‹ Soyez des hommesChapitre 32 sur 50 · I. KSl'KIT DlMTIATlVi · texte numérisé non relu

I. KSl'KIT DlMTIATlVi

Ah ! me direz- vous, mais du matin au soir le règlement nous enserre dans les mailles étroites de son filet et il est difficile d'y échapper. Nous n'avons pas à faire usage de notre liberté. A supposer que ce soit vrai, il vous reste chaque année au moins un temps où vous pouvez faire l'apprentissage de la vie personnelle : les vacances. Vous êtes alors maîtres quasi absolus de vous-mêmes ; vous pouvez régler vos journées selon votre bon plaisir. Le faites-vous ? n'êtes-vous pas à la merci des circonstances ? est-ce que vous ne vous laissez pas vivre plutôt que vous ne vivez ?

^lême durant l'année scolaire vous pouvez faire cet apprentissage ; sans doute en obéissant virilement à la règle, mais aussi .en utilisant tout ce qui échappe à la règle; car elle est impuissante à commander toutes les actions d'une vie. Elle ne peut rien sur votre vie intime. Au point de vue reHgieux, il dépend de vous de vous approcher plus ou moins souvent des sacrements, en dehors du minimum prescrit par le règlement. Au point de vue moral, vous êtes libres de choisir tel ami qu'il vous plaira et d'exercer par vos paroles et vos exemples une influence heureuse sur vos camarades. Au point de vue intellectuel, que d'heures d'études dont vous pouvez disposer, pour lire tel livre que vous choisissez ou mener à bonne fin un travail que : vous aurez vous-mêmes entrepris. Et dans la manière Id'étudier, quel champ largement ouvert à l'ini^i'^tive.

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C'est à vous de choisir la méthode la mieux adaptée à votre tempérament ; et au lieu de vous livrer à un travail matériel, bourrage artificiel et peu profitable où l'on entasse des matières que l'on se hâte d'oublier, pourquoi ne feriez -vous pas une plus large place au travail personnel, le seul qui forme l'intelligence.

« Dans cette carrière ouverte à votre liberté, à côté du règlement, voyez-vous les précieuses ressources qui s'offrent à vous pour hâter l'avènement de votre virilité ? Si la vie ne se développe que de son propre mouvement intérieur — pour rappeler un principe qu'il ne faudrait pas prendre pour un refrain — ne faut-il pas admettre que là où la vie, l'activité personnelle se déploiera plus librement, en dehors de toute impulsion étrangère, ne relevant que de sa propre autonomie, n'empruntant qu'à elle-même, ne faut-il pas admettre, dis- je, que là le développement sera plus large, plus rapide, et plus volumineuses les poussées d'énergies nouvelles que vous sentirez refluer au dedans de vous ? Et alors ? . . . alors, vous qui avez tous reçu la vocation à la vie d'homme, exercez- vous à vivre comme des hommes. Au lieu de vous réfugier dans la zone de vos actes libres pour pouvoir ne plus vous souvenir que vous avez une conscience et une dignité à sauvegarder, mésuser follement de votre liberté, faites plutôt l'essai loyal et généreux de cette liberté. Vous vous plaignez si souvent qu'on ne vous traite pas

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comme des hommes; faites la preuve d'abord, quand on vous en laisse la faculté, que vous n'êtes pas que des enfants, que des singeries d'hommes »{i).

Les éducateurs^ sans cependant faire de l'éducation defn casse-cou, y> peuvent beaucoup pour développer cet esprit d'initiative chez leurs élèves.

Ils doivent inculquer à leurs élèves, et â un très haut degré, le sentiment de la responsabilité, qui fera que nos jeunes gens ne travailleront pas uniquement parce qu'on les surveille, mais parce que c'est leur devoir ; qui fera aussi que partout, le jour et la nuit, dans la lumière ou dans l'ombre, seuls ou en compagnie d'autres camarades, ils se conduiront comme des hommes.

Xe pourrait-on pas, dans la mesure où les règlements le permettent, laisser aux jeunes gens une très grande latitude dans l'organisation, la direction des jeux, des sociétés sportives, des cercles d'études et des académies.

Ne pourrait-on pas aussi les initier théoriquement et pratiquement aux œuvres dont ils auront à s'occuper plus tard ? La vie apostohque qui doit être l'apanage de tout chrétien ne demande-t-elle pas une préparation, et une préparation d'autant plus sérieuse, qu'elle exige plus de renoncements ? Si nous ne profitons pas des années de collège pour cette formation, quand donc aura-t-elle lieu ?

