LL CHOIX DES AMIS
s'éternisera. Les joies pures et élevées que vous goûterez vous éloigneront de la pensée et du désir des grossières jouissances d'ici-bas ; la passion du dévouement qui naîtra et se développera en votre cœur vous préservera des froids calculs de l'égoïsme ; la foi inaltérable en celui que vous aurez choisi vous épargnera les amertumes des trahisons. Ceux qui croient en Dieu, qui l'aiment et s'abandonnent pleinement à Lui, croient plus facilement aux hommes, se dévouent généreusement et se donnent plus complètement. Aimer en Dieu, c'est diviniser l'amitié, et lui assurer son plein épanouissement, c'est lui donner son complément nécessaire : l'éternité.
Le mot toujours ne fait-il pas partie de tous les serments du cœur? Comprend-on une amitié sans cette vertu qui fait que l'on ne sacrifie jamais ce que l'on a une fois aimé. Et cependant, comme on la trouve rarement cette fidélité dans l'amitié ! Tant de causes occasionnent et expliquent les ruptures entre âmes vulgaires. C'est le malheur qui fond sur nous et disperse la foule de ceux qui ont peur des larmes. C'est la jalousie qui mord l'ami au cœur. Égoïste, il nous voulait tout à lui et tout ce que nous donnions aux autres, il s'imaginait que c'était autant de perdu pour lui.
C'est la tyrannie d'un ami qui veut absorber notre personnalité et enchaîner l'indépendance de notre esprit et de notre cœur. C'est l'absence pro-
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longée qui efface les ressemblances et brise les liens. C'est parfois l'ennm d'aimer et le simple besoin de changement. C'est trop souvent, hélas ! l'intrusion dans la vie d'une créature de malheur qui en même temps qu'elle dilapide la fortune, épuise la sève du cœur et en étouffe tous les bons mouvements. Le climat de l'amitié est si variable et le thermomètre de l'affection baisse si rapidement.
Les affections humaines tombent l'une après l'autre comme des feuilles mortes, elles disparaissent comme des éphémères dans une pluie d'orage. Le cœur, pour beaucoup, est une tente pour le désert ; et combien qui, cherchant en lui une demeure éternelle, n'ont trouvé qu'un abri passager, une toile qu'on replie et qu'on va planter ailleurs. Vous avez vu, « en passant sur nos collines, des feux allumés par des mains d'enfants, au bord du sentier, un soir d'automne, au premier vent qui emporte les feuilles. Puis l'hiver est venu, et sur ces foyers éteints la neige est tombée, couvrant les tisons noircis de ses flocons blancs. Où il 3'- avait une braise ardente on ne voyait plus que du givre. O vanité des aff'ections humaines, voilà bien votre image! fo^'ers d'un jour allumés par des mains d'enfants, attisés par un souffle qui passe, vous vous éteignez bientôt. La cendre encore chaude recouvre les charbons brûlants, mais la cendre ne tarde pas à se refroidir, et sur elle et sur les charbons éteints la neige tombe, calme et glacée )>.
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L'unique moyen d'échapper aux fluctuations du cœur c'est d'établir notre amitié sur Celui qui ne passe pas. La flamme de vos affections ne s*éteindra jamais si vous demandez à l'amour éternel de la vivifier sans cesse. Rien de beau ne meurt dans les âmes où vit le Christ. Il conservera à vos sentimehts leur fraîcheur première ; Il vous donnera la force de supporter noblement les douleurs inhérentes à tout amour, et ainsi votre amitié, fécondée par sa grâce, ne connaîtra pas d'ombre et n'aura jamais de déclin. « Ce qui me rassure le plus sur la durée de notre amitié, écrivait L. Cornudet à Charles de Montalembert, c'est le sentiment reHgieux qui nous unit. Puissions-nous par nos exemples mutuels nous raffermir dans ses doctrines subhmes, et qu'entre toi et moi, elle soit, comme dit Bossuet, une immortelle médiatrice ».
Est-il bien vrai que l'amitié chrétienne n'aura jamais de fin? Sur cette terre n'y a-t-il pas des séparations inévitables ? La mort vient souvent, malgré nos supplications et nos larmes, briser les liens qui nous unissaient à d'autres âmes. Un à un nos amis quittent ce monde et nous laissent seuls au milieu des ruines de tant de projets soudainement détruits et de tant de joies à jamais évanouies. Serons-nous désarmés en face de la mort, devrons-nous lui livrer pour toujours ce que nous aimons ? Oui, c'est la fin, pour l'amitié qui n'a pas jeté ses fondements en Dieu. ]\Iais pour nous, fils de l'espérance, qui avons mis en Lui tous nos espoirs, qui attendons de Lui
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la perfection de notre amitié^ tout n'est pas perdu, rien n'est perdu. Sans doute les séparations de la mort sont terribles; notre pauvre cœur souffre de ne plus sentir son ami auprès de lui; nos yeux pleins de larmes cherchent en vain les traits de celui dont les sourires et les paroles nous ont si souvent réjoui. Pour le chrétien :
Tout amour qui s'éteint, toute amitié ravie, Est un gage de plus qu'on jette à l'autre vie.
Sans doute nous avons perdu la présence visible de nos amis, mais une société invisible s* est formée. Les liens que nous avions noués loin de se briser se resserrent davantage. Nos chers disparus, nous pouvons toujours les trouver en Dieu. Quelle joie de penser que ce Dieu que nous adorons à travers les voiles du m3'stère, ils le voient à découvert ; que ceux que nous avons aimés, aiment Dieu maintenant sans réserve ; que pour eux, il n'y a plus d'énigme, plus d'incertitude, plus de tentation, plus de souffrance ; que dans le face à face de la vision et le cœur à cœur de l'amour, c'est le bonheur parfait et sans fin !
Dans notre cœur une incertitude poignante reste cependant. Cet ami a-t-il trouvé grâce au redoutable tribunal, et, si Dieu lui a fait miséricorde, son âme est-eUe assez pure pour être admise dans la société des saints? Ne sera-t-il pas obligé de rester longtemps dans les flammes réparatrices ? Comme nous