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CHAPITRE XVIII

Sur la Hollande et la maison de Nassau,

Parmi les derniers événements dont les sou«^ venirs sont gravés dans notre mémoire» et qui se ^lèlent à tous ceux que je viens de retracer, je n'en vois point qui mérite plus Tattention d'un observateur que les événements qui signalent depuis sept ans la constance de la Hollande et de son roi. Mais en fixant sur elle votre at-

tention , vous arriverez nécessairement à vous occuper des grandes choses qui ont signalé ses combats pour l'indépendance , et la puissance étonnante à laquelle elle parvint après les plus grands malheurs. Si vous me permettez de parcourir un instant avec vous les annales de ces contrées , vous y trouverez pour tous les peuples, le sujet des plus graves méditations sur la destinée des peuples.

Dans le moment où le roi de Hollande donne à l'Europe le spectacle d'un monarque magnanime luttant contre les plus grands obstacles , centuplant ses forces par son union avec son peuple et par l'inspiration mutuelle des sentiments les plus généreux , il ne sera pas inutile de rappeler l'ancienne gloire de ce pays et de la maison de Nassau qui le gouverne ; peut-être y trouverons nous de bonnes leçons pour nousmêmes.

Lorsque ces provinces étaient sous la domination de l'Espagne, le duc d'Âlbe, envoyé par Philippe ii, fit gémir ces contrées sous une tyrannie affermie par ses grands talents militaires. Les Bataves voulurent conquérir leur

liberté. Ce n'était pas ce mot. vide de sens , si souvent répété, dont les inspirations entraînent à l'anarchie; c'était la vraie liberté d'un peuple qui né veut pas dépendre d'un autre peuple : c^était une noble indépendance. Le mot de liberté ralliait toutes les âmes , réunissait touts les esprits , parce qu'il avait un sens positif sur lequel on ne pouvait se méprendre.

Mais comment la Hollande a-t elle pu secouer le joug d'un monarque si puissant? Par le bon sens de ses peuples qui voulurent un pouvoir vigoureux dans un chef, et par le bonheur inoui d'avoir vu une succession de grands hommes dans la maison de Nassau.

Le premier de ces défenseurs de sa patrie , Guillaume, prince d'Orange, leva en Allemagne une petite armée , et parut en Flandres. 11 ne pouvait réussir contre les vieilles bandes espagnoles, commandées par le duc d'Albe : il le savait; mais ses efforts et son courage excitèrent l'admiration des peuplep. Le courage est la seule puissance de l'homme; n'espérez rien sans lui; le courage même malheureux laisse des souvenirs impérissables.

Le prince d'Orange, retiré en France, contracta les liens de l'amitié avec l'amiral de Coligny , un des plus grands hommes qu'ail eu la France. Goligny lui conseilla de réunir iouts ses efforts sur mer , et d'attaquer la Hollande. Ce dessein réussit , et Guillaume, à peine maître d'une seule place, assiégée par mer, vit presque toutes les provinces hollandaises soulevées en sa faveur.

Ce fut alors que commença le femeux siège de Harlom, qui dura huit mois. Le commandant Reperda demanda une capitulation. Les Espagnols exigèrent qu'il se rendît à discrétion. Riperda proposa aux habitants de former un balfliUon carré et de percer à travers le camp ennemi. Des femmes qui avaient combattu pendant le siège ^ demandèrent et obtinrent l'honneur de &ire partie du bataillon. Le fils du duc d' Albe^ qui commandait le siège , instruit de cette résolution désespérée, accorda des conditions honorables; mais dies furent violées avec barbarie » et cette indigne conduite acheva d'inspirer aux Hollandais la résolution lable de briser le joug espagnol.

Après de&atternativeâ de revers et despccéys» les états de la Flandre avaient contracté un arrangemrat avec don Juan d'Autriche » qui sjuccéddit au duc d'Albe^ Mais ^ prince 4' Orange gouvernait les i$ept provinces hollandaises ; et ibndait leur indépendance. Il forma oette union des provinces QOnjCédérées , qui a fMt la puissance et la gloire d'un si petit état, et qui prouve, comme tant d'autres exemples, qu'en conservant les différences qui existent entre les provinces, on peut en foriper un ensemble sous un chef puissant : preuve bi^ forte de la faiblesse de nos petite esprits qui en cherr chant une unité métaphysique, ont. fait peser sur nou^ quarante ans de troubles,. d'ipfapiies et de révolutions. Le grand homme qui avait élevé cet étonnant édifice , fut mis à la tête du gouvernement sous le nom de stathouder.

Il est curieux de vpir le bon sens des créateurs de ces états confédérés, et de.le comparer à l'ineptie qui enfanta nos théories métaphysiques. Ces États n'imaginèrent pas ^u'on pût avoir et conserver la liberté, sans un gouvernement vigoureux. Ils donnèrent à Guillaume le

droit de grâce , la présidence de toutes les cours de justice, dont les jugements devaient être rendus en son nom , la nomination des magis* trats des villes sur quelques candidats qui lui étaient présentés; plusieurs villes lui donnèrent même la disposition entière des charges municipales; on ajouta la direction absolue des af&ires étrangères , la nomination de tonts les agents diplomatiques et Texécution des lois.

Dans ses attributions, on en trouve une bien remarquable émanée d'une profonde sagesse ; celle de l'arbitrage de touts les différends qui s'élevaient entre les communautés, les villes et les provinces. Il est inutile d'insister sur les beaux résultats d'une pareille disposition : on les conçoit rapidement dans toute leur étendue.

On ajouta au stathoudérat la charge d'amiral et de capitaine général. Elle lui donnait la nomination de touts les emplois de terre et de mer, et la direction des mouvements de la flotte et des armées.

