‹ Soyez des hommesChapitre 31 sur 50 · I. i:SIMtFT 1) INITIATIVE · texte numérisé non relu

I. i:SIMtFT 1) INITIATIVE

amené l'état de stagnation dans la population dont gémissent les vrais Français, et qui, chaque année nous met dans un état de plus grande infériorité numérique vis-à-vis des nations, nos rivales ? N'estce pas ce qui a produit cet aveulissement des caractères que nous constatons chaque jour davantage? Pas d'affaire; voilà bien le mot d'ordre du haut en bas. Cela pourrait déranger mes petits calculs, m' attirer des embarras que je n'ai pas voulu prévoir. Je jouis d'un traitement, juste suffisant pour ne • pas mourir de faim ; cette initiative, cette parole pourraient me le faire perdre, je ne dirai rien, je rentrerai tranquillement chez moi, laissant à ceux qui ont le goût des aventures le soin de me remplacer au poste que cependant mon devoir m'obligeait à ne pas déserter. Mon intelligence, ma situation personnelle me désignent pour être à la tête des œuvres, souvent on est venu me solliciter, mais pour m'en occuper à un autre titre qu'à celui de membre honoraire, il faudrait modifier quelques-unes de mes habitudes, me mettre en évidence, mécontenter peut-être certains de mes concitoyens, mes affaires pourraient en souffrir, je ne puis pas. Je n'ai pas à prendre cette initiative. On s'est passé de toutes ces associations jusqu'à maintenant, on s'en passera encore.

Par devoir d'état, par vocation, je dois me donner tout entier au salut de mes frères. J'ai le très \'if désir de les convertir tous. Si une parole suffisait

je la dirais aussitôt. Malheureusement il faut agir. Je n'ai pas d'influence; les hommes m'échappent et semblent me fuir. Il faudrait aller les chercher, les fréquenter, organiser une propagande nouvelle. Je ne puis pas prendre cette initiative qui m'obligerait à désorganiser ma vie. D'ailleurs je ne suis pas sûr de réussir. Si par hasard des voisins plus zélés font quelque chose pour le peuple, on saura trouver malgré tout d'excellentes raisons pour s'en dispenser encore.

On pourrait multiplier les exemples. On ne^sait pas aller de l'avant. Quand on marche c'est qu'on suit un mouvement dont on aurait dû prendre la tête. Nous manquons d'esprit d'initiative, et à tel point que nous jugeons fort mal ceux qui agissent autrement que d'après les très vieilles méthodes. On les traite d'ambitieux, débrouillons, et par tous les moyens on essaye de les discréditer, quand on ne peut pas les anéantir. Notre mentahté est ainsi faite.

D'où vient ce manque d'esprit d'initiative?

Les uns accusent notre enseignement. Qu'il y ait des améliorations à introduire dans nos méthodes éducatives, personne ne le conteste. Ceux qui s'occupent de la jeunesse l'avouent volontiers. Ils n'ont pas attendu les charges virulentes que depuis quelques années tout particulièrement on dirige contre nos établissements catholiques, pour le reconnaître. Depuis longtemps déjà dans leurs congrès, ils s'ef-

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torcent, avec toute la prudence qu'exige une pareille matière, d'adapter nos vieilles méthodes aux nécessités de la vie moderne.

Ce que nous ne pouvons admettre, c'est que, comme le font certaines petites têtes folles, on accuse l'enseignement catholique d'être cause de toutes nos misères et de toutes nos infériorités. Ne va-t-on pas jusqu'à dire que notre discipline dogmatique et morale que nous voulons rigoureuse, que notre respect de la hiérarchie et notre sens de l'autorité sont un obstacle au développement de l'initiative ! Pour appuyer cette affirmation on montre la prospérité des nations protestantes et la décadence des pays catholiques.

Ce que l'on peut dire de moins blessant pour ces esprits forts, c'est qu'ils connaissent peu les ressources du catholicisme pour le progrès moral ; c'est qu'ils ignorent l'histoire de l'Eglise et des peuples catholiques. La liste des hommes d'initiative hardie qu'a produits la doctrine évangélique serait longue, non seulement dans le passé, mais même de nos jours. Si elle n'en produit pas davantage à l'heure actuelle, c'est que nous n'usons pas comme nos ancêtres des énergies surhumaines qu'elle met à notre disposition.

Il y a d'autres causes, et la première que je veux signaler, c'est l'organisation politique de notre pays.

