‹ SouvenirsChapitre 8 sur 32 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nouvelle académie créëe par M . Guizot.

Après avoir examiné plusieurs des changements faits pendant le règne actuel y je ne dois pas omettre la nouvelle académie créée par M. Guizot sous Te titre des Sciences Morales et Politiques.

Je ferai d'abord une observation importante : je ne parlerai point de l'académie , je la res-

pecte. Je ne veux parler que du Rapport de ce ministre, des pensées qu'il renferme, du but auquel il parait tendre. Je le considérerai comme le discours d'un ministre doctrinaire, et dans lequel on ne devrait trouver que des pensées et des expressions d'une justesse incontestable.

Cette académie avait d'abord été instituée par le Directoire, et fut ensuite abolie par Napoléon. Lorsque je présentai à Louis xviii une ordonnance qui rétablit les académies sous leur dénomination ancienne , je me gardai bien de rétablir celle des sciences morales et politiques. Je me rappelle qu'il approuva beaucoup ce retranchement ; car il était , comme Napoléon , très éloigné de certaines idées métaphysiques. Il me semble qu'en parlant des sciences morales au pluriel on embarrasse Tesprit du lecteur. La géométrie , l'astronomie , la physique , et d'autres sciences, ne sont ni morales, ni politiques. Voulez-vous parler de cette morale universelle, reconnue dans touts les temps et dans touts les lieux ? il fallait vous expliquer; car elle est une , elle emprunte de son unité

sa plus grande force et son plus grand éclat. Vous ririez d'un homme, même d'un doctri*iiaire qui vous dirait : Je veux vous enseigner les morales. Vous lui demanderiez certainement s'il y en a plusieurs.

Vous savez mieux que moi que la morale séparée du dogme est la même dans Épictète ^ dans Marc«Aurèle, dans Bourdaloue et dans Massiilon , et que la consécration divine de la morale chrétienne n'empêche point qu'elle ne fasse partie delà morale universelle. Au reste ^ je ne fais ces remarques y sans conséquence , que dans la pensée qu'un doctrinaire doit toujours s'énoncer de façon à ne laisser aucun nuage dans l'esprit du lecteur.

Vous dites, monsieur, que le motif de cette institution , est puisé dans la raison publique, pourriez-vous me dire ce que c'est que la raison publique? suivant vous, la raison publique est sans doute l'opinion philosophique des doctrinaires; suivant moi, c'est tout simplement le bon sens, le sens commun , que Bossuet appelle le guide assuré de l'homme, et qu'il appelle aussi le maître de la vie humaine. Plût

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