(1) Abbc L. A. GrOULX. — L'Éducation de la lolonté en me tin devoir social, p. 21 (Montréal. Cadieux-Derome).

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On se plaint que beaucoup de jeunes gens de nos maisons d'éducation soient perdus pour l'armée catholique dès leur entrée dans le monde. A qui la faute ? Ces défections^ si douloureuses parfois, ont des causes multiples, contre lesquelles très souvent nous ne pouvons rien ; mais quelquefois ne pouvons-nous pas nous dire que si nous avions orienté ces jeunes gens vers un autre idéal que le succès de carrière, si nous les avions entraînés vers les œuvres, ils auraient peut-être été fidèles aux principes que nous leur avions inculqués. Nous ne leur avons pas assez montré que leur vie de collège n'est que l'apprentissage de leur vie d'homme; qu'entre ces deux vies, en apparence si différentes, il n'y a pas une solution de continuité, mais une harmonie admirable, puisque la seconde n'est que le développement rationnel de la première.

On objectera sans doute que cette préparation au rôle social peut distraire les élèves de leurs études ; que nous n'avons pas le droit de sacrifier le présent à un problématique avenir ; qu'il y a beaucoup à redouter pour les jeunes gens de cette extériorisation ?

Tout d'abord vous ne sacrifiez pas le présent, puisque vous l'employez à la préparation de l'avenir. N'est-ce pas votre but ? La conscience du rôle qu'ils auront à remplir un jour dans la société,loin d'être pour vos élèves un obstacle au travail, sera, je l'ai remarqué souvent, un encouragement, un stimulant à l'étude.

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Qu'on ne croie pas cependant que nous ayons l'intention d'ouvrir les portes de nos collèges aux bruits du monde et de la politique. « Il s'agit tout uniquement d'extérioriser le futur apôtre dans une mesure qui ne le distrayant pas de ses études lui fournisse plutôt un stimulant par la perspective de la grandeur de ses devoirs et lui laisse prendre un contact assez rapproché avec les réalités ambiantes où il jouera sa vie au jour de l'action laïque, pour qu'il ne tombe pas dans la société, son stage fini, comme un équatorien au milieu des glaces polaires » (i).

L'initiative qu'on est en droit d'attendre de vous, jeunes gens de nos collèges, en attendant que vous puissiez comme vos aines guerroyer vaillamment, est celle qui vous pousse à devenir non pas des agités, des indisciplinés, mais des hommes d'action opportune, des chrétiens et des citoyens marchant de leur propre mouvement dans toutes les voies ouvertes à leur activité.

Quant à vous, jeunes gens, qui, soit aux Universités, soit dans les affaires, êtes maîtres de votre temps et de vos actes, votre devoir est de développer chaque jour davantage cet esprit d'initiative, afin d'être capables de prendre une part prépondérante dans l'activité du monde moderne, afin de ne pas

(I) Cf. Un remarquable article de M. l'abbé Groulx (( La piéparatiot .m rôle social » dans la Revue ecclésiastique de Valleybied (Canada).

VOUS laisser embrigader sous toutes les bannières, afin d'être les premiers et les plus actifs dans l'œuvre de la régénération sociale et religieuse.

Selon vos moyens et vos forces, donnez-vous généreusement aux œuvres; n'attendez pas que d'autres commencent. Soyez entreprenants tout en restant prudents. Entraînés par votre foi ardente, entrez dans la voie que vous trace l'Eglise : elle est belle et large. Guidés par Elle, vous pouvez, sans courir le danger de tomber dans de téméraires nouveautés, être utiles intellectuellement et moralement à vos frères, tout en travaillant au perfectionnement et à l'achèvement de votre formation (i).

(i) Ouvrages a livre : Éducation présente, du P. DiDOX (Pion. Paris) ; — La Vie intense, par ROOSEVELT ; — Les Éiats-Ums au XX^ siècle, par Pierre LerOY-BeaulieU ; — A quoi tient la supériorité des Anglos-Saxons, par E. Demolixs. (Firmin-Didot. Paris; ; — L' Education nouvelle, par E. Demolixs (Didot. Paris) ; — De nombreux articles de la Revue « La Science Sociale » — Vers l'action, par Mgr PÉCHEXARD (Bloud. Paris); — Les Œuvres au Collège, par POXSARD (Revue d'apologétique, 14 Juin et le'' juillet 1907J ; — Le Fils de l'Esprit, par FOXSEGRIVES (Lecoffre. Paris); — Lettres d'un militant, par Jean Saixt-Clair (Delhomme, Briguet. Paris).

