‹ Soyez des hommesChapitre 23 sur 50 · LE PRETRE ET LES JEUNES GENS IO · texte numérisé non relu

LE PRETRE ET LES JEUNES GENS IO

llatter, ils sont loquaces sur nos qualités, et de peur de nous déplaire, muets sur nos défauts.

I/e directeur, instruit par vos confidences, aidé par son expérience des âmes, après avoir pris une connaissance aussi parfaite que possible de vousmêmes, tout en vous laissant une nécessaire initiative, vous aidera à fixer l'idéal de votre vie.

Il est surtout une époque où vous devez avoir recours aux conseils de ce guide, c'est à l'heure où il s'agit de fixer définitivement votre vie. Demandez d'abord les lumières d'En-Haut. C'est Dieu qui vous appelle, il est de toute évidence, que c'est à sa voix tout d'abord que vous devez prêter une oreille attentive. Puis étudiez longuement vos goûts, vos a£titudes, les secrètes inclinations de votre cœur. Mettez- vous résolument en face de l'avenir. Faitesvous une idée précise de ce que cet avenir doit être pour vous. Allez soumettre vos plans à votre directeur. Il vous dira si vous pouvez poursuivre votre projet, l'ajourner ou y renoncer complètement.

N'est-ce pas efira^^ant de penser que la vie tout entière dépend de deux ou trois non prononcés de seize à vingt ans. Pour avoir négligé de prendre ces élémentaires précautions combien se sont engagés dans des voies funestes. « Que de jeunes gens n'ai-je pas vus appelés à décider sur leur propre destinée, se faire les illusions les plus étranges, et enchaîner par un choix aveugle leur intelligence et leur volonté à des professions

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pour lesquelles ils n'étaient point préparés, donner d'eux-mêmes et imprimer avec une efïra\^ante légèreté une direction à leur vie, dans un âge d'emportement et d'inexpérience, fixer les bornes de leurs vertus et faire à leur Religion même sa part ! Aussi, de tous côtés que de vocations égarées et d'existences déplacées 1 Que de désappointements et de mécomptes ! Que d'esprits fourvoyés, de caractères amoindris, de vertus compromises, de services et d'espérances perdus! » (i).

Je sais que certains jeunes gens se défient du prêtre sous prétexte que ses vues personnelles, peut-être même ses intérêts, l'inclineront à diriger dans telle voie plutôt que dans telle autre. Argument misérable, qui suppose le prêtre dépourvu de tout sens moral. Croyez-vous que dans une affaire aussi grave, il se laissera guider par des vues humaines; et que, non content déjouer avec le salut éternel d'une âme il exposera le sien aussi à la légère. Il suffit de voir les angoisses et les souffrances des directeurs à ce moment redoutable, pour comprendre qu'ils n'agissent pas par ambition ou poussés par tout autre motif plus ou moins avouable. \j Non seulement le prêtre vous éclairera sur le but de votre vie, mais il vous aider a^^^ Vatteiiidre. Hn suscitant en vous de généreux enthousiasmes, il s'efforcera de vous faire tirer le meilleur parti de vos talents et

il Mgr DUP.AXLOUP. — L'Education

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(le vos aptitudes. Il vous parlera des grandes causes (|ui sollicitent votre dévoûment. Il vous fera aimer le devoir en vous le présentant sous ses côtés séduisants, sans toutefois vous en dissimuler la réelle austérité. Il éveillera en vous le sens profond de la responsabilité et fera de vous des hommes de conscience. Il vous détournera de la créature en faisant ra3^onner à vos yeux l'infini , des amours qui s'en vont en vous parlant des amours qui demeurent, de la jeunesse qui se flétrit en vous faisant admirer la jeunesse sans déclin. Il écartera le mirage des plaisirs sans nom, sans saveur et sans gloire; il vous arrachera à la séduction, en vous disant : Regardez l'Eternité! Là plus de soleil qui décline, plus d'étoiles qui s'en vont, plus d'amours qui s'effacent, plus de beautés qui s'éteignent! Là Dieu, l'infini.

De ces entretiens qui tiendront constamment votre âme tendue en haut, vous sortirez meilleurs, plus courageux pour soutenir le bon combat contre les ennemis de vos âmes; pleins d'entrain pour vous donner sans compter à l'apostolat du bien. Eclairés par les lumineux enseignements de votre directeur, stimulés par ses pressantes et viriles exhortations, vous marcherez d'un pas allègre et sûr dans la voie de la perfection personnelle et du dévoûment aux autres. Cette vie, dont il vous aura montré toutes les ressources, vous voudrez la vivre plus pleinement et la dépenser plus utilement.

