est plus; l'Angleterre est forcée S'employer « un langage convenable à sa position ; l'illu^
« sion de soa pouvoir, de sa prééminence « n'existe plus. »
C'est donc sous le rapport des avantages maritimes, qu'il faut considérer T union de la France et de l'Espagne. On ne peut trop répéter cette vérité, car depuis 1789 on entend sans cesse vanter notre puissaMe continentale, comme la seule nécessaire. Dans les derniers temps de la restauration , un orateur assura au nom d'une commission que la France ne devait plus faire autant de dépenses pour sa marine , et qu'il lui suffisait d'être une puissance continentale. I
Je l'étonnerai , sans doute , en disant et en lui prouvant, que dans l'état actuel des choses^ un empire ne peut pas être une puissance redoutable au continent, s'il n'a pas de marine. On m'objectera l'Autriche. Je répondrai que depuis plus de 150 ans, l'Âulriche a toujours été l'alliée de l'Angleterre, que la marine anglaise a secondé toutes ses opérations, et que les trésors de l'Angleterre lui furent toujours prodigués. Quand un archiduc disputait à un
Bourbon le trône d'Espagne, l'Autriche n'aurait pu y faire passer des troupes, sans les vaisseaux anglais. Vous trouverez la même chose en 1744 et dans la guerre de sept ans.
C'est toujours l'Angleterre, toujours une puissance fttipîiime qui arme et solde l'Autriche contre la France; bien plus, l'Angleterre, puissance maritime, est par cela même une puissance continentale, puisqu'elle dispose des grandes puissances continentales. Elle seule a formé , entretenu les ligues contre la France ; elle seule les a rapprochées et cimentées de nouveau, lorsqu'elles étaient dissoutes. Elle a eu à la fois plus de deux cent mille hommes *à sa solde, dans la guerre de la révolution , pendant plus de 25 ans. L'Autriche n'aurait pu entretenir ses nombreuses armées , et lutter si long-temps contro la France, sans les subsides de l'Angleterre. Et sans eux encore, la Russie n'aurait pas montré ses Cosaques à la capitale de la France. Ainsi donc l'Angleterre est puissance continentale ; elle l'est parce qu'elle est
puissance maritime, n. iS
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Mais cette puissance anglaise si formidable a cédé 9 sous LcMiis kvi, aux marines de la France et de l'Espagne réunies. J'ai cité plus haut les pa^roles mémorables par lesquels M. Piit avoua dans le Parlement que l'Angleterre ne pouvait plus résister aux flottes réunies des Bourbons.
Tout cela ne peut être contesté; H peut donc m' être permis de d^brer l'aveuglement inconcevable d'un gouvernement qui travaille autMt qu'il est en lui a l'af&tblissement de l'Espagne, en donnant à un parti des secours trop faibles pour le foire triompher, mais assez forts pour perpétuer une guerre barbare et une féroce anarchie. En politique , il n'y a de grandeur que dans les opérations avonées par la justice ; et ici ^ le véritabte intérêt de la France s'unit à la justice; elle devrait regarder les malheurs de l'Espagne comme sa propre infortune, et tendre toujours à l'union intime de deux puissances qui par leur position , peuvent seules enlever à l'Angleterre la domination des mers. En outre, qu'on n'oublie pas que l'affaiblissement de l'Espagne , porté au
dernier degré, la jetera nécessairement danis les bras de l'Angleterre; et nous verrons alors quel immense avantage elle saura tirer d'une position dont elle sera redevable à nos fautes seules, comme elle doit à nos fautes antérieures la possêdsidn de Malte ^ des lies Ioniennes , du cap de Bonne^Espérance 9 de la Trinité, de Sainte^Lude^ de sa domination dans les pèches de ta morue, de rifé-de^Fradce et de touts nos • établissements dans les Indes orientales. Grie2 donc contre la puissance anglaise. Français aveugles! elle est votre ouvrage.
