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CHAPITRE XII

Des ooiisidërations générales sur le goUverneinent acCutl .

Sous te rapport politique, je crois pouvoir conclure que la conduite seule de Louis-Philippe a pu le maintenir, et que tes qualités et les talents seuls de son successeur pourront continuer son ouvrage. Ses enneniis ont bien compris cette vérité , car ils n'ont cessé de soutenir que dans notre gouvernement un roi doit

régner et non gouverner. Ils citaient l'Anglelerre. J'ai prouvé dans mon essai sur Téducation d'un prince, que non-seulement Henri viii, Marie-Élisabeth, avaient gouverné seuls, mais encore que touts les rois de la dynastie d'Hanovre avaient suivi cet exemple. Comme je ne présente dans cet ouvrage que des maximes sur le gouvernement en lui-même , et non ce qui peut nuire à tel prince et être utile à tel autre, je dirai qu'en pratiquant celte maxime , de régner sans gouverner, il faudrait nécessairement tomber dans les mains d'un premier ministre.

Une liste bien triste se présente aussitôt à notre mémoire. Le cardinal La Balue qui par les intrigues les plus coupables et par des crimes, parvint aux fonctions depremier ministre, quoique cette place n'existât pqs encore ; le cardinal d' Amboisequi selon Bossueta entraîné la France dans de malheureuses guerres , tantôt pour sa propregrandeur, tantôt dans levain espoir d*êlre pape , qui conclut et resserra Tinfâme alliance des Borgia avec Louis xii; le cardinal de Richelieu qui dénatura la monarchie et enfanta la première cause de notre révolution ; ïe cardi-

nal Mazarin qui par ses outrages ail Parlement, auquel ensuite il concédait les demandes d'abord refusées par lui , prépara les intrigues et la guerre de la Fronde; le misérable cardinal Dubois qui corrompit toutsles germes d'où naissait l'honneur de la couronne et qui vendait la France à l'Angleterre. Le cardinal Fleuri dont la faiblesse prépara la malheureuse guerre de sept ans, dont l'incapacité anéantit la marine française , qui refusa l'offre que faisait Charles XII de conduire en Ecosse le prince Edouard avec iO mille Suédois partis de la Norwège; le comte de Maurepas dont la gaité et les plaisanteries conduisaient Louis xvi et qui rappela les parlements sans la moindre préparation à un acte si important , et sans la moindre attention sur les moyens qui pouvaient empêcher les anciens abus ; le cardinal de Brienne qui accéléra la révolution par son projet inexcusable d'une cour plenière; le duc de Richelieu gouvernant Louis xviii et faisant lui seul le traité de Paris sous l'influence de l'ambassadeur de Russie; en est-ce assez et cette liste ne nous

fait-elle pas voir l'efTet inévitable de cette ridi- II. 15

cule maxime : Le roi doit régner et non gouverner.

Louis-Philippe l'a pratiquée dans les commencements de son règne, car il a tout fait sous rinfluenced'une vaine opinion prétendue populaire laquelle régnait aussi sur lesdeux chambres. Averti par les dangers du trône et par son intérêt personnel , il a changé de maxime, et je puis dire qu'il peut ainsi laisser à son fils les rênes du gouvernement, mais non préparer et soutenir la grandeur de la monarchie.

Sur cette maxime si mauvaise, de régner et inon gouverner , rappelez-vous ce que je vous ai dit plus haut : Le connétable de Richement entraînant deux fois Charles vu à régner par lui-même et contribuant ainsi à la puissance et aux victoires de ce prince^

Bien plus, cette maxime ^ qui est fausse en elle-même, n'est jamais exécutée. Prenez pour exemple, le roi actuel Guillaume iv; dès le commencement de son règne j lord Grey commença le bouleversement de l'Angleteri^. Mais quel pouvoir lui a donné la puissance? le pou-* Voir royal. M'est-cepas aussi ce roi qui l'a laissé

présenter le biil de réforme , qui Fa approuvé et l'a soutenu de tout le poids de son nom et de son influence. Pour raisonner avec justesse , il faut dire que c'est Guillaume iv , qui a voulu le bill de réforme, s'il ne l'avait paa voulu, lord Grey nel'aurait pas présenté.