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Quand on est faible et qu'on a conscience de son infirmité, on sent au fond de son cœur le besoin d'un être fort et intrépide, qui vous sauve. Les petits enfants ne s'y trompent pas. Que demandent-ils ? Une mère, c'est-à-dire un être fort. Une âme qui se débat contre la violence de ses passions ne s'y trompe pas davantage : que réclame-t-elle ? Un rayon d'en haut qui lui montre le chemin, une volonté énergique qui lui donne l'impulsion et un bras tendu qui la relève.

Un jour viendra où vous connaîtrez les angoisses du doute et de la tentation. Que faire alors ? sinon aller à celui qui peut être votre soutien, au prêtre.

Des doutes, qui donc n'en a pas à cet âge où s'éveillent en vous les passions, où vous ressentez des impressions étranges qui alarment votre conscience, où des rêves mauvais hantent votre imagination ; à cet âge où en marge des dogmes de la foi, se posent les premiers points d'interrogation ?

Ces vérités troublantes sur les mystères de la nature qu'un jour vous devrez nécessairement connaître, il faut pour les enseigner au moment opportun, un homme grave et prudent. Votre directeur est là. Confiez lui les énigmes qui le jour et la nuit vous poursuivent. Après s'être agenouillé avec vous au pied de son Crucifix, et après avoir demandé au ciel de garder ses lèvres pures et votre âme haute,

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il vous dira, au nom de Dieu et sous son regard, ce que vous devez savoir. La révélation scientifique du mal venant de lui, vous sera inoffensive.

De grâce, n'essayez pas de résoudre seuls ces problèmes en vous livrant à des recherches curieuses et malsaines.

Surtout n'en demandez pas la solution à ceux qui n'ont pas mission pour vous renseigner, et qui parfois, corrompus eux-mêmes, profiteraient de votre ignorance pour vous pervertir. Que de jeunesses dévastées pour avoir voulu, selon le mot de Schiller, aller à la vérité par une voie coupable !

Au cours de vos lectures, de vos conversations, des objections contre la foi ont surgi dans votre esprit. Au lieu de les laisser s'acclimater en vous et d'en chercher la solution dans des livres suspects ou auprès d'hommes incompétents qui, sous prétexte que vous avez le droit de tout connaître, vous enseigneront l'erreur, recourez aux lumières de votre directeur. Il mettra à votre disposition sa science théologique. Avec lui vous étudierez ce point obscur et votre foi, plus éclairée à la suite de ses explications, s'affermira davantage.

Aux heures sombres de la tentation, il sera encore là pour vous aider et vous encourager. Il vous montrera comment on peut tirer parti de cette redoutable épreuve permise par Dieu pour notre bien. Il vous dira comment par elle nous pouvons arriver à cette connaissance de soi-même si difficile et si indis-

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pensable. Ouvrière de Dieu dans nos âmes, la tentation cherche le défaut de notre cuirasse et s'acharne à y enfoncer droit le trait. Il n'y a rien de saint pour elle, ni amitié, ni vertu. Bile éprouve tout, elle frappe tout de son marteau et veut bien s'assurer que nous n'avons pas en nous de fausses pierres précieuses. C'est elle qui nous donne la vraie mesure de ce que nous sommes et avant qu'elle nous ait mis à l'épreuve, nous sommes comme des enfants qui ouvrent les yeux et semblent étonnés de tout ce qui les entoure, comme des soldats qui n'ont jamais vu le feu. Hélas, le résultat des découvertes qu'elle nous fait faire en nous-mêmes n'est pas très flatteur, et en nous regardant dans le miroir qu'elle nous présente nous n'avons pas lieu de nous enorgueillir de notre beauté morale. C'est là précisément le grand avantage de la tentation de nous faire voir tels que nous sommes, parce que du fumier de notre néant où elle nous couche, comme Job, nous levons vers celui qui peut tout et qui seul peut nous sauver des regards de détresse, qui feront descendre sur nous la grâce que Dieu accorde toujours aux humbles.

Votre directeur vous dira que loin de vous décourager si les tentations se multiplient et deviennent plus violentes, vous devez en remercier Dieu, non seulement parce qu'il vous donne l'occasion d'acquérir de précieux mérites, mais aussi parce qu'il vous met entre les mains un puissant instrument de perfectionnement moral. I^a tentation grandit et

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monte notre vertu quelquefois jusqu'à l'héroïsme. C'est, en effet, une loi que tout en ce monde se développe et s'accroit par l'exercice et la lutte. La vertu, nous l'avons vu, n'échappe pas à cette nécessité, et on n'acquiert cette habitude du bien qu'au prix de nos sueurs et du sang de notre âme. Les vertus trop facilement acquises et qui semblent pousser d'elles-mêmes sur une terre propice, deviennent facilement des faiblesses et souvent des vices. C'est la tentation qui, pour une grande part, donne à notre vertu cette trempe de l'acier le plus dur qu'aucune flamme impure n'amollira; c'est le coup de vent qui semble devoir emporter l'arbre et qui ne fait que l'affermir. La vertu qui n'a point été tentée que sait-elle ? Prenez le naturel le plus calme, le plus doux et le plus patient. Qu'est-ce que cette douceur, cette patience, s'il ne s'est jamais trouvé une occasion pour les mettre à l'épreuve, si les tracasseries misérables, les injures impudentes, les revers de fortune, les trahisons de l'amitié, si mille tentations importunes ne sont venues tout à coup l'assaillir ? Tange montes et fumigabunt ! Touchez du bout du doigt, à l'endroit sensible, car il y en a un, ces colonnes de vertu, et les paroles amères, les gestes de dédain, s'en échapperont comme une fumée nauséabonde.

