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CHAPITRE XV

Sur le roi d'Hanovre «

^ On parle beaucoup aujourd'hui de la conduite du nouveau roi de Hanovre ; les uns lui donneot , des éloges , d'autres racoablent de reproches. E)a arrivant dans ses états., il a dén claré qu'il ne reçonns^i^sait point la Charte qui les, régit , et il a .nommé une Commission pour examiner cette grande affaire. Quelques jour«-

naux se sont exprimés sur ce prince dans les termes les plus outrageants; l'un d'eux surtout a violé les règles les plus simples de la bienséance. Il faut avoir une haute idée de sa propre raison pour traiter ainsi un prince qui semble user de son pouvoir comme beaucoup d'autres avant lui. Ces hommes si virulents dans leurs reproches n'auraient pas sans doute blâmé Gustave Wasa , qui , dans très peu de temps y rendit la Suéde luthérienne; ils n'auraient pas blâmé Henri viii , qui rendit l'Angleterre protestante , ni la reine Elisabeth, qui changea le catholicisme de la reine Marie en religion anglicane; ils n'ont certainement point blâmé Louis xvi d'avoir convoqué les États- Généraux dans une forme inusitée , qui seule suffisait pour renverser l'antique constitution de la France. Ces mêmes hommes se sont bien gardés sans doute de blâmer l'Assemblée Constituante, qui a renversé toutes nos lois, celles même qui régissaient l'intérêt des familles et des partieuliers ; bien moins encore ont -ils blâmé la Convention d'avoir renversé, au bout de neuf mois, l'ouvrage de la Constituante, d'avoir fait d'une monarchie une république.

d'avoir promulgué rapidement une Charte républicaine, de ravoir anéantie aussitôt après y et promulgué une loi qui établissait ce qu'elle appelait elle-même le gouvernement révolutionnaire ; ils n'ont pas non plus blâmé cette même assemblée d'avoir, à la fin de son existence, établi un Directoire de cinq membres et deux chambres maladroitement constituées , et d'avoir ensuite renversé ce gouvernement par la force en déportant un grand nombre de députés et d'écrivains. Ils ont vu ensuite Bonaparte, sous l'inspiration de Syès, créer quatre chambres, ensuite trois, et puis deux, dont l'une était muette. Ensuite est venu la Charte débile de Louis xviii et celle du 27 juillet i830. Et n'oubliez pas que toutes ces choses écrites et détruites si diligemment ont été sanctionnées par des milliards de serments , dont quelques-uns furent prêtés religieusement sur une petite élévation qu'on appelait l'autel de la patrie.

Et c'est après touts ces changements, que ces hommes , témoins de ces belles choses et même acteurs , viennent reprocher à un prince

de ne poinl reconnaître la Charte existante dans ie momeiit ou il prend les rênes de I!état ; d'où leur vient un. si grand respect pour cette loi , qui n'avait été créée que depuis peu d'années par Guillaume iv? Ce prince, animé du désir de tout changer en Angleterre , a voulu aussi changer la constitution du petit état de ses ancêtres.

S'il a eu ce droit, pourquoi son frère ne Taurait-il pas aussi? Gomment, après touts nos changements , dont je viens de donper la liste honteuse , dont la seule nomenclature présente la faiblesse la plus inconcevable de l'esprit hu* main, comment peut-on blâmer un prince d'avoir fait la chose que nous avons faite si souvent; de vouloir bien moins encore, puisqu'il parait tendre à rétablir l'ancienne loi des contrées qu'il gouverne? Je suis convaincu que les écrivains qui le blâment , parmi lesquels il en est qui sont distingués par leurs talents, ne peuvent s'empêcher de rire en se rappelant touts ces petits livres constitutionnels, écrits et déchirés presque en même temps. Ils se moquent sans doute de ces Chartes portugaises et

espagaoles» si nombreuses maintenant, qu'on peut à peine les con^pter. Peut^on voir sans pitié ces. soldats portu^^is qui se réfoltent pour une Charte ^ dont la plupart n'en connaissent peut-être pas une ^eule ligne > et inoins encore les conséquences qu'elles entraînât avec elles. Je prie les hommes de bonne foi de me dire si la peste fait périr plus de monde que ces pe* tits. livres » enfantés par le siècle des lumières , inconnus à l'antiquité ^ qui toujours a laissé les peuples se constituer par leurs mœurs^ leurs usages » et sous la puissance de leur caractère.

