‹ Soyez des hommesChapitre 35 sur 50 · I. 'hygiène RKPAUATHICE · texte numérisé non relu

I. 'hygiène RKPAUATHICE

Les résultats sont-ils aussi merveilleux qu'on veut nous le faire croire ? — C'est ce qu'il faudrait prouver. J'ai souvent constaté aux Etats-Unis et au Canada^ où j'ai vécu plusieurs années^ que les sportsmen n'étaient pas toujours des anges de pureté, ni des caractères vigoureusement trempés et même parfois, n'étaient pas des colosses de santé. J'ai lu des auteurs anglais et non des moindres, qui déplorent l'abus qu'on fait des sports, dans une partie de la société britannique. Ils prétendent que le développement effrayant de la grossièreté, de la brutalité et du bien-être, qu'ils constatent dans leur pa3's, provient de là. Je n'ai pas à faire le bilan de l'immoralité chez les peuples d'outre-mer. Je n'imiterai pas ces prudes yankees ou ces élégants gentlemen qui semblant ignorer ce qui se passe dans leur propre maison ont pris la fâcheuse habitude de battre leur coulpe sur la poitrine des Français et parlent toujours de la France comme d'un pays perdu de débauche. Sans doute, chez eux, la façade est toujours fraîchement peinte, mais grattez un peu ce vernis de pruderie et vous trouverez comme dans les sépulcres de l'Evangile, de la pourriture. « Non, disait un jour, un illustre avocat, M. Edmond Rousse, non, nos ennemis ne sont ni meilleurs que nous, ni plus purs. Cette corruption dont leurs lourdes railleries nous accusent, elle est dans leur sang comme dans le nôtre. Leurs vices nous ont pénétrés avant que leurs armes nous aient envahis.

et il est plus d'un crime qui^ sans leur exemple, n'aurait pas deshonoré notre histoire.... »

Que ceux qui vivent d'une vie quasi animale, passant leur temps à manger, sentent le besoin de dépenser le surplus de force que leur laisse la digestion dans des exercices violents, je n'y vois aucun inconvénient. Qu'ils contemplent avec orgueil leurs énormes biceps et leurs membres fortement musclés ; cela m'est parfaitement égal. Mais qu'on ne vienne pas nous dire que c'est là l'idéal pour des hommes qui aspirent à vivre d'une vie plus haute et veulent tirer partie de leur intelligence. Nous n'avons pas en réserve des forces inépuisables. Tout ce que nous dépensons de trop en exercices violents est perdu pour les travaux de la pensée.

Si, nous Français, nous avons un peuple à imiter ce n'est pas l'Angleterre, mais bien la Suède qui a complètement renoncé pour ses jeunes gens à de ruineux efforts physiques. Les systèmes de gymnastique en honneur dans ce pays et d'où sont exclus tout exercice énervant et toute fatigue excessive ont pour but de faire non pas des athlètes de foire ni des acrobates de cirque, mais des jeunes gens robustes et sains (i).

I) Cf. Mon SysUmc, par MULLER.

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Notre intention, on le comprend, n'est pas de parler de tous les exercices physique, ni de signaler tous les systèmes de gymnastiques aujourd'hui en vogue, je veux attirer l'attention de mes lecteurs sur certains sports un peu trop oubliés et qui sont cependant d'énergiques moyens de thérapeutique.

Et tout d'abord, le travail manuel. « Il enrichit le sang, augmente l'énergie, entretient la bonne humeur quand elle existe, et la ramène quand elle a disparu. On vit plus gaiement et plus largement quand le corps a son activité normale, et la pensée loin d'y perdre, y gagne. L'étude sédentaire énerve, altère les impressions et les idées, diminue la clarté des conceptions et dispose aux exagérations et aux excentricités. On ne quitte pas impunément la base de la vie. On tient mieux sa plume et on s'en sert mieux après avoir raboté, scié, limé, martelé, car rien n'active la circulation cérébrale et l'éclosion des pensées comme une occupation physique modérée et, d'autre part, en nous rapprochant de la vie réelle, des choses qu'on voit, touche et qui sont du domaine essentiellement pratique, on assemble au fond de son être comme un lest précieux qui empêche la pensée de s'égarer et de se perdre dans le vide « (i) .