Depuis Napoléon i^^, la centralisation suit en France une marche ascensionnelle. L'état se sub-

stitue en tout et partout à l'individu. La dernière étape, sera le socialisme d'état que rêvent nos démagogues et qui étouffera la pensée même d'une activité spontanée. Résultat pratique de cette situation, c'est que le Français compte toujours sur l'état. Une région se trouve-t-elle dans une passe difficile, aussitôt un vaste mouvement s'organise pour demander l'intervention du gouvernement, qui doit apporter un remède à tous les maux. C'est la providence nouvelle qui remplace la vieille Providence du bon Dieu, avec cette différence toutefois, c'est qu'elle fait souvent faillite à ses engagements et qu'elle ne s'étend pas à tous, mais seulement à un nombre relativement restreint de privilégiés auxquels elle réserve sa bienfaisante rosée et son soleil d'or. De là, cette multitude d'êtres jeunes, que la lutte pour la vie effraie, se ruant à l'assaut des places officielles, afin d'émarger au budget. Dans une position où il n'y a qu'à suivre mollement l'ornière, où la moindre innovation est une témérité, où la plus légère velléité de s'affranchir de certaines coutumes puériles et surannées est un crime de lèsemajesté, parce qu'elle porte atteinte aux droits, franchises et privilèges de la plus sacrée, mais en même temps de la plus sotte des corporations, celle des ronds-de-cuir, vous pouvez chercher des hommes indépendants, actifs, entreprenants, avides de progrès, c'est en vain, vous ne les y trouverez pas. Et cependant parmi ces hommes, qui sont légion puis-

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qu'on les compte par centaines de mille et bientôt par millions, il y en a qui étaient merveilleusement doués intellectuellement et physiquement. Mais, à faire toujours la même besogne routinière, ils ont perdu peu à peu le besoin, le goût, la vertu de l'initiative, ils se sont endormis dans la passivité, dans l'obéissance aveugle, idéal parfait du fonctionnaire qui veut mener paisiblement son petit train de vie, toucher régulièrement ses petits émoluments fixes et arriver à la retraite quand il sera vieux.

Une autre cause du défaut d'initiative, c'est la manière dont on élève les enfants dans les familles.

Le grand travers de l'éducation familliale c'est, a-t-on dit, la négligence de la culture de l'initiative ou son abandon systématique. Au lieu d'initier progressivement les enfants à vouloir, au lieu de leur apprendre, avec toute la prudence nécessaire, à user de leur liberté, en un mot à se faire une vie personnelle, on trouve plus simple et plus commode de leur imposer en tout et partout sa propre volonté. On les traite trop longtemps en enfants, comme des quantités négligeables, comme s'ils devaient n'être jamais des hommes. Les parents pensent, veulent, travaillent pour leurs enfants. Pour leur instruction on fait les plus grands sacrifices. On veut qu'elle soit soignée, que rien n'y manque, pas même les arts d'agrément. On se repose sur les éducateurs du soin de former des hommes. Et on ne se doute même pas que la conduite des parents vis-à-vis des

enfants^ faite de mollesse et de lâcheté, que la vue de ce qui se passe au foyer sont en contradiction flagrante avec l'enseignement de l'école. Comment voulez-vous que le maître puisse exercer une heureuse influence sur l'âme des jeunes gens, qu'il puisse former des hommes de caractère et d'initiative ? Les éducateurs sérieux se plaignent unanimement de cet état de choses. Leur action ne trouve pas, d'ordinaire, chez le père et la mère, l'aide indispensable sur lequel ils sont en droit de compter. Ayant toujours été habitués à s'appuyer sur leurs parents, les jeunes gens passent les meilleures années de leur formation dans la passivité, ne se doutant même pas qu'un jour viendra où ils devront ne compter que sur eux-mêmes. Quand le moment de se créer une situation sera venu, car tous les parents ne peuvent pas donner des rentes à leurs fils, que feront-ils ? Incapables de se faire eux-mêmes une situation indépendante, ils iront frapper à la porte de l'une de ces nombreuses administrations, où peut-être, en échange du morceau de pain qu'on leur donnera, on leur demandera d'abdiquer leurs convictions les plus chères.

' Nous avons besoin aujourd'hui plus que jamais d'hommes qui n'attendent pas que la collectivité pense et veuille pour eux, mais qui sachent se

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décider et vouloir par eux-mêmes, d'hommes qui s'efforcent de se créer des situations personnelles et indépendantes.

C'est nécessaire si nous ne voulons pas laisser vaincre notre pays dans le vaste champ de l'expansion coloniale et de l'économie sociale.

Une force irrésistible emporte les peuples à la conquête des pays lointains. Des continents nouveaux, d'immenses régions s'ouvrent. « Tout grand peuple veut avoir des colonies, et toutes les nations rivalisent d'audace et d'initiative pour les conquérir et les étendre. Dans cette concurrence internationale, il n'est pas possible que notre pays se désintéresse; et tous les serviteurs intrépides de la France doivent s'évertuer à force de courage et d'élan, à maintenir la grandeur et, au besoin, la primauté de la patrie. » N'oublions pas que la France autrefois a possédé les plus vastes colonies; que les plus hardis explorateurs, que les colons les plus intrépides comme les missionnaires animés des plus saintes ambitions étaient ses enfants.