Et c'est après de tels événements et les pa^ rôles si remarquables de M. Pitt) que des dipleurâtes pourraient perdre de vue la grande idée de Louis ^iv et de Napoléon, si bien exprimée par le grand monarque, quand il dit à son petit-fils : il n'y a plus de f^yrénées^ Ajoutes^ à tout ce que je viens de dire^ le com-^ merce immense concédé à la France par rEspagne dans l'Europe et dans ses colonies. Touts ces avantages pouvaient suivre le rétablissement de Ferdinand par les armes françaises en 18^3; naais combien d'indignes manœuvres en ont
fait avorter les fruits. Loin de moi d'en salir ces pages; mais je puis dire , avec la conviction la plus intime et une certitude acquise par mes recherches, que jamais rien de plus indigne, de plus méprisable ne fut l'ouvrage de ces nombreuses conceptions diplomatiques qui font souvent la destinée des peuples. Un gouvernement aveugle ne voyait , dans celle dont je parle, ni leurs commencements, ni leurs effets certains. Je me bornerai à dire qu'une partie de ces abominations secrètes fut exécutée pour obtenir la consécration de l'emprunt
des cortès; et cela parce que des hommes, qui avaient les mains pleines des coupons de cet emprunt, auraient fait une fortune colossale. Lorsque la question de cet emprunt fut examinée dans le conseil de Ferdinand, il demanda l'avis de son frère don Carlos. Ce prince, se levant et mettant la main sur son cœur , dit ces deux mots : Non , jamais ! Il ne pensait point qu'on dût accabler les peuples d'impôts onéreux , pour payer des sommes qui n'avaient été demandées que pour favoriser la rébellion, et qui par les événements , réduites
à une valeur nominale, n'intéressaient alors qu'un petit nombre d'agioteurs.
Si comme Ta dit M. Mauguin à la tribune , les Anglais se mettent en possession de pbrts maritimes importants, tels que Barcelone et Cadix, il ne sera peut-être pas plus facile de leur arracher cette riche proie, qu'il ne l'a été de leur arracher Gibraltar. Lorsqu'on regarde la carte de l'Europe, on voit par elle, comme par l'histoire, qu'il n'existait il y a cinquante ans, que trois grandes puissances maritimes. L'Espagne est retranchée de ce nombre. Ainsi, voilà la France et l'Angleterre seules en présence sur les mers. Si la guerre s'allumait entre elles, il serait permis d'y trouver une source de nouveaux malheurs, ce serait alors que les bons Français redoubleraient d'admiration pour cette grande figure de Louis xiv, et verseraient des larmes, amères sur l'inconséquence et l'inhabilité de nos gouvernements, el sur la déplorable quadruple alliance.
Pendant la courte paix obtenue par le traité d'Amiens, un Anglais aujourd'hui pair d'Angleterre par sa naissance, me parlait des avan^
tages imaieas^s qu'avait la France pour établir une puissante mariae. Je lui répondis : Soyez tranquille, il est écrit là-haut que la France n'aura plus jamais le sens commua relative* ment à la marine'^et aux colonies , parce que si, elle savait profiter de ses côtes maritimes et /. la population qui les habite, elle serait maître ^se de toutes les mers. IQle a par la grandeur d'un prince et l'alliance de l'Espagne, dominé sur l'Océan et la Méditerrannée. Ce temps n'est plus, notre légèreté et ce que nous appelons des principes, ne nous permettront pl^is de ressaisir ce noble empire. i'auraÂs pu ajouter que nous étions bien loin de ces temps ^ù la porte ottomane ne permettait aux Anglais de paraître sur la Méditerannée , que «ous. le paviUon^d' Henri iv.
La France seule a fait la grandeur de l'Angleterre. EUe lui a donné, je le répète exprès, par ses fautes accumulées, le Canada, l'ile de la Trinité, Sainte-Lucie, le o»p de Bea^-Es pérance, Malte, les iles Ioniennes, Saint-Pierre et Miclon, et la Louisiane aux Anglo- Américains, et elle a abandonné à l'Angletwre le peu
qui lui restait dans riode^Orientaleoù ^Ue avait été dans d'autres temps cent fois plus puissante que l'Angleterre. En outre elle a fait son avan* tage en se privant elle-même de la belle possession de Saint-Domingue; que reste-t-il à faire a nos gouvernements pour achever l'immense édifice de la grandeur anglaise; c'est de séparer entièrement l'Espagne de la France; c'est de laisser la France seule rivale de l'Angleterre.
Je peux donc dire au gouvernement actuel :
vous savez le mal que nous a fait autrefois l'Espagne ; vous savez les avantages immenses que la France a retirés de son union avec l'Espagne , dans trois guerres maritimes et par le commerce , travaillez maintenant à la séparer de la France; jetez-la dans les bras de l'Angleterre; et cette déplorable politique sera bientôt maudite par un ori unanime de la France.