I ) \Vagxi:k. — Jeunesse, p. 269.

Le travail des champs Qst particulièrement tonique. Beaucoup de nos jeunes gens en sont d'ordinaire éloignés par leurs occupations, mais ne pourraientils pas y consacrer une partie de leurs vacances. Au lieu de les passer à flâner dans quelque ville d'eaux où l'on s'ennuie et où l'on se fatigue, fuyez à la campagne. Si vous avez un coin de terre que vos pères vous ont légué, aimez à le cultiver. C'est si bon de se baisser un peu vers ce sol arrosé par les sueurs de ceux qui ne sont plus. Au temps des moissons ou de la fenaison, allez aider le paysan à soigner et à rentrer sa récolte. Vous respirerez à pleins poumons les senteurs bienfaisantes qui montent de la terre, vous écouterez la grande voix de la nature qui charme et qui repose. L'automne venu, allez couper le raisin et chanter avec le vigneron jo^'eux, les gaies chansons des vendanges. Apprenez à manier la pioche, la faulx et à conduire une charrue. Vos mains et votre visage perdront leur blancheur, mais votre santé sera meilleure. Vous éprouverez alors la joie de vivre d'une vie plus pleine et vous pourrez, après avoir, pendant quelques semaines, oublié la vie factice de la grande ville, reprendre avec une vigueur nouvelle, votre tâche habituelle. En communiant à la terre vous aurez compris la sainteté du travail et le sérieux profond de la vie.

Si vous avez le bonheur de vivre à la campagne, ne l'abandonnez pas pour la ville. Aimez cette

L HYGIENE REl'AIl ATIUCE

terre qui fait les hommes robustes et les générations fortes. Si nous sommes si tristement déchus de notre antique vaillance, c'est que nous avons abandonné en trop grand nombre, la vie simple et laborieuse des champs. Le vieux mythe du géant Antée est bien symbolique. Chaque fois qu'il touchait à la terre, ses forces se ranimaient. Il ne fut vaincu que lorsque son adversaire parvint à l'en arracher complètement.

Je veux vous signaler un autre exercice, fort en honneur dans l'ancienne France et qui joint l'utile à l'agréable, c'est la marche, sac au dos, à travers le pays. Depuis l'invasion des bic3'clettes et des automobiles et la multiplication des voies ferrées, on ne sait plus apprécier les vieilles courses pédestres ; aussi on ne connaît presque plus son pays. On regarde les plus beaux paysages à travers les vitres embuées ou noircies par la fumée et on néglige d'innombrables sites charmants parce qu'il faudrait marcher un peu. De la France, les voyageurs ne connaissent que les buffets des gares, les hôtels cosmopolites ou les stations bruyantes. .

Jeunes gens, reprenez le bâton noueux de vos pères et comme eux, pas à pas, mesurez la terre natale afin de mieux la connaître pour mieux l'aimer. Partez en caravanes de plusieurs gais camarades, traversez ses plaines immenses, escaladez ses montagnes, pénétrez dans ses sombres forêts, parcourez

SOVEZ DES HUMMES. — 17.

ses grèves arides, en même temps que vous jouirez des vastes horizons, que vous vous enivrerez des senteurs capiteuses des bois, que vous vous laisserez bercer au bruit monotone des vagues, vous vous nourrirez de force et de vie. De ces excursions, vous reviendrez meilleurs, pleins d'amour pour votre pa^^s, le plus beau royaume après le ciel, comme disent nos vieilles chroniques, parce que vous aurez senti l'âme de la France vibrer partout sur les champs de bataille, dans les ruines merveilleuses du passé comme dans les travaux gigantesques du présent. — Allons, jeunes gens, ne faites plus du 90 à l'heure, contentez-vous des six petits kilomètres de nos pioupious. C'est peut-être moins élégant, moins chic, mais c'est sûrement plus profitable, plus moral, plus h3^giénique et aussi moins dangereux.

