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CHAPITRE V

Sur le drapeau blanc et les trois couleurs.

A la révolution de d830, on a aboli le drapeau blanc y sa couleur avait brillé pendant des siècles à la tête de nos armées. Que diront les ennemis de la couleur blanche, en voyant dans nos anciens auteurs que c'était le symbole de la liberté; ils voulaient donc la liberté que nos révolutionnaires imaginent n'avoir jamais existée avant 1789 , et que même ils se plaignent de n'avoir pas encore ob-

tenue et cela doit être ainsi, car on ne croit jamais posséder une chose dont on n'a pas . encore une idée précise. Or, interrogez sur ce grand mot, les partisans de la liberté, et vous entendrez le langage de la lourde Babel.

En comparant la nouvelle Franceà Tancienne^ on est frappé de voir à quel point les novateurs étaient entraînés au-delà de ce qu'ils voulaient eux-mêmes. L'impétuosité de leurs préventions, ne leur permettait pas de les apercevoir. Ils n'ont cessé de se tromper eux-mêmes dans ce qu'ils désiraient, et dans le but qu'ils voulaient atteindre.

Ainsi, qu'ont-ils fait, quand ils ont proscrit le drapeau blanc, et admis les trois couleurs ? Ils ont fait une injure à la France, en proscrivant sa couleur distinctive, la couleur nationale, et ils ont adopté la livrée de nos rois. Oui, nos prétendus républicains, tout en proscrivant la royauté, ont pris la livrée de la royauté.

Pour le prouver, il est inutile de s'enfoncer dans des recherches qui mettraient de la confusion dans les preuves. 11 est certain que la couleur blanche a été chère de tout temps a la na-

tion française. On voit dans nos plus anciens auteurs que c'était le symbole de la liberté.

< Il est constant , dit Daniel dans son his- « toire de la Milice Française, que la nation a « toujours affecté la couleur blanche dans ses « enseignes, comme une couleur distinctive, « et comme lui étant propre et particulière. » C'était la couleur de la nation, et non la couleur des rois. Montfauconet Mabillon font remonter la couleur blanche au-delà de la première race.

Sainte-Foix dans ses Recherches sur Paris , écrites long-temps avant la révolution de 1789, s'exprimeainsi : c Le blanc a toujours été la cou- « leur désignative de notre nation, comme le « rouge paraît l'avoir toujours été de la nation « anglaise. Le bleu était la couleur de nos rois.

< 11 y a du blanc et du rouge dans la livrée royale, « parce que le blanc était de temps immémorial « la couleur générale et désignative de la nation . « Il y avait du rouge, parce que nos rois, lors-

< qu'ils tenaient la cour plénière, étaient vêtus « d'une grande soutane rouge, sous un long € manteau bleu, semé de fleurs-de-lys d'or.

Remarquez que c'était le manteau bleu, couleur du roi, qui était semé de fleurs-de-lys, ornements de l'écusson royal.

Par la même raison, la cotte d'armes de nos rois était bleue, semée de fleursde-lys d'or. On ne voit jamais dans leur costume les fleurs-délys sur la couleur blanche. Nos rois portaient une écharpe blanche ; mais elle n'était pas ornée de fleurs-de-lys. Cette écharpe blanche se voit dans tous les portraits des princes et maréchaux de France, lorsqu'ils sont peints avec l'armure ancienne.

On peut aussi remarquer, qu après la funeste bataille de Poitiers, lorsque la ville de Paris était révoltée contre le dauphin Charles, fils du roi captif à Londres, les factieux qui avaient à leur tête Marcel , prévôt des marchands , prirent pour coiffure un chaperon blanc et rouge. Les historiens rapportent qu'ils prirent le blanc comme la couleur de la France, et le rouge comme la couleur de Charles-le*Mauvai$ roi de Navarre, le plus terrible ennemi du dauphin.

On voit dans les anciennes chroniques que lorsque le comte de Dunoîs assiégeait Bayonne,

dont les Anglais étaient maîtres^ une croix blanche apparut dans le ciel. Les habitants la regardèrent comme un avertissement de quitter la couleur rouge , qui était celle des Anglais , pour prendre la couleur blanche , qui était celle de la France. Lorsqu'un roi d'Angleterre fut proclamé roi de France à Paris , les Anglais prirent la cocarde blanche, comme une preuve de leur domination sur la France. Lorsqu'ils en furent entièrement chassés , beaucoup d'Anglais continuèrent encore de la porter ; de même que le roi d'Angleterre s'intitulait roi de France. Us conservaient cette couleur et ce titre qui flattaient leur orgueil.

