‹ Soyez des hommesChapitre 22 sur 50 · I.E PRETRE ET LES JEUNES GENS l · texte numérisé non relu

I.E PRETRE ET LES JEUNES GENS l

et n'entraîne pas et qui sans une direction énergique s'en iraient à la dérive. Ce que je blâme c'est la méthode de l'autorité absolue et de l'obéissance passive appliquée automatiquement, à la façon d'une recette unique et infaillible à tous et toujours ; c'est la substitution tyrannique de la personnalité du directeur à celle du dirigé, c'est l'opinion, érigée en dogme intangible, que la préservation est l'unique objet de la direction.

La vraie direction est celle qui a pour but de faire des hommes capables, dans une certaine mesure, de se suffire à eux-mêmes, qui ne cherchent pas continuellement sur qui s'appuyer et ne soient pas toujours en quête de conseils ; des âmes vivantes et agissantes dont le bien sorte de leur intérieur, dont les vertus soient le fruit de l'effort personnel.

Pour cela, dès le jour où l'âme, sous le souffle de la hberté, s'ouvre à la vie consciente, le directeur devra découvrir les gpûts et les penchants naturels de son dirigé; démêler ce qu'il y a de bon et de mauvais en lui ; s'emparer des germes du caractère pour les développer ; utiliser tout ce qu'il y a d'énergies latentes, de bonnes dispositions, de spontanéité. Qu'il fasse appel à ce qu'il y a de grand dans l'âme, à ces vertus humaines que le monde tient en si haute estime et qui, lorsqu'elles sont dirigées vers une vie plus élevée, rendent un être si merveilleusement beau et puissant, la fierté, l'ardeur, la générosité, l'enthousiasme. La vie surnaturelle ne

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contrecarre pas notre vie naturelle, elle la perfectionne, l'entraîne vers des sommets qu'elle n'aurait jamais pu atteindre. « Bien loin que la vertu éteigne ou émousse la sensibilité, son second privilège est de frapper au cœur et d'y ouvrir la source des affections. )) Ce que le P. Lacordaire a dit de la sensibilité, ne peut-on pas l'affirmer de tout ce qu'il y a de bien en nous ?

Que de forces vives on laisse souvent inutilisées dans certaines âmes, sous le misérable prétexte qu'il peut être dangereux de s'en servir; que de qualités merveilleuses on rejette volontairement dans l'ombre parce qu'elles pourraient dévier ou parce qu'elles seraient un obstacle à la réalisation du petit idéal bourgeois qu'on se fait de la vie ! Que répondront au souverain Juge ces éducateurs lorsqu'il leur demandera un compte rigoureux de leurs devoirs vis-à-vis de ces âmes qu'il leur avait confiées, et, en qui, il avait libéralement déposé d'innombrables trésors ? Rendre simplement à Dieu les talents reçus ne suffit pas. Ce qu'il exige pour être placé un jour au rang des fidèles serviteurs, c'est de faire fructifier le dépôt. La crainte des voleurs n'a pas sufii à excuser le serviteur de l'Évangile, la peur souvent chimérique d'un mauvais usage ne justifiera pas les directeurs.

Jeunes gens, voilà ce que le directeur à qui vous vous confierez fera de vous. Loin de vous modeler sur sa propre image, il n'aura d'autre but que de

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développer en vous votre personnalité. Loin de vous accaparer pour jouir de vous, son objectif constant sera de vous apprendre à avoir chaque jour moins besoin de lui. Il sera heureux lorsque vous pourrez lui dire en toute vérité : <( Je puis, grâce à vous, me passer de vous. Il me suffit du Dieu que vous m'avez appris à trouver. )>

Il y a dans la Sainte-Écriture, au livre de Tobie (i), une page où nous trouvons le rôle du directeur admirablement tracé. Pour venir en aide à son père, aveugle et infirme, le jeune Tobie doit entreprendre un long voyage. Il se met à la recherche d'un compagnon et rencontre presque aussitôt un beau jeune homme, tout équipé et prêt à se mettre en route.

Après les salutations d'usage, Tobie lui demande s'il connaît le chemin qui conduit chez les Mèdes. Oui, je le connais répond l'inconnu, j'en ai souvent parcouru tous les détours. Il court annoncer cette bonne nouvelle à ses parents. Sur la promesse que son compagnon le conduirait au but et le ramènerait sain et sauf, Tobie reçoit la bénédiction de son père.

Ils s'arrêtèrent sur les rives du Tigre, après avoir longtemps marché. Tobie se lavait les pieds dans le fleuve, quand tout à coup un énorme poisson s'élance

(i^ Chapit. V-VIII,

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sur lui pour le dévorer. Effrayé, il appelle son compagnon à son secours. N'ayez pas peur, lui dit -il, tirez le monstre sur le rivage. Videz-le, prenez le cœur et le fiel, ce sont d'utiles et nécessaires remèdes. Comme le jeune Tobie s'étonne de ces énigmatiques paroles, son compagnon lui explique que le cœur le préservera des démons et que le fiel rendra la vue aux aveugles dont on en oindra les 3^eux.

Vous savez la suite du récit qui se termine par une délicieuse idylle, le mariage de Tobie avec Sara, fille de Raguel et par la guérison de son vieux père. Le mystérieux compagnon de voyage était un ange du Seigneur, Raphaël.

Sur le chemin de la vie. Dieu dans sa bonté nous a ménagé de ces providentielles rencontres. Il nous envoie pour nous conduire au but suprême de toute existence, à l'éternité, un guide, c'est le prêtre. Jeunes gens, allez à lui, mettez- vous entre ses mains et demandez-lui d'être votre guide. Il ne saurait s'y refuser, c'est sa mission.

, / Son premier soin sera de vous étudier afin de vous rbien connaître. Vous savez combien cette connaissance de soi est difficile à acquérir; comment, lorsqu'il s'agit de nous-mêmes nous sommes atteints de l'ophtalmie de l' amour-propre, et comment pour nous juger l'impartialité nous manque, étant juge et partie. Vous savez aussi que si l'on peut attendre une part de vérité de ses amis,d'ordinaire, pour nous

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