Il est enfin un exercice très salutaire et à la portée de tous quand les lieux le permettent, cest la natation. « La g^^mnastique n'a pas un moyen supérieur de développer harmonieusement tout l'organisme. Dans la natation, tous les muscles travaillent : les quatre membres sont mis en jeu, dans une égale proportion. Aucune hypertrophie de telle ou telle portion de la machine humaine ne peut se produire. Le poumon lui-même se fortifie, en concourant par un jeu particulier à l'ensemble de l'action. Ajoutez à cela l'effet tonique d'une eau fraîche et vive, l'action du grand air,

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et du soleil sur la peau, qui ne les ressent jamais que dans ces occasions et vous aurez les plus excellentes conditions de gymnastique et d'h^^giène dans lesquelles on puisse placer le corps de l'enfant et du jeune homme. On ne saurait trop exposer la peau, surtout pendant la jeunesse à la vivifiante influence du soleil et de l'air. Un des mérites de la natation, c'est la nudité qu'exige cet exercice. Le bain doit être précédé et entremêlé d'une insolation sagement mesurée, mais aussi longue que possible.

Quand la qualité de l'eau se joint aux vertus qu'a par elle-même la natation, la vigueur et la beauté se développent singulièrement chez les races qui la pratiquent. Sans parler des populations maritimes, nous voyons encore, au bord de certains fleuves, de fortes familles de bateliers qui figurent parmi les plus belles, les plus saines, les plus vigoureuses de la France n (i).

Je n'ai pas la prétention de réduire à ces quelques sports tous les exercices qui peuvent être utiles aux jeunes gens. Faites, si vous le pouvez, de l'équitation, de la bicyclette, mais avec une selle hygiénique, de l'escrime et surtout de l'escrime à la baïonnette, cet exercice si redouté des jeunes soldats. En hiver, faites du patinage, en été, du canotage; en d'autres saisons le jeu de

(i) V. DE Laprade. — Le Correspondant.

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barres, le jeu de paume et tous les vieux jeux français sont excellents.

Pour bien vous prouver que j e n'ai pas de parti pris contre tout ce qui nous revient sous un autre nom des pays anglo-saxons après être sorti de chez nous, je vous recommanderai même de faire de temps en temps de bonnes parties de foot-ball, de base-bail, de hockey, de lawn-tennis (i). J'irai plus loin. Dansez, si vous voulez, mais à une condition c'est que la danse ne soit pas, ainsi qu'on l'a dit, une promenade langoureuse à travers des groupes confus, ou une série de tortillements des hanches aussi laids au point de vue de la statuaire qu'inconvenants au point de vue de la décence.

Toutes les formes de culture physique ne se valent pas, c'est bien certain. Les meilleures sont celles qui mettent en mouvement tous les muscles et favorisent énergiquement une plus large respiration, mais, même la moins bonne vaut mieux que pas de culture physique du tout. Vous saurez donc faire, entre tous les sports, un choix judicieux, en tenant compte non pas seulement de vos goûts et de vos aptitudes, mais surtout de vos besoins physiques et moraux.

En vous livrant à ces exercices physiques sagement mesurés, en prenant les soins d'hygiène nécessaires à votre santé, non seulement vous n'allez pas

(i) Cf. A. RiAKT. — Le Surmenage intellectuel et les exercices physiques, p. 169 et suiv.

r, in(;ii:NE rkparatkice

contre l'esprit de l'Église, mais vous entrez pleinement dans la voie qu'elle nous trace. N'a-t-on pas vu le Pape Pie X présider lui-même dans une des cours du Vatican, des concours de g3^mnastique et dans beaucoup de diocèses ne voit-on pas les Êvêques se faire les ardents champions des sports athlétiques ?

Il n'y a pas de contradiction entre la conduite de l'Église aujourd'hui et celle qu'elle tenait autrefois.