L'hygiène réparatrice.

Les sports.

L'hygiène réparatrice. — Les sports.

Jusqu'à quel point sommes-nous esclaves de notre organisme pour vouloir et pour agir, il n'3' a qu'à se regarder vivre pour le constater. Les mouvements de notre volonté ne dépendent-ils pas pour une large part de nos dispositions physiques ? Si nous \-oulons faire le bilan de nos journées nous serons obligés de constater que les jours où nos désirs du bien sont plus grands, nos résolutions plus promptes, où nous nous mettons résolument au travail, ce sont ceux où nous sommes en bonne santé. La santé engendre la joie qui est le rayonnement de la vie. Lorsque nous sommes joyeux nous nous sentons comme dilatés, il semble que notre être s'augmente par l'addition de ce bien qui nous réjouit, que nous sommes plus forts pour satisfaire à tous nos devoirs, porter tous nos fardeaux. Nous avons des ailes et rien ne peut calmer notre activité. Au contraire, les jours où rien ne va, où le moindre effort nous répugne, ce sont ceux, où ressentant quelque malaise, nous sommes faibles et par suite plongés dans la tristesse.

Cette réaction du physique sur le moral, les physiologistes l'expliquent par le rôle qu'ils font jouer au S3'stème nerveux dans l'élaboration de nos vouloirs.

Et comme sur cet organe très compliqué et très délicat^ se reflètent toutes les fluctuations de notre santé, il est très important de la maintenir dans ce juste milieu qui lui assure un bon fonctionnement. De plus, comme dans la vie il ne suffit pas de vouloir seulement une fois en passant, mais avec persévérance et que pour cela il faut être capable de longs efforts, la santé qui nous permet de produire ces efforts durables, est de ce chef encore indispensable à l'énergie morale.

Si donc nous voulons être des hommes à la volonté robuste, il est important, suivant le mot d'un auteur, d'être de « bons animaux » c'est pourquoi la question de rh3'giène doit attirer notre attention.

Un médecin très âgé, à qui je demandais un ' jour quel traitement il avait suivi pour avoir toujours eu une aussi excellente santé malgré une constitution assez délicate, me répondait : « C'est très simple et peu coûteux. Bien digérer et bien respirer voilà tout mon secret.

Il y a sur l'hygiène de l'alimentation et de la

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respiration de volumineux traités. Ceux de mes lecteurs qui voudront faire une promenade à travers ces vénérables in-folio, pourront se donner ce plaisir. Je n'ai pas la prétention de les suivre. Ce que je veux faire ici c'est rappeler, d'après l'expérience, les choses absolument nécessaires.

A entendre beaucoup de jeunes gens, on croirait qu'ils ont été créés et mis au monde pour manger et boire. Ils ne rêvent que banquets, festins et «beuveries ». Que de\'ient la \rie de ces habitués de tavernes et d'estaminets, il est aisé de le deviner. Au ph3^sique comme au moral, c'est l'épuisement et la ruine. J'aime à croire que ces noceurs de métier sont encore l'exception, bien que dans nos grandes villes, le nombre de ces professionnels de la débauche augmente dans d'effrayantes proportions. Je ne m'adresse pas à eux, ils ne me liront certainement pas.

Les jeunes gens qui veulent être bons et qui souvent, hélas ! entraînés par la force du courant n'ont pas le courage de réagir, me permettront de les mettre en garde contre un danger qui les menace plus immédiatement aujourd'hui, V alcoolisme.

Il suffit de fréquenter des milieux jeunes pour constater combien vite, on y contracte l'habitude des liqueurs fortes. Ce qui n'était d'abord qu'un agréable passe-temps, une manière de se réjouir entre amis, devient rapidement un besoin. Du

quinquina, insuffisant pour des palais blasés, on passe à l'absinthe. I^es grands verres succèdent aux petits verres et se multiplient.

Que deviennent les jeunes gens qui s'adonnent à la boisson. « Plus l'intelligence était grande, plus r effondrement produit par l'alcoolisme est sensible : imagination, mémoire, raisonnement, tout disparaît.

Les exemples des poètes, des romanciers, des peintres devenus incapables non-seulement de créer une œuvre, mais d'accomplir normalement les actes les plus ordinaires de la vie, sont malheureusement assez nombreux.

La disparition de la mémoire est souvent presque complète, l'individu a désappris le métier qu'il avait fait pendant vingt ans.

