‹ Souveraineté du peuple et gouvernementChapitre 25 sur 43 · Voir Boutmy, op. cit · texte numérisé non relu

Voir Boutmy, op. cit

Montesquieu a cependant mis en relief quelques traits de cette différence : « Les dignités faisant partie de la constitution fondamentale, seraient plus fixes qu'ailleurs ; mais d'un autre côté, les grands, dans ce pays de liberté, s'approcheraient plus du peuple : les rangs seraient donc plus séparés, et les personnes plus confondues. »

miner les bases mêmes de l'élection ni jusqu'à quel point, au xviuc siècle, en Angleterre, elle était loin de réaliser cette condition posée par Fauteur de Y Esprit des Lois, que tous les citoyens, dans les divers districts, doivent avoir droit de donner leurs voix pour choisir les représentants « excepté ceux qui sont dans un tel état de bassesse qu'ils sont réputés n'avoir pas de volonté propre ». Il faudrait encore remarquer comme, dans ce mélange apparent de monarchie, d'aristocratie et de démocratie, qu'il pensait être la base du gouvernement britannique, il n'a pas aperçu ou signalé la prédominance effective de l'élément aristocratique ou oligarchique, qui avait en quelque sorte absorbé et organisé à son profit la nation, en assurant les avantages de la possession du pouvoir tantôt à l'un et tantôt à l'autre des deux partis qui se le disputaient : comment enfin, il n'a pas suffisamment mis en lumière l'influence d'un « quatrième pouvoir » précisément né ou du moins très grandi un peu avant l'époque où il observait l'Angleterre : la presse politique, qui par son contrôle des autres pouvoirs, par ses excitations sur l'esprit public, par les armes redoutables fournies aux partis, par tout ce travail de propagande et d'action passionnée ou intéressée, au développement presque effréné et effrayant duquel nous assistons depuis lors, allait complètement modifier les conditions d'existence du gouvernement en Angleterre d'abord, et ensuite dans le monde entier1.

1. Montesquieu, qui ne parle pas delà presse comme pouvoir politique, a cependant observé (Esprit des Lois, XIX, 27), que, pour jouir de la liberté, il faut que chacun puisse

Un examen de ce genre nous entraînerait trop loin de notre sujet : il était bon cependant de se souvenir de quelques-unes des lacunes d'observation de Montesquieu sur d'autres parties de la constitution anglaise ou sur plusieurs rouages essentiels de son existence politique, pour mieux s'expliquer celles qui sont demeurées dans son analyse de la séparation des pouvoirs entre la puissance législative et l'exécutrice A. Il rencon-

dire ce qu'il pense...; un citoyen dans cet état dit et écrit tout ce que les lois ne lui ont pas expressément défendu de dire ou d'écrire. Il remarque que le « Graftsman » le journal de Bolingbroke et de Pultney, est examiné par trois avocats avant de l'imprimer, pour savoir s'il y a quelque chose qui blesse la loi. Il observe que « comme on voit le diable dans les papiers périodiques, on croit que le peuple va se révolter demain, mais il faut seulement se mettre dans l'esprit qu'en Angleterre comme ailleurs le peuple est mécontent des ministres et qu'il y écrit ce qu'on pense ailleurs... Le roi a un droit sur les papiers qui courent et qui sont une cinquantaine, de façon qu'il est payé par les injures qu'on lui dit... Un couvreur se fait apporter la gazette sur les toits, pour la lire. » (Notes sur l'Angleterre.)