Si autrefois elle recommandait à ses fidèles le jeûne et les macérations, c'est qu'elle avait à faire à des races exubérantes de sang et de passions, et toutes ces privations étaient nécessaires au rétablissement de l'équilibre rompu entre l'esprit et la chair, au profit de cette dernière. Aujourd'hui se trouvant en présence de générations anémiées, elle comprend que pour les rendre fortes pour le bien, elle doit travailler à relever la vigueur des tempéraments, c'est pourquoi, et par l'adoucissement de sa discipline et par l'éducation ph^^sique qu'elle favorise, elle essaye de remonter le niveau des santés. L'Église veut la noblesse de l'âme, mais elle ne dédaigne pas la beauté, la pureté, l'agilité du corps. Bst-ce qu'elle n'interdit pas l'entrée du sanctuaire et le ministère sacré à ceux qui sont difformes ? Et puis, si nous voulons aller, au fond des choses, y-a-t-il une si grande opposition entre la gymnastique et l'hygiène d'une part, et

la mortification des sens et le mépris du corps de l'autre. L'opposition est plus dans les apparences que dans la réalité. L'ti^'giène exige bien des privations et la mortification est souvent très h^'giénique. Toutes deux concourent au même but : le développement de la vie par la maîtrise de l'esprit sur la chair. Elles trempent les volontés de ces énergies puissantes qui réalisent les grandes entreprises morales et sociales.

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Chasteté et Virilité.

Chasteté et Virilité.

Une des grandes causes de l'affaiblissement des volontés et de l'abaissement des caractères, c'est la sensualité. Energies ph3'siques, énergies intellectuelles, énergies morales, tout dépérit et meurt chez les jeunes gens qui s'abandonnent aux excès des plaisirs impurs.

Combien de jeunes hommes ne rencontre-t-on pas dont la physionomie est marquée des stigmates honteux de la débauche? Leur âme ne rayonne plus au dehors et leur visage au lieu de la fraîcheur divine du jeune âge porte déjà les flétrissures du temps. Ce sont des cadavres ambulants.

L'impureté n'arrête pas là ses ravages, elle s'attaque aux forces physiques. Le corps n'est point fait pour être le théâtre de tempêtes telles que celles que déchaîne la volupté dans l'organisme humain où elle met tout en feu depuis l'imagination et le cœur jusqu'au sang et aux moelles. A mesure que les coups s'en renouveUent, l'organisme sous une poussée toujours plus forte, s'exas-

père, s'affole. Aucun désordre ne porte une atteinte plus grave à la vigueur du tempérament.

La nature outragée se venge terriblement, elle jette dans les bras de la mort des êtres qui avaient tout ce qu'il fallait pour vivre, mais qui, en des heures de folie criminelle ont gaspillé « leur propre substance; » ou bien, elle les livre à ces terribles maladies qui, selon le mot de Bossuet « déconcertent l'art des médecins et confondent leur expérience. ))

Que devient la volonté? On pourra échapper peutêtre aux flétrissures physiques du vice, et au milieu de grandes débauches conserver la fraîcheur de son teint, la candeur de son regard et même jouir d'une santé qui permette de satisfaire gaillardement ses vices, mais la volonté restera-t-elle aussi forte, hors des atteintes de la terrible moissonneuse? Hélas ! c'est surtout là que la volupté exerce ses ravages.

Toutes les puissances sensibles et intellectuelles du voluptueux sont constamment obsédées par l'objet de sa convoitise. Saint Thomas d'Aquin dit que les plaisirs sensibles partagent, tiraillent et finalement enchaînent les énergies de l'âme, (i) L'impudique, poursuivi sans cesse par des images grossières et des fantômes obscènes, semble ne vivre que pour les sens. C'est là le mobile de toutes

(i) la, II«, quest. XXXIII, art. 3.

CHASTETE ET VlUTLITi;

ses actions, la fin dernière de son existence. Dévoré du délire de la volupté, il s'en va dans une course folle, brûlant les étapes du vice, jusqu'aux bas-fonds de l'ignominie.

« Chaque jour, les besoins créés par cette nouvelle nature qui s'est façonné un organisme en rapport avec elle-même, parlent sur un ton impérieux, réclament leur pâture et leur satisfaction. Peu à peu les résistances désarment, les obstacles qui barraient le chemin aux appétits dépravés s'aplanissent : l'homme sollicité régulièrement aux mêmes compromis, devient pareil à une machine dont les mouvements sont réglés d'avance, sans lutte, sans hésitation, sans réflexion, conduit par cette sorte de fatalité, il va chaque jour s'agenouiller devant l'autel de la volupté; des hauteurs où le Créateur l'avait placée, la vie descend dans le gouffre comme les torrents se précipitent de la montagne, ses ondes ne sont plus même tentées de sortir du lit profond qu'un travail continu a creusé et que chaque acte nouveau creuse davantage; semblable au flot, l'âme coule, en chantant, sans même s'apercevoir que sa voix détonne, que ses accents faussés troublent l'harmonie de l'univers, elle pèche, comme on mange, comme on boit, comme on respire. )) (i)

