Analyse raisonnée de l'Esprit des Lois
2. Ces vues avaient été recueillies et développées avant Montesquieu par le jurisconsulte et poète italien, Gravina, dans son ouvrage : De Imperio Romano (1737) dont Requier a publié un extrait en français sous le tilre : « Esp?'it des Lois romaines » (1775). Le traducteur dit, dans son avertissement : « Le lecteur éclairé fera volontiers comparaison de cet ouvrage avec tel ou tel autre dans lequel les lois sont traitées : et dans cet examen, il verra que le fameux auteur de VEsprit des Lois s'est beaucoup enrichi de celui-ci, dans les endroits où elles sont philosophiquement examinées, qu'il l'a peu cité et qu'il eût pu le mettre beaucoup mieux à profit qu'il ne l'a fait. » Gravina est cité par Montesquieu (Esprit des Lois, t. 1.) h propos de la définition générale de l'Etat.
Lycurgue, établissait que toute forme de gouvernement qui est simple, est de peu de durée et tombe bientôt dans le défaut que la nature semble y avoir attaché. Suivant lui, la monarchie se perd par le despotisme, l'aristocratie par l'oligarchie, la démocratie par la violence. — Lycurgue, pour éviter cet inconvénient, n'a adopté aucun gouvernement seul, mais il a recueilli et rassemblé ce que chacun avait de meilleur pour en former un tout... Dans sa république, la force de l'un tient toujours la force de l'autre en respect: aucun d'eux n'emporte la balance ; ils se tiennent tous mutuellement en équilibre : c'est comme un vaisseau que les vents poussent de tous côtés. Les Romains sont arrivés au même but... Les trois sortes de gouvernement y étaient tellement balancées que personne, parmi eux, ne pouvait assurer, sans crainte de se tromper, si le gouvernement y était monarchique, aristocratique ou démocratique. Polybe examine encore en quoi •consistent les droits des consuls, du Sénat et du peuple. Il les montre « se combinant et s'opposant les uns aux autres, de façon à ce qu'aussitôt qu'une partie s'élevant orgueilleusement au-dessus des autres, veut s'arroger plus de pouvoir et d'autorité qu'elle n'en doit avoir.., comme toutes peuvent réciproquement s'opposer aux volontés les unes des autres, il faut qu'elle se contienne dans les bornes prescrites et demeure dans l'égalité1. »
Denys d'Halicarnasse que Montesquieu cite souvent, a repris ces vues et expliqué comment, grâce