Quiconque a rencontré un ivrogne sait avec quelle obstination imbécile, il lutte contre un obstacle; chacun connaît l'impossibilité où il se trouve de suivre une idée, la pauvreté de ses pensées, l'invraisemblable logique de ses conversations avec luimême. Bon sens et volonté sont affaiblis à ce point chez lui que, sachant parfaitement où le mènera sa passion, il entre au cabaret au sortir de l'hospice, où il a vu souffrir et mourir d'autres malheureux atteints de son mal et où, lui-même il a souf- , fert.» (i)

« Tout le monde sait que l'ivresse causée par

(i) Dr Galtier-Bossiere. — L'Enseignement de l' anti-alcoolisme, p. 3.

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les liqueurs alcooliques, le hachich, l'opium, après une première période de surexcitation, amène un affaiblissement notable de la volonté. L'individu en a plus ou moins conscience ; les autres le constatent encore mieux. Bientôt (surtout sous l'influence de l'alcool), les impulsions s'exagèrent. Les extravagances, violences ou crimes commis en cet état sont sans nombre. Le mécanisme de l'envahissement de l'ivresse est fort discuté. On admet en général qu'il commence par le cerveau, puis agit sur la moelle épinière et le bulbe, et en dernier lieu sur le grand sympathique. Il se produit une obtusion intellectuelle, c'est-à-dire que les états de conscience sont vagues, mal délimités, peu intenses : l'activité physio-psychologique du cerveau a diminué. Cet affaiblissement atteint aussi le pouvoir moteur. Obersteiner a montré par des expériences que sous l'influence de l'alcool, on réagit moins vite, tout en a^^ant l'illusion contraire. Ce qui est atteint, ce n'est pas seulement l'idéation, mais l'activité idéo-motrice. En même temps le pouvoir de coordination devient nul ou éphémère et sans énergie » (i).

Jeunes gens, cet ennemi qui a déjà terrassé tant de vos semblables vous menace. Je ne veux pas vous demander de vous abstenir totalement de toute boisson alcoolisée. L'alcool, en certaines circonstances, peut être parfois utile. Ce n'est pas

(i) Th. RlBOT. — Les Maladies de la Volonté, ch. il, p. 87-88.

l'usage modéré qui doit être proscrit, c'est l'abus. Mais faites attention, le chemin est glissant. Si, par suite de penchants héréditaires ou de dispositions personnelles, vous vous sentez vivement attirés par l'alcool, il est nécessaire que vous en supprimiez absolument tout usage. Il vous sera très difficile de vous arrêter sur la pente. Mettez-vous résolument au régime de l'eau pure ou des boissons non fermentées. Ne dites pas que dans la lutte contre cette passion, votre volonté se fortifiera, en usant de l'alcool avec mesure. C'est une erreur. « Il est absurde, dit le docteur A. Forel, de vouloir exercer la liberté et la force de la volonté à l'aide d'un toxique qui l'affaiblit graduellement dès le début. Sans doute il y a des gens modérés dans l'usage des boissons alcooliques, mais il est incontestable qu'ils fortifieraient plus leur volonté en s' abstenant de tout ce qui contient de l'alcool » (i).

Vous éviterez donc les longues soirées passées dans les cabarets. Vous aurez assez d'énergie pour refuser poliment tous les apéritifs qu'on aura l'amabilité intéressée de vous offrir, à charge pour vous d'en offrir un autre le lendemain. Votre santé s'en trouvera mieux, votre vertu et votre bourse aussi.

{ij Alcoolisme et Criminalitc. — Dans les annales anti-alcooliques de Paris. Janvier 1907.

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A côté de ce très grave écueil où sombre la santé, il y en a un autre auquel on ne fait pas attention et qui souvent lui porte cependant de rudes coups. // se trouve dans V alimentation elle-même.

Un auteur, après avoir parlé, d'après les travaux les plus modernes, des éléments nécessaires à la reconstitution incessante des tissus du corps humain et des aliments indispensables à la production et au bon emploi de ces éléments, conclut que d'ordinaire, et chez les étudiants en particulier, on mange beaucoup trop et surtout trop de viandes.

