F. OBEISSANCE ET LA DISCIPLINE
constant sera de se modeler sur elle. La tempête pourra faire rage, elle dominera toutes les agitations, et aux passions furieuses qui crieront de secouer le joug, elle répondra, les 3'eux toujours fixés sur le but à atteindre : je veux obéir, là est mon salut, le secret de ma force et de ma fécondité.
La discipline, à coups d'efforts incessants, ramasse toutes les énergies éparses, les dompte, les canalise et établit une direction unique de toutes les activités de l'être humain.
Une force, quelle qu'elle soit, peut être un fléau dévastateur ou une énergie salutaire, selon qu'elle est lâchée ou domptée. Elle peut se dépenser en pure perte ou en résultats féconds, selon qu'elle est irrégulière ou docile.
Voyez aux flancs de la montagne cette eau qui jaillit et qui bondit fougueuse vers la plaine, culbutant des blocs de rochers, déracinant des sapins géants. Dans cette impétuosité même, n'y a-t-il pas une force cachée? Laissez cette force à elle-même : que rien ne lui fasse barrière, que nulle digue ne la contraigne, elle s'évanouira dans la plus stérile faiblesse. Elle ira se perdre dans les sables, dormir et croupir en marais fétides. A peine la plus légère barque pourra-t-elle flotter sur ses ondes sans profondeur.
Au contraire rassemblez et resserrez ces eaux vagabondes, jetez à droite et à gauche des digues puissantes, et les plus lourds vaisseaux navigueront
sur ces eaux. Resserrez encore ce torrent, faites sa prison plus étroite, il n'est pas de levier que son courant comprimé ne puisse mettre en jeu, il actionnera de gigantesques turbines qui produiront une puissance motrice considérable, capable de faire mouvoir les roues d'innombrables métiers. D'où vient cette force ? De la digue qui contraint et maîtrise ses flots.
Appliquez cela à la volonté. Rejetez loin d'elle le frein de l'obéissance, entraînée par sa fougue, elle ira au hasard, échappant à toutes les lois, s'égarant par tous ses mouvements. Après s'être fatiguée dans une agitation stérile, elle tombera épuisée, si tant est qu'elle ne périsse dégoûtée d'elle-même, après avoir dispersé à tous les vents d'incroyables réserves d'intelligence et d'amour. C'est le suicide delà volonté.
Prenez cette force volontaire et, au lieu de la laisser au hasard, assouplissez-la, domptez-la par cette g\'mnastique morale de l'obéissance. Cette volonté vigoureusement trempée par de nombreux exercices, doucement comprimée au dedans pendant cette période de lutte, éclatera au dehors. Par la grandeur de ses œuvres, elle révélera sa puissance. Elle ira de \âctoire en victoire et rien ne pourra lui résister, rien n'arrêtera sa merveilleuse expansion. Semblable à l'écorce qui retient la sève et l'oblige de monter au cœur de l'arbre, l'obéissance canalise toutes les énergies débordantes du jeune homme et
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te rend capable de produire à l'heure de la virilité de grandes œuvres.
Toute obéissance produira-f-elle ce résultat ? — Non. Il est une obéissance qui, au jugement des éducateurs eux-mêmes, ne vaut pas mieux que la révolte. C'est celle qui consiste à abdiquer entre les mains d'un autre son intelligence et sa conscience ; obéissance que pratiquent volontiers les indolents, trop heureux de n'avoir pas à organiser eux-mêmes le détail de leur vie. Loin d'affranchir, cette obéissance asservit, loin de fortifier l'initiative, elle la déforme et l'étouiîe. Ce qu'elle produit ce sont des caractères veules, mûrs pour tous les compromis, des lazzaroni de l'effort qui auront toujours besoin d'une férule, des échines souples habituées à décrire l'arc de leurs courbettes devant le premier mécréant venu. A ces instruments passifs, je préfère les mauvaises têtes, qui se laisseraient pulvériser plutôt que de ployer sous un joug et dans lesquelles, quand on parvient à les éclairer, il y a parfois tant de ressources pour le bien.
