‹ Soyez des hommesChapitre 34 sur 50 · I. HYf;iKNE HKPARATRICE · texte numérisé non relu

I. HYf;iKNE HKPARATRICE

n'a pas plus de part que l'esprit. De goguette en -goguette, on va cachin caha, clopin-clopant, sans penser à rien, sans rien sentir, sans autre impression que la vision sempiternelle d'un infernal tohu-bohu. Un outillage perfectionné, les nouveaux engins de locomotion ou de transport que l'art des forgerons ou des carrossiers invente, ont accéléré, dans ces derniers temps, l'allure vertigineuse de nos farandoles et de nos sarabandes. Regardez, dans nos rues, sur nos boulevards, le long de nos avenues, ces multitudes affairées, qu'un irrésistible remous entraîne, chaque soir, après la fermeture des ateliers et des bureaux, vers tous les endroits où l'on s'amuse. Théâtres, cafés-concerts, restaurants de nuit, on n'a que l'embarras du choix pour aller rire, boire, manger, se désopiler la rate, se dilater l'estomac, se décrocher les mâchoires. Sous les feux éblouissants de l'électricité qui flamboie, tourne, scintille, resplendit, un bariolement d'affiches multicolores annonce toutes les péripéties de la noce, toutes les attractions de la foire incessante où l'on promet aux noceurs et aux fêtards les surprises innombrables du paradis de Mahomet. Un vacarme joyeux active, exalte, exaspère cette chasse au plaisir.

Les timbres métalHques des bic3'clettes carillonnent, les trompes et les trompettes, les cornets et les cornemuses des automobiles ronflent, beuglent, mugissent, brament.

Tous ces passants^ n'ayant plus rien à faire^ sont naturellement très pressés. Gare au moraliste rêveur et imprudent qui s'en va, tout bonnement, à pied, et qui médite, dans ce brouhaha, sur cet aspect nouveau de la comédie humaine.

0 miseras hominnm mentes, o pcctora cceca.

Ce piéton pensif, s'il ne s'écarte pas assez tôt du va et vient de ces véhicules effrénés, sera assourdi de sonneries agaçantes, d'appels rauques, de sommations barbares, et devra s'estimer très heureux s'il réussit à sortir de cette cohue sans recevoir quelques injures ou quelques mauvais coups. Car il y a une chanson qui dit :

Que les chauffeurs, les pédaleurs et les cochers Sont quelquefois mal embouchés.

Un tel régime fait mal aux nerfs. On ne mène pas impunément ce genre de vie, que nos ancêtres dans leur pittoresque langage appelaient une vie de patachon (i).

Jamais les exercices physiques n'ont été plus nécessaires qu'à notre époque de vie intense.

Les exercices musculaires faisant pénétrer dans l'organisme une quantité considérable d'oxj^gène provoquent un vif et énergique travail d'assimi-

(i) Gaston DESCHAMPS. — Le Temps, 7 juillet 1907.

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lation et par contre, 1 évacuation des matériaux de désassimilation se fait plus rapidement. Ils activent la circulation d'un sang plus riche. Etant donnée la dépendance de la volonté et de la tension de l'organisme, il est évident que les exercices améliorant l'organisme tout entier, ont par le fait même une heureuse répercussion sur le système nerveux et sur la volonté.

m Parlant de l'influence des sports, le Père Didon K énumère toutes les ressources des exercices phy- B siques pour la formation morale, pour l'aftermissejp ment du caractère et le développement de la personnalité chez les jeunes gens.

Le sport, dit-il, multiplie l'activité physique, et l'activité physique est le soutien de l'activité morale.

Le sport donne l'esprit de combat et de lutte qui fait les hommes vaillants que nul obstacle n'arrête. Le sport donne le goût de l'endurance, apprend la nécessité du sacrifice pour la conservation de la force, (i)

Le sport, développement raisonné des forces physiques, mène tout droit à cet idéal humain : la victoire de la volonté.

« C'est par là qu'il est grand, qu'il est philoso- ; phique^ qu'il nous ramène à ces doctrines stoïciennes où la postérité a relevé beaucoup d'erreurs et

(l) Les Sports athlétiques, dans Education présente

d'exagérations, mais dont elle n'a jamais contesté la noblesse et la pureté. Le Manuel d'Epictète est un manuel de sport ; les Pensées de Marc-A urèle sont les pensées d'un sportman, c'est-à-dire d'un lutteur. La lutte morale est indépendante de la lutte physique. Je ne le nie pas, certaines âmes d'élite n'ont pas besoin de la seconde pour triompher dans la première, mais c'est l'exception. Il faut être doué de quaUtés exceptionnelles, en effet, pour atteindre directement la volonté sans agir au préalable sur l'enveloppe qui la contient, tandis qu'il est à la portée de tout le monde de fortifier l'une par l'autre » (i).

Les exercices physiques sagement compris ont donc du bon. — Il ne faut pas cependant sous prétexte de réagir contre un état de choses évidemment défectueux aller à l'extrême opposé et, confondant grossièrement santé et force musculaire, vouloir faire à tout prix de nos jeunes gens des athlètes.

On donne comme exemple ce qui se passe en Angleterre et aux Etats-Unis. Là-bas, dit-on, les sports sont en honneur, et leur pratique, mise à la base de l'éducation, produit d'excellents résultats, tant au point de vue de la santé et de l'endurance physique qu'à celui de la moralité.

(i) p. DE COUBERTIX. — Conférence sur V Education physique, a Revue scientifique », 2 février 1889.

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