‹ Soyez des hommesChapitre 25 sur 50 · LA GYMNASTIQUE DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

LA GYMNASTIQUE DE LA VOLONTÉ

Si dans ce temps sacré vous ne semez rien, pouvezvous avoir l'espérance de récolter ? Quœ seminaverii homo, hœc et metet, disait saint Paul aux chrétiens de la primitive Eglise. Si jeunes, tandis que vos facultés sont facilement maniables, vous ne faites rien par vous-mêmes, si vous vous habituez à laisser les autres vouloir pour vous, vous arriverez à cette période de votre vie où vous devez vous conduire seuls, et vous en serez incapables. Une force qui n'est pas exercée est condamnée d'avance à la stérilité et à la destruction. L'inaction c'est l'anémie, puis l'atrophie et enfin la mort.

De plus, quel temps plus favorable que la jeunesse pour entreprendre la conquête de certaines vertus plus difficiles ? N'y-a-t-il pas dans vos cœurs que le mal n'a pas encore ravagés d'immenses réserves d'énergie, de générosité et de vaillance? La lutte, a-t-on dit, est le caractère de l'âge où vous vous trouvez, mais une lutte féconde où chaque victoire vous raffermira dans la puissance de vaincre, et enfoncera l'ancre de vos destinées dans le sol de l'Éternité.

Si, à votre âge, vous ne luttez pas pour le bien, et c'est ma dernière raison, vous vous laisserez envahir par le mal. Il faut que les passions se courbent sous l'empire de la volonté, que le devoir prenne le pas sur le plaisir et que la conscience règne en souveraine au lieu de prendre la lâche habitude de ces capitulations où, en échange d'une joie éphémère, on

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sacrifie l'honneur. A défaut d'habitudes vertueuses vous contracterez des habitudes vicieuses, c'est fatal. Si la volonté, « complice des passions naissantes, n'exerce son indépendance que contre la discipline et la raison, elle se lie par là et abdique, elle se trahit elle-même et risque de ne jamais se ravoir. Dramatique tableau, que celui des misères d'une âme originellement bonne, mais déchue, et chaque jour plus affaiblie par ses faiblesses, qui sait les fatalités qu'elle se crée, les voit venir et croître, les déplore et n'a pas la force de s'y soustraire ! On porte en rougissant une chaîne à la fois détestée et aimée : il en coûte de la porter, mais il en coûterait plus encore de la rompre : on ne la quitte un moment que pour y revenir. Cette nostalgie des habitudes prises, cette lâcheté morale qui se connaît, est une vraie maladie, douloureuse et à plaindre. Or, le point de départ en est le plus souvent dans les premières défaillances graves de l'adolescent. Mille liens enlacent la volonté dès qu'elle s'abandonne )) (i). Vous gémirez plus tard sur les mauvaises habitudes que vous traînerez comme un boulet; vous souffrirez la plus cruelle des passions, celle qui consiste, quand on a un peu de noblesse d'âme, à se sentir toujours entraînés aux mêmes ignominies. Il vous eut été facile au début d'éviter ces actions en apparence insignifiantes, causes cependant de

(i) H, Mariox. — De la solidarité morale, p. 144.

IV (.\MN\SiIiJI f. I)i: LA VOLOMK lS[

votre déchéance. N'oubliez jamais quand vous êtes entraînés au mal, que T action que vous êtes sur le point d'accomplir, peut avoir une douloureuse répercussion sur toute votre vie. Si la beauté morale ne vous séduit pas, qu'au moins la pensée de vos intérêts vous touche.

Jeunes gens, si vous voulez être des vainqueurs, luttez et établissez triomphante la vertu dans votre cœur ; creusez profondément, même au prix des plus héroïques sacrifices le sillon du bien; exercez vos facultés par cette g^^mnastique fatigante, c'est vrai, mais fortifiante, de l'habitude. Si au contraire, vous n'avez pas ce courage, si vous voulez être des vaincus du mal, laissez-vous traîner à la remorque de tout ce qu'il y a de bas en vous. Votre volonté sera rapidement annihilée et votre cœur ravagé et flétri. Esclavage ou Liberté, voilà où nécessairement vous devez aboutir (i).

(2) Les lecteurs étudieront avec profit les traités de la Somme théolo gique de saint Thomas que nous signalons au cours de ces études. Si le texte leur paraît trop aride et s'ils n'y sont pas préparés par leurs études antérieures, ils liront avec profit les auteurs qui, comme Gardair, ont essayéde vulgariser le grand docteur, dont l'enseignement, recommandé avec tant d'insistance par les Papes, est toujours si plein d'actualité. • — Une édition française delà Somme de saint Thomas, avec Commentaires, éditée par le R. P. Pègues. G. P. paraît chez Privât, à Toulouse — A lire, mais avec prudence et discernement : L'EducaHon de la volonté par J. Payot, chez Alcan.

Le travail et la peine.

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