Weill. Op. cit., p
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ont entraîné les catholiques à cette opinion aient eu un caractère temporaire, et qu'on les ait vus changer de doctrine suivant le changement des événements eux-mêmes. Leur insistance à soutenir contre la monarchie les prérogatives des États généraux, à revendiquer les droits du peuple, a eu de longues conséquences. L'action des catholiques sur ce terrain a vite pris un caractère plus populaire que celle des calvinistes longtemps contenue par les ministres et par l'aristocratie provinciale. « Pour les catholiques du xvie siècle, écrit justement M. G. Weill, la lutte contre les persécuteurs était une obligation religieuse imposée à tous les chrétiens. Chacun est appelé par Dieu à la défense de son Église : tous sont égaux lorsqu'il s'agit de repousser l'hérétique ou rinfidèle. »
Leur opposition à la royauté aboutit, on le sait, aux seconds États de Blois, où les cahiers du Tiers réclamèrent la promulgation des « lois fondamentales » qui assureraient un contrôle régulier de la nation sur le conseil du roi, et le droit de résistance armée contre ceux qui lèveraient des deniers sans l'avis des États généraux; puis à la Commune démocratique des Seize, encouragée et soutenue par la Sorbonne et les prédicateurs populaires. Ceux-ci s'inspirent à la fois des monarchomaques calvinistes et des représentants du Saint-Siège qui déjà, au Concile de Trente ont repris contre le pouvoir royal l'ancien argument de la souveraineté primitive du peuple. Ils ont seulement ajouté aux arguments de doctrine les violences du langage. « Les rois ont été établis par les peuples, prêche le curé Boucher... le peuple peut se passer de roi; mais un roi ne peut
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se passer de peuple. Tous les hommes sont naturellement libres. Personne ne naît roi. La république conserve son pouvoir sur les rois qu'elle a établis, et il n'est pas vrai que le peuple, en choisissant un roi, se dépouille de sa souveraineté i. »
Les violents de la Ligue tirèrent de là sans réticence la légitimité du tyrannicide, et Jacques Clément recueillit leurs enseignements.
L'attentat ne désarme pas les écrivains ultramontains qui, voulant établir la supériorité du Saint- Siège sur les trônes, prétendent montrer aux yeux de tous l'origine humaine de ceux-ci. Bellarmin, ou un écrivain de son école 2, continuant les efforts tentés dans ce sens par d'autres jésuites, rappelle que la royauté ne vient pas immédiatement de Dieu : elle a été créée par les hommes ; il n'est pas de droit naturel que les nations soient gouvernées plutôt par la monarchie que par l'aristocratie ou par la démocratie. Un autre auteur anonyme à mêmes tendances établit que « c'est Dieu qui a formé les sociétés et que c'est le libre choix de chaque peuple qui a déterminé la forme de gouvernement qui le régit». — « La plupart des lois, écrit quelques années plus tard Mariana, ne sont pas édictées par le souverain : elles procèdent de la volonté de la communauté tout entière ; l'autorité de cette commiyiauté est plus haute que celle du prince... Le pouvoir suprême reste en tous cas aux mains du peuple qui a le droit de précipiter du trône le gouvernement qui résiste à sa volonté... Au
1. V. Labitte. De la démocratie dans les prédicateurs de la Ligue. 2e éd.