« Xous imposons à l'estomac et aux intestins un travail absurde, dit-il. Chez la plupart des gens de la classe aisée la majeure partie des forces acquises par le labeur de la digestion sont usées à digérer. Qu'on ne croie pas que nous exagérons. Durant l'acte de la digestion, nous digérerions les parois de l'estomac et des intestins si leur surface ne renouvelait incessamment le tissu qui les protège, et qui se reforme avec une grande rapidité à mesure que les sucs digestifs l'attaquent. Ce seul travail est énorme. Les intestins ont de sept à huit fois la longueur du corps sur trente centimètres de largeur lorsqu'on les étend. — La surface en travail des intestins et de l'estomac est de cinq mètres carrés au moins. Ajoutez au labeur considérable que cons-

titue le renouvellement incessant pendant plusieurs heures chaque jour des villosités qui tapissent une telle surface^ les forces employées à mâcher, les forces usées par les mouvements péristaltiques de l'estomac, par la formation d'une quantité considérable de salive, par la production des sucs digestifs de l'estomac, du pancréas, de la vésicule biliaire, et on se rendra compte de la prodigieuse usure de forces que nécessite l'acte digestif.

N'est- il pas clair que les hommes qui mangent trop sont de purs animaux, réduits au rôle peu honorable de serviteurs de leur tube digestif. Ajoutez que la plupart devant la quantité de mets à avaler, trouvent fastidieux de bien mâcher les aliments et alourdissent encore de ce chef le labeur de la digestion et le prolongent, les sucs digestifs ne pouvant pénétrer que lentement des masses trop peu divisées «. (i)

Si vous voulez jouir d'une bonne santé,tout d'abord ne mangez pas trop vite. Je sais fort bien que beaucoup de jeunes gens trouvent cette recommandation puérile, n'ont-ils pas un estomac de fer ? Et puis d'ailleurs, ils n'ont pas souvent le temps de prendre toutes ces précautions, bonnes pour les vieillards et pour les personnes qui n'ont pas autre chose à faire qu'à se tâter le pouls. Ils ne s'imaginent pas que c'est une affaire d'habitude et qu'il

1) J. Payot. — L'Éducation de In Volonté, ch. IV'. L'Hygiène corporelle.

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ne faut pas plus de temps pour manger en mastiquant sérieusement les aliments que pour manger à la vapeur.

De plus ne mangez pas trop de viande. — Rien ne vous oblige à vous imposer ce régime de la viande à tous les repas qui nous vient des pays du Nord, où dit-on, il est nécessaire pour résister au froid. Dans ces régions elles-mêmes, on reconnaît qu'on consomme beaucoup trop d'aliments gras. J'ai entendu à Montréal, au Canada, et certes là-bas les hivers sont rigoureux, des sommités médicales déplorer cet abus de la viande, deux et trois fois par jour, et déclarer que cette coutume était cause d'un grand nombre de maladies et même de la dégénérescence de la race tant au point de \nie intellectuel qu'au point de vue physique.

Les jeunes gens feront bien de se conformer aux prescriptions de l'Église qui nous demande de nous abstenir totalement à certains jours, d'aliments gras. — Les vieilles lois ecclésiastiques ont encore du bon, n'est-il pas vrai? Ne sont-elles pas le fruit de l'expérience des siècles? — De nos jours n'a-t-on pas entendu certains médecins rationalistes déclarer que pour le bien de l'humanité, si le carême n'existait pas, il faudrait l'inventer ?

S'il restait dans l'esprit de mes lecteurs une objection à ce sujet, je leur demanderais de regarder les ordres religieux, et ceux où l'usage de la \'iande est complètement interdit et ceux où il est très

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restreint. N'y-a-t-il pas parmi ces moines, et en grand nombre, des hommes à l'intelligence puissante, à la volonté énergique et même à la santé robuste. Chez les Trappistes où l'on ne mange que des légumes et des laitages et où l'on travaille rudement, on se porte bien et on devient très- vieux.

Un sommeil profond et ininterrompu est nécessaire quand on veut avoir un corps robuste et fort. — Une bonne alimentation vous procurera ce bienfait. Souvent nos nuits sont troublées par des rêves et des cauchemars angoissants ; nous éprouvons des sensations de chute. Cela peut provenir des anxiétés et des soucis, mais plus ordinairement du mauvais état de l'estomac. Nous avons surchargé notre estomac le soir, ou bien nous avons absorbé des aliments que nous ne pouvons pas digérer. De là, l'agitation, l'insomnie et de nombreux désordres contre lesquels il faut réagir, sans quoi, très rapiment, nous ressentirons une véritable fatigue.

Les jeunes gens en hiver comme en été, ne doivent jamais dormir dans un lit de plumes. Les plumes tiennent trop au chaud. Même lorsqu'on est couché sur le côté — c'est la position que nous devons toujours garder, — elles procurent à la moelle épinière une chaleur nuisible qui peut conduire à une faiblesse physique et sexuelle. Un matelas un peu dur, des couvertures strictement nécessaires, une chambre à coucher bien aérée, voilà ce qui convient à la jeunesse.

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