Avant la Révolution, touts les régiments avaient un drapeau blanc, qu'on appelait le drapeau de France. Il était toujours placé au centre du premier bataillon où se trouvait aussi la compagnie colonelle. Il y avait un drapeau par bataillon , quel que fût le nombre de bataillons. Les drapeaux placés au centre des autres bataillons, étaient bariolés de diverses couleurs sur un fond blanc , à l'ex-

ception de la couleur jaune que je ne me sounens pas d'y avoir jamais remarquée.

Les régiments avaient des tambours et des musiciens qui touts portaient des galons à la livrée du roi, c'est-à-dire aux trois couleurs. Cette différence de la livrée des tambours , et du drapeau blanc prouve bien que la couleur blanche était celle de la France et non du roi. C'étaient deux choses très distinctes.

On connait l'attachement des Français à la couleur distinctive de la France. L'éloquence et la poésie l'ont célébrée dans touts les temps. Cette phrase était toujours répétée : le drapeau de France fut arboré, les troupes arborèrent le drapeau blanc. Dans les Mémoires de Duguay- Trouin , c'est toujours le drapeau blanc qu'il arbore sur les vaisseaux dont il s'empare. Je n'y ai vuqu'une fois l'expression drapeaudu roi. M. Dalembert, dans sa notice sur les inscriptions proposées par T Académicien Charpentier, dit qu'un colonel avait mis sur le drapeau blanc de son régiment : Victoria tinget, la victoire le teindra ; j'ignore si d'autres drapeaux avaient

des inscriptions. On a dit, et l'on répète touts les jours qu'en prenant les trois couleurs, on avait eu l'intention de prendre la livrée d'Orléans. Mais cette livrée était celle du roi, qu'avait dû prendre le frère de Louis xiv, et qu'il avait transmise à ses descendants. L'habit était rouge au lieu d'être bleu , comme dans la livrée royale; mais l'habillement et les galons étaient composésdes trois couleurs^ blanc, rougeetbleu.

L'attachement des Français à la couleur blanche reçut une sanction solennelle. En 1790 des bataillons de garde nationale de touts les départements étaient réunis au Ghamp-de-Mars pour la fédération du 14 juillet, toutsavaient des drapeaux particuliers. L'assemblée constituante était réunie sur des gradins en amphithéâtre placés le long des bâtiments de l'Êcole-Miiitaire ; au-dessus de l'assemblée flottait un immense pavillon blanc. Quoi qu'elle eût décrété les trois couleurs depuis plus d'un an , elle n'osa point bannir le pavillon blanc devant les bataillons armés de toute la France.

De tout ce qui précède, je puis conclure, en répétant ce que j'ai dit au commencement de

cet article : I^es factieux de 1789, ennemis delà royauté, ont débuté par prendre la livrée de la royauté. Ce n'est pas elle quMls ont outragée, en proscrivant le drapeau blanc ; c'est la France elle-même qu'il ont insultée, en repoussant sa couleur particulière et distinctive, dentelle se glorifiait pendant un si grand nombre de siècles.

Nous ne devons pas en être étonnés, car nous avons constamment outragé notre propre caractère , par exemple en marquant dans nos règlements de comptabilité militaire et administrative une défiance et des soupçons, qui semblent inspirés par la pensée que la friponnerie est toujours présente, législation injurieuse qu'on ne trouve chez aucun autre peuple de l'Europe. Nous avons manifesté la même conviction de notre propre débilité , par les bornes que nous avons imposées à l'âge dans les fonctions législatives, militaires et administratives, et enfin, et surtout, par le honteux vote secret dans les corps électoraux et dans les chambres ; ce qui signifie de la manière la plus claire et la plus positive , que nous n'avons pas assez de

courage pour déclarer hautement notre opinion , et c'est nous qui prononçons cet arrêt contre nous-mêmes! arrêt bien digne d'être misa côté de celui qui proscrivit notre antique couleur nationale et les noms glorieux de nos provinces.

Que dirions-nous d'un peuple, qui courbé sous des ordres victorieux, proscrirait son drapeau national ? c'est là cependant ce qu'a fait l'assemblée constituante, en obéissant à une poignée de factieux réunis au Palais-Royal! Louis xviii au contraire, en 1814, a rendu hommage à la nation, en rétablissant dans son éclat la couleur antique et distinctive de la France. Les victoires dont se glorifie la France auraient été aussi bien remportées sous le drapeau blanc, que sous les trois couleurs, ainsi que nous l'avons vu en Espagne où le drapeau de Napoléon avait été moins heureux , et sur les rivages d'Alger où nous avons eu des revers réparés glorieusement par la prise de Constantine.

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