Je vous prie de remarquer la nomination des magistrats des villes conférée au stathouder.

Ces braves Hollandais , qui ne vivaient pas dans un siècle de lumières , avaient pensé tout bonnement et sans discussions métaphysiques, que le chef du gouvernement, étant chargé de diriger l'administration générale et de conserver l'ordre public , devaient nommer les magistrats de qui dépendaient ces deux choses si essentielles. Ces pouvoirs étaient conférés dans une république naissante à un simple particulier, et l'Âssemblée-Constituante les refusait à un monarque qui déjà s'était dépouillé d'une partie de son autorité. Elle voulait les chosets les plus inconciliables, une couronne flétrie et un peuple souverain. Vous ne trouverez dans l'histoire de touts les âges aucune absurdité pareille; mais aussi vous ne trouverez chez aucun peuple un sénat de raisonneurs, s'assemblant touts les jours sans le moindre intervalle pour dogmatiser pendant huit heures par jour; et pourquoi? pour détruire; eh! quoi encore?

détruire , et toujours détruire !

Le prince d'Orange, à qui l'on conférait touts ces pouvoirs , en était digne ; car il les abandonna de lui-même , quand il crut ce sa-

orifice nécessaire à sa patrie. Par son conseil , les états appelèrent le duc d' Aledçon , afin de résister au prince de Parme. Une armée de quatorze mille Français eut d*abord des succès ; mais un grand nombre de fauies, commises par une aveugle présomption, forcèrent ce prince à se retirer d'ude contrée dont il s'était attiré la haine générale.

Guillaume reprit l'autorité; mais bientdt après il fut assassiné par Balthazard Gérard.

Ce prince était doué des plus grandes qua* lités; il eut cette constance et cet esprit de suite si rares dans nos temps, où nous voyons les monarques , leurs ambassadeui^ , leurs ministres marcher sans cesse dans une route opposée à celle qu'ils ont d'abord tracée euxmêmes, aller contre leurs intérêts, ne savoir rien achever , tantôt soutenir la légitimité , tantôt favoriser l'usurpation , et crier contre les factions en les faisant naître, s'accroître et se fortifier ; malheureux temps ,,où n'a paru q^u'un grand homme, à qui la nature avait donné un génie capable d'étouffer la fureur des dogmes politiques, qui commença sans l'achever ce

grand ouvrage, qui ne vit pas combien cette gloire était préférable à celle des conquêtes , et qu'il pouvait être un des plus grands hommes que les siècles auraient vu , en affermissant Tordre social dans les contrées d'où partaient les flambeaux allumés par la rage des innovations et par la présomption des dogmatiseurs. Le prince Maurice , fils de Guillaume , lui succéda, à Tâge de vingt-un ans ^ et fut , dès sa tendre jeunesse , un grand homme dans toute l'étendue de ce mot. Il eut à combattre de très habiles généraux , le duc de Parme et le célèbre Spinola. Henri iv disait, avec autant de franchise que de vérité , qu'après lui Maurice était le plus grand capitaine de ces temps. Le chevalier Folard a écrit que c'était le plus grand officier 4'infaii:(erie qu'on eût vu depuis les Romains. Quand on considère les obstacles qu'il eut à vaincre, les difficultés innombrables de sa position , les grands capitaines qui lui étaient opposés, la bravoure, la discipline, le fanatisme des Espagnols commandés par ces capitaines, on n'eSft plus étonné de l'immense renommée qu'il acquit dans toute l'Europe , et de Tascen-

dant qu'il eut dans sa patrie : preuve bien forte, entre mille autres, que les hommes sont tout, qu'ils font la honte ou la gloire du pays où le pouvoir leur donne de Tinfluence. Le ridicule axiome qu'il faut s'occuper des principes et non des personnes, a fait tant de mal à la France pendant la Restauration et tant de bien à la médiocrité, qu'il ne faut pas perdre une occasion de le combattre.

Si les grands hommes font la destinée des états, seuls aussi ils font leur propre destinée.

L'ambition fit périr Maurice par le chagrin , comme elle conduisit Napoléon sur un rocher désert.

Frédéric Henri , troisième stathouder , succéda à son frère, et fut aussi grand que lui dans la guerre : mais d'un caractère moins hardi , et d'une ambition moins entreprenante.

Guillaume ii hérita de l'ambition de ses pères , plus que de leurs talents. 11 fut malheu* reux : Guillaume m vint au monde après la mort de son père. Les États-Généraux saisirent toute l'autorité. Jean Dewitt, sous le titre de grand pensionnaire, gouverna la ré-

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publiqac avec gloire. Mais dans une guerre entre elle et l'Angleterre sous le protectorat de Cromwel, la Hollande fut vaincue. Cromwel exigea que les sept provinces prononçassent une exclusion solennelle de la maison d'Orange aux litres de stathouder , d'amiral et de capitaine général.

La seule province de Hollande y consentit ; les autres {provinces refusèrent avec fermeté. J'ai 4]éjà fait cette remarque ; je la répète ici , parce qu'elle sort essentiellement de mon sujet, et je vais lui donner plus d'étendue.

Arrêtez un moment votre attention sur cette cause de discorde entre sept provinces d'une république. Six regardent comme une honte insupportable d'ôter à une maison qui avait rendu de grands services à la patrie, le droit de succéder aux charges qu'elle avait illustrées. Des services de cette famille, et de leur reconnaissance, elle font un droit héréditaire de cette famille. Une seule province persiste dans l'exclusion et la proclame. Considérez la fidélité de six provinces au sang qu'elles res-

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