A certains jours, ces pauvres jeunes gens, au

p. Jaxviek — Conférences de 190J, 6° Conférence.

moins ceux que la passion n'a pas complètement aveuglés^ entrevoyant dans un lointain tout de lumière, les beautés d'une vie pure, voudraient secouer cette ignoble tunique de Déjanire dont les fils empoisonnés adhèrent à leur chair et la consument d'un feu dévorant. Ils sentent que leur mémoire s'amoindrit, que leur intelligence s'engourdit, que leur volonté s'exténue, que leur caractère s'efface et disparaît, que leur cœur s'endurcit, que leur corj)s s'alanguit et tombe. Il se passe dans leurs âmes ce qui se passait dans celle d'Augustin, avant sa conversion. « Il arrive, dit-il, que je suis saisi d'un sentiment étrange, une douceur inconnue me pénètre, qui, devenue achevée, serait je ne sais quoi qui ne serait plus la vie. Mais je retombe sous le joug de mon accablante misère, je suis absorbé à nouveau par mes fatales et ordinaires passions, je suis lié, et je pleure beaucoup sans que l'abondance de mes larmes m'arrache à ma servitude, le seul fardeau de l'habitude me rejette dans le gouffre )) (i) .

Pour briser les chaînes de l'infernale concupiscence, il faudrait un vigoureux acte d'énergie, et nous en sommes incapables. Et puis, nous aimons tant nos tyrans, leurs voix nous charment, leurs moindres appels nous font tressaillir jusqu'au plus intime de nous-mêmes. Alors, sans même nous donner la peine

(i) Confessions, X, 40.

d'esquisser un geste sincère de résistance, nous nous couchons au pied de cet arbre de mort dont les lourdes et enivrantes émanations engourdissent notre volonté !

Voilà bien, prise sur le vif, une des conséquences du vice impur, c'est de rendre incapable de tout effort et par conséquent de barrer les routes qui conduisent à la virilité.

Regardez ces hommes que dévore le chancre du plaisir; de quelles œuvres remarquables sont-ils capables ? Ils ont horreur du travail et de l'effort. Eussent-ils reçu les dons les plus heureux, ils ne produiront, règle générale, rien de grand et de vraiment utile. Ils ne peuvent même pas maintenir intact l'héritage que leur ont légué d'actifs et laborieux ancêtres. Entre leurs mains, les entreprises le plus solidement établies, s'écroulent, les fortunes s'évanouissent. La passion mauvaise a drainé toutes les forces vives et selon l'énergique expression de l'Ecriture (( leur vie s'est écoulée comme de l'eau. » Ce ne sont plus des hommes, mais des êtres diminués, amoindris, des puissances émiettées.

« Quand vous regardez dans l'histoire de notre pays et que vous y voyez tous ces noms illustres qui en étaient la couronne, .. . et qu'ensuite, regardant ces races dans le présent, vous en trouvez qui plient sous le fardeau de leur antiquité, enfants dont l'épée maniée par leurs pères avait étendu les fron-

tières de la patrie et de la vérité^ et qui ne peuvent plus rien ni pour l'une ni pour l'autre, il ne vous est pas difficile d'en connaître la cause. Le vice a passé dans ces races et en a rongé les fibres vives. Il n'épargnera pas même les nations. Un temps vient, et pour quel peuple n'est-il pas venu tôt ou tard ? un temps vient où l'histoire civilisée succède à l'histoire héroïque; les caractères tombent, les corps diminuent, la force physique et morale s'en va d'un même pas, et l'on entend de loin le bruit du barbare qui s'approche et qui regarde si l'heure est venue d'enlever du monde ce vieillard de peuple. Quand cette heure a sonné, quand un pays se sent trembler devant la destinée, qui a passé sur lui ? quel souffle a tari sa vie ? Toujours le même, la mort n'a jamais qu'un grand complice. Ce peuple s'est abâtardi dans les homicides joies de la volupté; il a versé son sang goutte à goutte, et non plus par flots, sur les champs féconds du dévouement; or il y a du sang versé de la sorte une vengeance inévitable, celle que subissent dans la servitude et la ruine toutes les nations finies » (i). Que les jeunes gens songent donc que <( chaque fois que le tentateur s'attaque à eux, que c'est l'ennemi de la vie, de la beauté, de la bonté, de la force, de la gloire, que c'est l'ennemi universel et national. » C'est l'ennemi de la France. Le sang que vous portez,