Si ce ministre avait exigé ce bill, malgré la volonté du roi , le roi l'aurait renvoyé de son conseil, lli'a gardé, il l'a soutenu dans d'autres concessions aussi dangereuses que le bill de réforme, donc il faut rapporter à lui ce bill et les autres concessions. 11 serait absurde de dire : Le roi ne voulait point ces lois ; le ministre les a présentées et promulguées malgré lui.

Rappelez-vous que la reine Anne, s' étant déclarée pour les torys , ils obtinrent dans la chambre des communes, une majorité, évaluée au double de l'autre parti. Je ne vous parle point de la reine Elisabeth , parce que son caractère était trop fortement trempé , pour qu'elle ne fôt pas une vraie souveraine. Elle le fut donc.

Le premier roi de la dynastie d'Hanovre parla

en souverain, au moment où il mettait le pied en Angleterre, il affermit et lui-même et sa dynastie, malgré de nombreux ennemis^

Lord Walpol ministre dirigeant sous deux rois pendant 33 ans , par leur volonté^ malgré la plusviolente opposition, est bien une preuve de ce que peut l'autorité royale.

Georges m victorieux en Allemagne exerça toujours une véritable autorité royale. L'Angleterre, à sa mort > était dans un état de paix et de grandeur qui ne peut exister que sous un roi qui gouverne par lui-même.

Vous trouvez un exemple frappant dans (à conduite de Georges m : il avait donné à ses ministres l'ordre de s'opposer vigoureusement à des mutineries , il vit de l'hésitation dans ses ministres. Il leur déclara qu'il signerait l'ordre lui-même, s'ils hésitaient encore. Voilà bien la volonté d'un monarque, et non celle des ministres!

Ce roi déploya la plus ferme volonté de combattre la révolution française au moment où ces leçons pernicieuses commençaient à s'introduire en Angleterre; sa ferme volonté

enfanla et soutint celle de M. Pitt; et ce mh^ nistre puisa dans la volonté d'action que lui inspirait son roi, la puissance admirable de soutenir le prince dans les moments où une cruelle maladie l'accablait.

Je conclus de tout ce que je viens d'exposer, que les hommes qui ne cessent de répéter que les rois doivent régner et non gouverner, condamnent eux-mêmes cette maxime , en citant ce qui s'est passé en Angleterre. Mais cette ridicule maxime n'existera pas moins parmi une certaine espèce d'hommes accoutumés à faire consister toute leur science politique dans quelques adages répétés sans cesse ; et quand ils trouvent une maxime renfermée dans deux mots opposés l'un à l'autre , comme dans ceuxci : régner et non gouverner , n'espérez pas que le bon sens et l'histoire puissent l'arracher de leur tête.

Parmi les changements notables que l'on re-^ marque dans notre esprit et dans nos usages, on peut distinguer le grand nombre des duels. 11 semble que nous voulons revenir à ces temps où c'était une vraie folie et où le cardia

nal de Richelieu déployait, pour les réprimer, la plus grande sévérité. Louis xiv par sa législation et par ses discours avait affaibli cette manie d'autant plus invincible qu'elle s'appuyaitsur Thonneur. Avant lui, sous Henri iv, elle fut portée à un tel degré que ce prince, qui peut-être l'avait un peu favorisée par sa tolérance , fut obligé de défendre le duel sous peine de mort. C'est cette loi que le cardinal de Richelieu fit ensuite exécuter avec tant de rigueur.