Au reste, cette querelle sanglante sur la succession au trône d'Espagne provient en partie de l'animosité mutuelle des princesses de Napies et de Portugal, Le roi Ferdinand après avoir signé l'acte qui brisait Tordre de succest
âion existant depuis i64 ans, le remit à M. Caf-lomarle son ministre , en lui ordonnant de ie mettre entre les mains du chef de la magistrature. Ce ministre n'obéit pas à cet ordre et garda cet acte si important. Peu detempsaprès, Ferdinand le lui redemanda et manifesta le dessein de te changer. Après sa moin, la reine conçut les mêmes craintes qu'avaient eu Ferdinand^ et voulut rétablir Tordre de la succession, en formant une alliance entre le fils aîné de don Carlos et sa fdle Isabelle. Sa sœur , épouse du prince don François-de-Paul accourut de Séville à Madrid, entraîna la reine dans une résolution opposée, et la détermina à prendre la régence. Ce fut alors vraisemblablement qu'on ajouta à l'acte de Ferdinand la clause que le prince don Sébastien par une lettre publique a déclaré avoir été ajoutée frauduleusement à l'acte de Ferdinand. Les deux princesses de la maison de Naples étaient ennemies déclarées de la princesse de Portugal , épouse de don Carlos, et sœur de la princesse de Beira à laquelle don Carlos a confié ses enfants pendant sa noble entreprise en Espagne. Beaucoup
d'Espagnols prétendent que ranimosité de ces deux maisons royales est la première cause des malheurs de l'Espagne*
Je demande maintenant comment à fa vue d'un si triste spectacle , les trois grandes puissances du continent n'ont pas la pensée de se réunir pour faire cesser tant de calamités.
Deux autres puissances ont bien cru avoir le droit de former une alliance pour s'occuper de FEspagne et du Portugal. Pourquoi les autres puissances n'ont-ellcs pas imaginé qu'elles avaient le même droit? Elles auraient pu l'exercer par leur seule prépondérance^ et sans faire la guerre. La France s'en occupe d'une manière bien influente,^ sans y envoyer des troupes. Pourquoi les trois grandes puissances ne pourraient-elles pas agir de la même manière? De deux choses Tune, ou elles approuvent^ les prétentions de doa Carlos, ou elles les désapprouvent. Elles ne manifestent point leur pensée , elles restent dans le silence , tandis que les autres puissances parlent et agissent ouvertement. Car c'est parler et agir ouvertement , que d'avoir des ambassadeurs à Madrid. Il me
semble , que la conduite de l'Angleterre et de la France , comparée à celles des trois grandes puissances, place celles-ci ao-dessous des deux premières , et qu'on ne voit ni grandeur ni humanité dans leur silence. Gomment se fait-il que l'Angleterre ait le droit de reconnaître par son ambassadeur, la reine régente et sa fille , et que l'Autriche n'ait pas le mèine droit. Vous médirez peut-être que je ne connais point les sentiments secrets de l'Autriche et de ses alliés; c'est précisément la chose dont je me plains. Gomment garder le sileqce et n'employer qu' une diplomatie muette, sur de si grands intérêts? Gerteson nepeut voir dans cette conduite qu'un égoisme qui ne songe qu'à soi-même et qui s'isole honteusement du grand ordre social de l'Europe.
Très certainement, après notre épouvantable révolution , après 25 ans de guerres causées par elles , la méditation habituelle des souverains doit porter sur les suites encore agissantes de cette révolution. Ils doivent se demander ce qui arrivera si le système républicain , même sous un prétendu monarque , triomphe en Es-
pague. S'ils méditent profondément sur ce sujet, s'ils ne se flattent point sur leur position, Us doivent concevoir des craintes. La première règle de la prudence humaine , c'est d'écouter les leçons de l'expérience , et de ne jamais affaiblir dans son esprit les causes que prévoie rexpérience. 11 ne faut pas dire: Tel malheur n'arrivera pas, les mêmes choses n'arrivent point deux fois; cet adage ridicule que j'ai entendu prononcer bien souvent par des hommes qui se croyaient habiles, parce qu'ils écoutaient avec un sourire moqueur touts les avertissements ; cet adage est une de ces faibles causes , auquel l'esprit du siècle a donné une puissance monstrueuse. La reine Elisabeth voyait plus loin que les puissances du siècle , quand elle donnait des secours à Henri iv; et l'impératrice Catherine voyait mieux que les ministres de Louis XVI, quand elle disait à M. de Ségurque le roi devrait profiter des troubles de la Hollande pour commencer une guerre qui détournerait la France des pensées révolutionnaires dont elle était mensicée.