Seule l'obéissance intelligente et active, consciencieuse et prompte, complète et joyeuse produit les caractères indomptables, les âmes granitiques. Le disciple d'une telle obéissance sait à qui et pourquoi il obéit. Et prenant, dans la vie pubUque comme dans le secret du cœur, l'habitude de conformer sa volonté, en toute connaissance de cause, à une volonté supérieure, divine ou humaine, qui lui dicte
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par des ordres écrits ou par des arrêts de conscience, ce qu'il doit faire, il affranchit sa liberté de la vassalité de l'instinct et de toutes les tyrannies.
Jeunes gens, si vous voulez acquérir la forme définitive qui caractérisera votre avenir et vous rendra supérieurement forts devant la vie, il faut que vous arriviez à vous maîtriser vous-mêmes, à bien tenir votre âme en mains, et vous n'arriverez à ce résultat que si vous apprenez durant de longues années et pendant toute votre existence à obéir aux justes lois, expression de la sagesse, et à respecter l'autorité légitime, qui est toujours une émanation de Dieu.
Voilà le chemin de l'obéissance. Il est rude, austère, tant mieux, on y meurtrit sa nature, raison de plus pour s'}" engager quand on a au cœur de grands désirs. C'est l'unique chemin qui conduit à la virilité.
(l) Ouvrages à lire : L'Éducation, par Mgr DUPAXLOUP (Douniol. Paris); — Les Conférences de Xotre-Dame, en i86r, par le P. Félix, S. J.; — Le Prix de la Vie, par ÛLLÉ Lapruxe (Belin. Paris).
L'esprit d'initiative.
L'esprit d'initiative,
Nous manquons d'hommes d'initiative. Les sociologues le constatent. C'est à ce fait que^ statistiques officielles en mains, ils attribuent la décadence industrielle et commerciale de notre pays. Si le mal n'est pas promptement enrayé, affirment-ils, la France perdra son rang de grande puissance mondiale. Les hommes d' œuvres qui se dévouent à la régénération de la société, se plaignent amèrement qu'ils ne sont pas secondés. Ils ne peuvent aller de l'avant; leur temps se passe à remonter le moral de leurs troupes qui se laissent traîner plutôt qu'elles ne marchent. Les jeunes gens qui ont au cœur un grand désir du bien gémissent qu'on ne les a pas préparés au rôle qu'ils doivent jouer dans le monde. Avec une juvénile audace, ils accusent leurs maîtres. Leurs revues sont pleines de doléances. « Nous avons droit de dire à qui a des oreilles pour nous entendre, écrivait l'un d'entre eux, dans un article intitulé « La peur de vivre, » qu'un tel enseignement ne répond nullement à nos besoins de futurs soldats
du Christ^ à nos aspirations de jeunes hommes désireux de vivre et d'épandre leur foi plutôt que de la conserver en formules mortes. »
Un des fléaux de notre tempSy c'est, ayons le courage de le reconnaître, la passivité. Regardez nos jeunes gens : plus rien ne les émeut. Parlez-leur des grands intérêts de l'Eglise et de la patrie, ils restent inertes. Ils ne connaissent plus les généreux emballements. Leur cœur est glacé, comme un marbre ; c'est le froid du tombeau. De même qu'ils laissent dire, ils se laissent faire. Ils ressemblent à ces mollusques sans vertèbres, qui collés à leurs rochers, n'ont pas d'autres mouvements que ceux du flot qui les roule. Ils subiront toujours l'action d' autrui, sans en exercer aucune.
Suivez-les dans la vie ! S'agit-il d'embrasser une carrière, il faudra qu'on la choisisse pour eux. S'ils ont quelque préférence, c'est pour l'idéal du fonctionnaire ; car là, il n'y a pas à lutter, pas de danger à éviter ou à vaincre ; l'avenir est assuré.
Ce que veut la masse de nos jeunes gens, c'est vivre une vie commode, décrocher quelque galon qui leur donnera le droit de commander à quelques hommes et finalement devenir un petit rentier.
Vous devinez les conséquences désastreuses pour la vie nationale et pour la vie individuelle que peut avoir la réahsation de ce qu'ils appellent en profanant le mot : leur idéal. N'est-ce pas ce qui a