Long-temps avant ces deux règnes, Philippele- Bel , qui voyait cet abus s'augmenter touts les jours , malgré les lois terribles portées par Saint-Louis , permit le duel en le rendant extrêmement difficile. Les champions ne pouvaient se battre que deux mois après en avoir obtenu la permission. Pendant ce délai , les parents et les amis faisaient touts leurs efforts pour réconcilier les adversaires. S'ils ne pouvaient y réussir, on exigeait des deux rivaux à plusieurs reprises le serment qu'ils annonçaient la vérité la plus exacte dans leur plainte. Quand le combat était permis il était précédé des plus gran-

des précautions : les armes étaient examinées avec soin , et ce n'était qu'après un dernier serment qu'on permettait le combat devant les juges nommés pour y présider. Jusque*ià tout était sage et dicté par la prudence et l'humanité. Aussi, les duels étaient-ils fort rares; mais après le combat les erreurs du siècle reprenaient leur empire; la mort de celui qui succombait semblait un arrêt du ciel. On le croyait condamné par la Providence, et son corps était traîné sur la claie. On voit par cette législation, parcelle d'Henri ivet de Louis xiv, quelle sévérité nos rois ont toujours employée contre le duel. Le célèbre Gustave Adolphe fut aussi sévère. En Allemagne, dans des temps reculés les champions ne pouvaient se battre que dans trois endroits désignés dans toute l'Allemagne, ce qui en diminuait le nombre.

Sous Louis xvet Louis xvi les duels étaient rares. Pendant la Révolution et pendant notre guerre de vingt-cinq ans, on entendait rarement parler de ces combats. Le nombre en est augmenté considérablement depuis quelques années ; les lois qui les défendaient sont tombées en désué-

tude, la mort seule d*un des combattants détermine la justice à s'en occuper, comme de tout autre homicide.

Nous voyons depuis quelque temps le pistolet remplacer l'épée dans ces combats. Peut-être peut-'On s'en étonner. Avant la Révolution, M. de Rouvray , colonel d'infanterie, provoqua un oflScier dont il croyait avoir reçu un outrage; celui-^ci voulut se battre au pistolet. Son adversaire déclara que l'épée était l'arme du gentilhomme et du militaire , que touts devaient s'en servir puisqu'ils la portaient. Plusieurs officiers s'assemblèrent pour juger ce second différend et déclarèrent à l'unanimité qu'on ne pouvait exiger l'arme du pistolet. Le combat eut lieu en leur présence l'épée à la main, et les deux champions furent blessés.

On peut ajouter aux raisons alléguées par M. de Rouvray que l'épée est une arme plus égale, que c'est un véritable combat, dans lequel le courage et le sang-froid peuvent donner de l'avantage sur l'adresse la plus exercée. On a vu souvent des hommes très habiles à manier l'épée , vaincus par d'autres qui n'en avaient

pas fait une étude , mais qui se présentaient au combat avec un courage tranquille et un aplomb remarquable.

On peut dire que dans le combat au pistolet il peut se rencontrer des circonstances déplorables. Si Tun des adversaires a tiré d'abord sans succès , et si l'autre est très exercé dans cette arme , la vie de son adversaire est entre ses mains^ Il peut, sans aucun obstacle, sans aucune crainte, frapper son rival. Mais si son caractère est généreux , il ne profitera point de cet avantage , et dès lors son rival lui devra la vie. On a vu un militaire se présenter au combat contre un homme dont l'habileté au pistolet était connue; le premier qui avait été offensé tira son coup sans succès; le second fit feu dans l'air. Il donna donc la vie à son adversaire. Il peut se rencontrer des âmes fières qui ne pourraient supporter cette espèce de grâce. Je demande donc s'il peut y avoir l'ombre même de l'égalité dans un combat où quelquefois l'un des champions peut ajuster son ennemi avec la certitude de le tuer sans aucun obstacle, et où ce champion pourrait accorder la vie à son adversaire ,

et lui faire ainsi un second outrage plus cruel que le premier pour de certaines âmes. Un combat présente nécessairement Vidée de l'attaque et de la défense. Rien de pareil dans le duel au pistolet. Ainsi, ce n'est pas un combat.

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