(i^ p. Lacordaike. — Conférence 22», 1844.

( IIASTETE ET VIRILITE 0,71

c'est le sang de la patrie bien-aimée ; il a coulé des veines des ancêtres dans les vôtres, il coulera demain dans celles de l'avenir : voudriez-vous qu'il n'arrive qu'appauvri, rare, corrompu, stérile dans les corps énervés de la génération prochaine ? Voulez-vous que l'épée de la France tombe en des mains tremblantes, au bout d'un bras sans force, ou qu'elle pende, importune aux flancs d'êtres vidés, qui ne vibreront plus que sous la secousse homicide de criminelles voluptés ? Jeunes gens, si vous avez au cœur l'amour de votre pa^^s, gardez pur le sang de la vieille France et ne tuez pas l'avenir que Dieu a déposé dans vos flancs (i).

La volupté va plus loin encore, elle s'attaque au cœur du jeune homme. Chacun pour soi, voilà la devise des jouisseurs. En dehors de cette maxime, érigée en principe, il n'y a plus rien. Ne leur demandez pas d'avoir l'âme assez grande pour travailler et pour se dévouer au bien de leurs concitoyens; n'exigez pas de ces êtres qui ne vivent que pour eux d'avoir le cœur largement ouvert aux misères et aux souffrances d' autrui; il y a dans les sens un égoïsme naturel, un orgueil inné qui dévorent les plus belles qualités du cœur et en brisent les fibres les plus délicates. Il sait, le voluptueux, qu'il fait rougir son père et désespère sa mère, qu'il installe la honte et la douleur au fover dont il

'i) Cf. p. Sertillanges. — Xos vrais Ennemis ; Le vice antisocial.

devrait être l'honneur et la joie, que ses heures de plaisir engendrent des jours de tristesse et de terreur à ceux qui ont comme pétri sa vie de leurs sueurs et de leurs larmes, que lui importe? Les supplications les plus ardentes, les perspectives des catastrophes les plus terribles ne vaincront pas son égoïsme. Il s'amusera en dépit de tout et pour satisfaire ses passions, il immolera gaiement son âme, sa conscience, il sacrifiera sa vie qu'il a le devoir de garder, celle des autres, et lui fallut-il ramper dans la boue aux pieds de la plus vile des créatures, il rampera.

(( J'ai déjà vu dans ma vie bien des jeunes gens, écrivait le P. Lacordaire, dans une des pages qu'il faut relire et méditer, et je vous le déclare; je n'ai jamais rencontré d'âmes aimantes que les âmes qui ignoraient le mal ou qui luttaient contre lui. Une fois, en effet, qu'on s'habitue aux émotions violentes, comment voulez -vous que le cœur, une plante si délicate, qui se nourrit de quelques gouttes de rosée tombant çà et là pour lui ; qui s'ébranle par de légers souffles; qui est heureux pour des jours par le souvenir d'une parole qui a été dite, d'un regard qui a été jeté, d'un encouragement que la bouche d'une mère ou la main d'un ami a donné; le cœur, dont le battement est si calme dans sa vraie nature, presque insensible, à cause de sa sensibilité même, et de peur qu'il n'eût été brisé par une seule goutte d'amour, si Dieu l'avait fait

moins profond; comment, dis-je, voulez- vous que le cœur oppose ses douces et frêles jouissances aux jouissances grossières et exagérées du sens dépravé? L'un est égoïste, l'autre généreux; l'un vit de soi, l'autre hors de soi; entre ces deux tendances, l'une doit prévaloir. Si le sens dépravé l'emporte, le cœur se flétrit peu à peu, ils ne sent plus la force des joies simples; il ne va plus vers autrui; il finit par ne plus battre que pour donner son cours au sang, et marquer les heures de ce temps honteux dont la débauche précipite la fuite. Mais quoi de plus abject que de tuer le cœur dans l'homme ? Que reste-t-il de l'homme quand son cœur ne vit

plus ? ))