En vous aidant à vaincre le mal, le prêtre vous rendra fort pour les combats de l'avenir; en vous montrant dans la tentation d'utiles et nécessaires

remèdes contre la présomption et l'orgueil, il vous apprendra, ce qui est le secret de la perfection, à être plus humbles et à être remplis de charité et de bonté pour ceux qui tombent et au nombre desquels vous pouvez être demain.

Si un jour vous cédiez à la tentation, oh ! alors, ne laissez pas, en gardant pour vous seuls votre secret, le mal accomplir son implacable ravage dans votre cœur et en détruire une à une toutes les fibres les plus délicates ; mais aussitôt, recourez à votre directeur. Il vous accueillera avec d'autant plus de bonté que vous êtes plus malheureux. Il vous ouvrira ses bras, et de ses lèvres tomberont sur vous des paroles de pardon et de réconfort. Il pansera toutes les blessures de votre âme et vous gardera contre le découragement. Comment pourrait-il n'être pas indulgent ? Ne représent e-t-il pas le Dieu des infinies miséricordes ? X' est-il pas homme comme vous ? Vos faiblesses ne l'étonneront pas. Dans l'histoire de vos épreuves et de vos chutes, il reconnaîtra peut-être sa propre histoire. Il compatira à vos misères, -si nombreuses et si grandes qu'elles puissent être. Il sait pour en avoir fait souvent l'expérience que, suivant le mot du plus malheureux de nos poètes : (i)

.... rien n'est meilleur à l'âme Oue de faire une âme moins triste.

(I) P. Verlaine. — Sagesse, I, xvi

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Vous comprenez maintenant cette parole de Joubert : « Le plus grand bonheur de l'âme sur la terre est de rencontrer une fois dans sa vie un véritable homme de Dieu. Les bons prêtres sont les meilleurs amis que nous puissions avoir et les meilleurs guides qui puissent nous conduire dans le chemin de la vertu. » Convaincus de la nécessité d'un directeur^ vous voudrez avoir le vôtre.

Où trouver ce directeur ?

La Sainte Écriture nous demande de le choisir entre mille. Et saint François de Sales renchérit encore et nous dit de le choisir entre dix mille. Dans cette recherche n'allez pas au hasard et surtout ne vous laissez pas guider par la mode qui pousse tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre. Allez à celui qui semble mieux vous convenir, qui comprend les aspirations de votre âme.

Quand vous aurez trouvé ce directeur, ouvrezvous à lui avec confiance et simplicité, en lui révélant tout du passé et le tenant au courant des moindres choses du présent. Que votre loyauté lui permette d'user avec vous de la plus grande franchise. Que de jeunes gens sont atteints de cette mauvaise délicatesse dont parle Pascal et « qui oblige ceux qui sont dans la nécessité de reprendre

les autres, de choisir tant de détours et de tempéraments pour éviter de les choquer! Il faut qu'ils diminuent nos défauts, qu'ils fassent semblant de les excuser, qu'ils y mêlent des louanges et des témoignages d'affection et d'estime » (i). Le directeur doit pouvoir sans inconvénient tenir le langage austère qu'emplo^^ait parfois le Père Lacordaire avec les jeunes gens qui s'adressaient à lui. « Tant que vous vous ouvrirez à moi, tant que je ne vous rebuterai pas par la franchise avec laquelle je vous montrerai vos défauts et vos vices, rien ne sera perdu; mais le jour où vous sentirez que je vous pèse, ce seront l'orgueil et la volupté qui seront vos maîtres, et vous deviendrez capables de tout, sauf peut-être de manquer à l'honneur selon le monde... Oh! combien je désire vous sauver! Combien j'ai fait d'efforts pour vous ouvrir les 3^eux du côté de Jésus-Christ ! »

Tant que le directeur parle de choses indifférentes, qu'il est un causeur disert et un compagnon agréable, tout va bien. Mais le jour où il veut entrer dans le vif de l'âme, il devient gênant. On diminue les visites et finalement on va tenter fortune ailleurs. Il faut une certaine dose de courage pour s'entendre dire des vérités qu'on a de la difficulté à s'avouer à soi-même.

Vous irez au prêtre avec franchise et aussi souvent

(i) Pensées. — Des puissances trompeuses, XI.

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