‹ Soyez des hommesChapitre 27 sur 50 · LE TRAVAIL ET LA PEINE T · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL ET LA PEINE T

plutôt par leur activité elle-même. Il en est de même du travail de l'esprit. Ce que l'on constate moins facilement c'est que le travail concourt au développement de la volonté, et par l'activité qu'il suppose et aussi par l'effort qu'il demande.

Tout travail exige la mise en marche de nos facultés intellectuelles et physiques vers un but déterminé. C'est précisément dans cette orientation de toutes nos forces dans une direction unique et constante que notre volonté trouve un moyen de se développer et de se fortifier.

Le paresseux qui passe son temps à flâner, comme celui qui aujourd'hui entreprend une chose, puis demain une autre sans en finir aucune^n' auront bientôt plus aucun vouloir. Ils ressemblent à ce coureur de piste qui au lieu de subir des marches d'entraînement, croit qu'il n'y a rien de meilleur pour affronter la lutte et gagner le grand prix que de s'y préparer par des semaines entières de repos absolu. Quand viendra le moment d'entrer dans la lice, ses jambes fléchiront et il sera vaincu à la première étape.

Le laborieux, au contraire, tous les jours et dans le même sens, applique à sa volonté cette loi ph}'sique de la continuité du mouvement, par laquelle l'impulsion présente s'appuie sur toutes les impulsions antérieures, s'enrichit de toute leur vertu, crée une force qui se joue de la résistance et qu'aucune barrière n'arrête.

La volonté ainsi fortifiée par le travail, qui l'oblige à vouloir et à faire toujours la même chose, lui rend avec usure ce qu'elle a reçu de lui. Elle accumule et livre à son emploi des ressources qu'il n'eût jamais connues. Elle le prépare à vaincre le plus grand ennemi de l'homme, qui, dompté par elle, change de caractère et devient tout d'un coup son plus grand ami, l'obstacle. Loin de se laisser vaincre par lui, les volontés supérieures s'en servent comme d'un levier pour monter plus haut.

Combien, en notre temps, n'avons-nous pas vu se monter de colossales entreprises industrielles ou financières, dont les auteurs n'avaient au début pour tout capital, qu'un grand amour du travail et une volonté de fer. Ils ont rudement peiné et, malgré les obstacles, ils sont parvenus à réaliser des œuvres bien supérieures à celles qu'ils n'avaient jam.aisosé rêver.

Le travail produit aussi dans sa mesure, ce calme, cette force d'âme, cette fermeté que rien ne surprend ni n'ébranle, cette rectitude de mouvement qui ne fléchit pas aux détours des sentiers obscurs et tortueux, ouverts sur chaque bord du droit chemin pour égarer et déshonorer les pas de l'homme (i).

Tout travail, depuis la chute originelle, demande

(i) F. A. VuiLLERMET. — La Mission c/e la Jeunesse contemporatne, cil. XVI.

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