Jeunes gens si vous voulez être forts il faut être purs. Toutes les saintes réserves que la Providence si libérale a déposées en vous, vous sont nécessaires pour mener à bonne fin l'œuvre de votre vie. Toute déperdition de force est dangeureuse pour votre organisme qui en a besoin pour parachever son développement. Toute excitation factice a un fâcheux contre-coup sur votre système nerveux en voie d'évolution. Tout gaspillage du cœur porte atteinte à la délicatesse de vos sentiments. Toute abdication de la volonté vous rend moins hommes.

Tandis que l'impureté vous annihile et vous tue, la pureté au contraire vous fortifie et vous conduit à la plénitude de la vie.

SOYEZ Df:< HOMMES. — 18.

lyA Chasteté est une vertu vivifiante.

Bt tout d'abord au point de vue de la santé physique. Je n'ignore pas qu'aujourd'hui, dans certains milieux, il est de mode d'écrire et de dire que l'abstention totale des plaisirs sensuels est préjudiciable à la santé des jeunes gens. Jouir, avec le moins de risque possible et en évitant les excès, voilà l'idéal de tout un monde dont Renan et d'autres littérateurs en vogue, ont été ou sont encore les prophètes.

Que des écrivains sans conscience ni vergogne, dont le seul but est de spéculer sur une curiosité malsaine en corrompant la jeunesse, osent affirmer que la continence est nuisible et que ceux qui ne goûtent pas aux plaisirs sont des êtres diminués, niais, quoi d'étonnant à cela ? Sous la plume de ces stylistes, faiseurs de pornographie médicale on trouve tant de choses sinon absurdes du moins étranges, que cette affirmation n'a rien qui nous surprenne. Mais que des médecins, c'est-à-dire des hommes qui chaque jour sont aux prises avec les misères de notre pauvre nature et qui passent leur temps à arrêter, quand ils le peuvent, les ravages de ce vice qui s'incruste si profondément dans notre chair, osent écrire de pareilles balivernes et aient la cynique impudence de conseiller aux jeunes gens

malades qui les consultent, de s'amuser un peu s'ils veulent recouvrer la santé, éviter les maux de tête et travailler avec plus d'ardeur, cela dépasse les bornes du permis. Heureusement que le plus grand nombre de nos médecins, aussi bien en Europe qu'en x\mérique, et c'est parmi eux que se recrute l'élite du corps médical, enseignent que non seulement la chasteté n'est pas nuisible, mais qu'au contraire elle est nécessaire à la santé et à la ligueur du corps. Ceux qui sont purs sont plus forts, disent-ils, plus résistants à la fatigue, mieux armés contre les germes de certaines maladies générales qui arrêtent si souvent les jeunes gens dans leurs travaux au moment où ils donnent leur dernier effort pour assurer le succès de leur carrière.

« Il faut surtout enseigner à la jeunesse masculine, disait le docteur Neisser, que non seulement la chasteté et la continence ne sont pas nuisibles, mais encore que ces vertus sont des plus recommandables au point de \nie médical. )>

(( Nous condamnons énergiquement, comme une doctrine des plus pernicieuses, calculée pour ser^âr le mal et encourager la pire forme du vice, la théorie qui veut qu'un préjudice quelconque puisse découler d'un célibat chastement conservé » (i).

« La chasteté ne nuit pas plus au corps qu'à

(l) Dr George H. Xapheys. — L.: Trnusniission de la Vie.

l'âme. Sa discipline est préférable à toutes les autres.... Parmi les nombreux névropathes et hypocondriaques qui sont venus me consulter au sujet des relations immorales^ je n'ai pas entendu un seul dire qu'il s'en fut trouvé mieux portant ou plus heureux « (D^ Sir James Paget).