Les jeunes gens que tourmente le goût des nobles aventures, qui ont besoin de se sentir les coudées franches dans leurs actions, qui ont horreur du formalisme de certaines professions libérales, n'auront-ils pas le courage de s'arracher aux délices d'une vie tranquille et banale, pour aller dans des régions nouvelles, dépenser leur activité débordante, pour le plus grand bien de la civili-

sation chrétienne et la gloire du nom français ?

Si nous voulons arrêter la déchéance commerciale, industrielle et agricole de notre pays, il nous faut des hommes d'initiative, luttant hardiment contre la routine, si profondément enracinée, adoptant résolument les méthodes nouvelles, mettant en honneur les meilleurs et les plus récents procédés de fabrication et de culture, créant à nos produits des débouchés nouveaux. Il faut avoir vécu à l'étranger pour se rendre un compte exact des progrès que nous avons à faire non seulement pour prendre le pas sur nos rivaux, mais même pour regagner le terrain que nous avons perdu par notre faute, par suite de la criminelle incurie de nos gouvernants plus occupés de faire la guerre à l'Église, afin de détruire les derniers lambeaux de liberté qui lui restent, qu'attentifs à favoriser par des traités et par des encouragements les efforts des industriels et des commerçants. Nos produits qui hier encore faisaient prime sur les marchés sont aujourd'hui délaissés. Bt on a la honte de constater que des produits français ont besoin pour s'écouler, aux États-Unis, par exemple, de l'estampille « ]\lade in German. »

Si nous regardons ce qu'il est urgent de faire pour le relèvement moral et religieux de notre pays, pour endiguer la marée montante du socialisme révolutionnaire, là encore nous constatons combien il est nécessaire que nous a^'ons des hommes

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l'action. Il faut fonder des œuvres de bienfaisance et d'assistance qui apportent au peuple un remède aux maux dont il souffre ; des œuvres de propagande par la parole et par le journal pour répandre des idées saines et vivifiantes ; des œuvres de s^^ndicats, de coopératives, d'associations de tous genres qui groupent l'ouvrier et le paysan pour la défense de leurs intérêts et leur permettent d'échapper aux meneurs qui ne rêvent qu'anarchie, désordre et exploitation. Pour entreprendre ces œuvres en temps opportun et suivant les nécessités des milieux, il faut déjà beaucoup d'esprit d'iniative, il en faut encore davantage pour les faire vivre autrement que sur le papier ou dans les rapports des Congrès.

« Ces états essentiellement mouvementés et soumis à la fluctuation des événements, au choc répété des hommes et des choses ambiantes, réclament des natures d'une combativité puissante. J'entends par là cette aptitude à la lutte qui fait non pas, comme on pourrait l'imaginer à tort, les caractères turbulents, mais les caractères solides, que le danger n'effraye pas, que la bataille n'émeut pas, prêts à la résistance ou à l'attaque, suivant les nécessités du moment.

Concevez- vous une vie de colon ou d'explorateur sans une lutte de tous les jours contre la terre, le ciel et les hommes, contre l'inconnu, le plus terrible des adversaires, dont le m^'stère épouvante les plus courageux, et souvent évoque dans l'imagination

des terreurs qui dépassent toujours la réalité ?

L'agriculture elle-même, la carrière en apparence la plus pacifique de toutes, douce et tranquille comme les champs qu'elle couvre de l'or de ses moissons, comme les caves qu'elle emplit de ses vins enivrants, comme les vergers et les greniers d'abondance, l'agriculture n'est-elle pas un combat perpétuel contre la nature et ses forces indisciplinées ?

Que dire de la grande industrie qui doit manier non plus seulement la force brute et mouvoir des machines, mais enrôler la force humaine et mener au combat l'armée des travailleurs?

Cicéron, dans sa Rhétorique, a défini éloquem-

ment la force : l'aptitude à faire tête au péril et à

endurer la douleur. Celui qui n'est pas capable de

souffrir et de regarder le danger en face, celui-là

peut être écrivain, littérateur, psychologue, doux

et docile fonctionnaire; mais colon, explorateur,

agriculteur, industriel, commerçant, un de ces

hommes de vie pratique, où la lutte est de toutes

les heures et le danger fréquent comme la lutte,

jamais ! j> (i)

Comment acquérir cet esprit d'initiative}

Dès nos premières années, au collège même, on

trouve les moyens d'acquérir cet esprit d'initiative.

(i) P, DiDOX. — U Education présente.

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