11. semble, suivant certains hommes, que seuls nous avons le droit de déraisonner en législation, politique, de détruire aujourd'hui ce que nous avons fait hier, même dans les lois administratives , car nous sommes , je crois , aux cinquième ou sixième lois électorales et municipales.

Après avoir, au commencement de nos troubles , imité les lois anglaises tout de travers , nous iipitons leur langage en faisant entrer dans l'exécution de nos lois des mots barbares qui hurlent en présence des termes dont nous

nous servions naguère ; el c'est nous, si vains, si légers , si changeants , qui pourrions blâmer un prinqe qui ne veut pas se conduire suivant les tristes leçons que nous avons enseignées, et que nous appelons des modèles ! C'est nous , qui avons tant proclamé la liberté de la pensée, qui blâmons de ne point penser comme nous , un souverain appelé par sa naissance à gouverner un peuple dont nous ne connaissons ni les antiques lois , ni les usages, ni le caractère.

Chacun voit aisément la cause de toutes les déclamations écrites contre ce prince; on craint que le renversement d'un petit gouvernement représentatif ne détruise le prestige dont on s'efforce d'environner ce grand mot , aussi mal défini qu'il est funeste jusqu'à présent dans ses tristes résultats.

Je pense donc que de touts les peuples, celui qui a le plus souvent changé ses institutions , est celui qui a le moins de droit de blâmer un changement projeté par un prince de l'Europe. Mais j'avoue que j'oserai lui faire un reproche : comment peut-il se décider à nommer une commission qui bien certainement rendra con-

fuse et peut-^tre inintelligible la question la plus simple, qui peut-être lui contestera le droit de faire ce qu'il a le droit de faire.

Je conclus de tout ce que je viens de dire , que le roi de Hanovre , en changeant la constitution de son état , use du droit dont nous avons joui cent fois ; qu'il devrait , en rendant libres ces différentes provinces sous son autorité 9 se bien garder de placer auprès de lui une autorité rivale. Les vrais conseillers du trône doivent se trouver dans des assemblées provinciales, et non dans une réunion d'hommes qui ne s'assembleraient auprès de lui que pour discuter toutes les opérations du gouvernement , suivant les caprices nés des circonstances du jour.

Le grand inconvénient du système appelé représentatif est de mettre avec beaucoup de peines et d'intrigues auprès du chef de l'Etat un corps qui sans cesse tend à augmenter sa propre autorité , qui se porte souvent à la mutinerie, et qui ne seconde le gouvernement qne lorsqu'il en est devenu l'esclave par l'espoir des places ou par la corruption .

Si vous pouviez interroger touts les propriéitaires de la Normandie , de la Bretagne et des autres provinces, ils vous répondraient comme ce député du côté gauche qui s'écriait un jour à la tribune : Rendez-nous noa états de Béarn.

Avant de traiter la dernière et la plus impbrtante question , je reconnaîtrai que dans les observations précédentes , je me suis quelquefois servi des mêmes raisonnements. J'ai pratiqué ainsi la maxime des répétitions que Fé< nélod recommande comme indispensables pour convaincre et persuader. Un lecteur attentif les trouvera dans les beaux ouvrages de Gicéron, surtout dans ses Catilinaires et ses Verrines. On a souvent loué Voltaire de la manière dont il se sert de l'art des rapprochements. Cet art est une des choses qui frappent le plus l'esprit du lecteur; mais je ne crois pas qu'on puisse le pratiquer sans des répétitions. En eflTet, de deux événements ainsi rapprochés, pour en faire sortir la lumière il en est un , presque toujours, dont on a dé|à parlé. Je suis convaincu que dans les grandes matières politiques il faut souvent répéter les mêmes obser-

valions pour faire ressortir Tidée principale. C'est ainsi que dans mes Mémoires j'ai fait ressortir les fautes de la Régence, de Louis xv et de Louis xvi envers les Parlements, en les rapprochant de la conduite du cardinal de Richelieu envers ces grands corps , et en montrant que les mêmes causes avaient produit les mêmes effets. Le style sec et tendu n'a point de rapprochements ni de répétitions.

Il me semble que-le sujet que je viens de traiter relativement au roi de Hanovre, me conduit naturellement à parler des constitutions.

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