En 1710, écrit Buckle, (De la civilisation en Angleterre, tr. fr. t. II, p. 114) les journaux au lieu d'indiquer seulement les nouvelles, commencèrent à prendre part à la discussion des sujets politiques. En 1738, Danvers disait au Parlement : « Le peuple de la Grande-Bretagne est gouverné par un pouvoir dont on n'a jamais entendu parler jusqu'ici: Ce pouvoir ne consiste pas dans la volonté absolue du prince, dans les ordres du Parlement, dans la force d'une armée, dans l'influence du clergé, ce n'est pas non plus le régime du cotillon, mais c'est le gouvernement de la presse. »

1. On a souvent dit que Montesquieu est resté exprès dans le vague et la généralité au sujet de la constitution anglaise, qu'il a usé de circonspection pour ne pas encourir les rigueurs de son gouvernement. « Il enveloppa, dit M. Sorel, de voiles savamment disposés les observations qui pouvaient passer pour séditieuses, et les comparaisons qui risquaient de froisser le patriotisme des sots. C'est peut-être

trait en ce qui concerne cette partie de son sujet, des causes particulières d'erreurs ou de vues incomplètes, erreurs ou vues incomplètes qu'il a partagées avec un bon nombre de publicistes de son temps, qu'il lui aurait fallu une divination tout à fait exceptionnelle pour éviter à l'époque où il écrivait. L'état de l'Angleterre lorsqu'il l'a vue, pouvait, au point de vue politique, être considéré comme passager. Il était tout nouveau. Il était dû à des causes dont plusieurs semblaient devoir être transitoires. L'effacement et l'amoindrissement de l'influence prépondérante personnelle du monarque devait être attribué à des circonstances qui disparaîtraient et ne se renouvelleraient sans doute pas. Montesquieu pouvait se croire en droit de penser qu'avec d'autres souverains, la couronne reviendrait à un autre état de puissance d'intervention. Nul ne pouvait savoir, dès cette époque, que le régime constitutionnel qui s'était, par la

une des raisons qui ramenèrent à décrire, sous une forme toute générale, toute cosmopolite pour ainsi dire, sans termes techniques et sans noms propres, le phénomène très local de la constitution d'Angleterre. Cette généralisation arbitraire en soi a été considérée souvent comme un acte de prudence... 11 n'y a pas d'exemple plus singulier de ces précautions que le chapitre où Montesquieu explique a comment les lois peuvent contribuer à former les mœurs d'une nation. » L'Angleterre seule est en cause et Montesquieu ne la nomme pas. Il la présente par hypothèse. »

Cette opinion ne nous paraît pas très plausible. 11 faut remarquer, en effet, que si, dans le chapitre auquel M> Sorel fait allusion, Montesquieu ne nomme pas l'Angleterre, dès les premières lignes de ce chapitre, il renvoie au chapitre VI du livre XI dont l'intitulé est : « De la constitution d'Angleterre » où il nomme à plusieurs reprises les Anglais et où il traite, sans aucun voile, de leurs institutions.

force môme de la pratique et des événements, implanté en Angleterre, dans la première moitié du xvme siècle, et qui avait procuré la prédominance effective aux ministres parlementaires, deviendrait peu à peu et après bien des tentatives de réaction, son régime définitif. Les essais renouvelés de Georges III pour revenir à d'autres conditions de pouvoir prouvent bien qu'il n'y avait rien d'irrévocable en apparence dans les combinaisons qui avaient prévalu sous ses prédécesseurs. On comprend dès lors que Montesquieu n'ait pas attaché à la croissance du pouvoir ministériel aux dépens des prérogatives royales, le caractère d'un phénomène constitutionnel essentiel. On le comprend d'autant mieux qu'aucun des auteurs qui l'ont suivi, jusqu'à une époque relativement récente, n'a attribué à l'existence et au développement du cabinet l'importance qu'il aurait méritée. « Quelle que soit l'importance du rôle pris par le cabinet, écrit M. de Franque ville \ même son existence n'est consacrée par aucun texte légal. Le terme de conseil cle cabinet ayant été introduit dans un projet d'adresse à la couronne, du temps de la reine Anne, fut rejeté parce que c'était une expression « inconnue à la loi du pays2. » Plus d'un demi-siècle après cette époque, Delolme et Blackstone ignoraient absolument l'existence du cabinet. Le premier ministre, qui est devenu le véritable pivot de tout le système

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