« Il est une idée singulièrement fausse et qu'il importe de combattre parce qu'elle assiège non seulement l'esprit des enfants, mais encore celui des pères qu'elle semble autoriser à prendre leur parti de l'inconduite de leurs fils : c'est l'idée des dangers imaginaires d'une continence absolue.

La virginité des jeunes gens est une sauvegarde physique, morale et intellectuelle » (D^ B. Périer).

En décembre 1887, la faculté de ]^Iédecine de l'Université de Christiania faisait la déclaration suivante : « L'assertion proférée récemment par plusieurs personnes et reproduite dans des journaux et des assemblées publiques, qu'une vie de pureté et de moralité serait préjudiciable à la santé, ne repose, suivant nos expériences constatées à V unanimité^ sur aucun fondement. Nous n'avons jamais eu connaissance d'un préjudice quelconque résultant d'une vie absolument pure et morale. » <

Quelques années plus tard, en septembre 1902, la conférence internationale de prophylaxie sanitaire et morale, émettait au Congrès de Bruxelles, le vœu suivant : « Il faut enseigner à la jeunesse masculine que non seulement la chasteté et la

CHASTETi: KT VIKir.ITK

continence ne sont pas nuisibles mais encore que ces vertus sont des plus recommandables au point de vue purement médical et hygiénique. »

Nous pourrions multiplier les citations, mais à quoi bon ? Est-ce que vous ne pouvez pas en expérimenter vous-mêmes toute la vérité? Vous connaissez parmi vos camarades des jeunes gens chastes, — car il y en a encore, grâce à Dieu, et même dans des milieux peu favorables à l'éclosion de cette plante délicate, — beaucoup parmi eux, n'ont-ils pas de robustes santés, ne sont-ils pas pleins de vigueur aux jeux; leur intelligence est-elle moins brillante que celle des noceurs? So^'ez bien persuadés qu'ils ne souffrent pas d'atroces douleurs du seul fait qu'ils sont purs. Pourriez-vous en affirmer autant de la masse des viveurs de votre entourage ? Et que diriez- vous s'il vous était donné de pénétrer dans l'intime de leur vie ! Ils s'amusent, mais ils paient souvent chèrement leurs plaisirs. Votre expérience personnelle ne vous apporte-t-elle pas parfois un énergique confirmatur à ce qu'enseigne la médecine ? Quelle est la cause ordinaire de ces abattements, de ces prostrations que vous ressentez à certains jours ? Cela provient-il d'un travail physique ou intellectuel trop intense ? C'est possible. Mais le plus souvent n'êtes-vous pas fatigués avant même d'avoir travaillé, à l'heure où vous venez de prendre le repos qui aurait dû réparer vos forces ? . . . La réponse à ce pourquoi, si vous avez

la franchise de l'avouer, c'est que vous n'avez X-)as su résister à une tentation et que vous avez gaspillé des énergies qui étaient nécessaires à votre santé.

Vivifiante au point de vue physique, la chasteté l'est aussi au point de vue moral.

Notre société contemporaine, dans certaines de ses sphères ressemble à un mauvais lieu où tout est organisé pour faire tomber les imprudents qui s'y aventurent ou les malheureux qui sont obligés d'y vivre. Les réunions mondaines ne sont-elles pas la plupart du temps de simples excitations sensuelles ? La littérature la plus en vogue, celle que l'on trouve partout, n'a-t-elle pas pour but de glorifier les passions les plus viles ? Dans les rues, nos yeux ne sont-ils pas à chaque instant attirés par des affiches ou des gravures obscènes, étalées aux vitrines des magasins ou des restaurants les plus fréquentés? Les jardins publics et les palais nationaux sont peuplés de nudités. Dans les conversations, on rit bêtement de la pureté d'un jeune homme de vingt ans, on raille la pudeur et on s'amuse de l'amour comme d'une drôlerie ou d'une gaudriole. Partout on coudoie la tentation sous toutes les formes, mais surtout sous celle de ces êtres de malheur façonnés et parés pour la séduction.

Si nous ajoutons à toutes ces excitations extérieures celles qui Jviennent de notre propre nature, on comprendra aisément que la lutte soit dure,

angoissante et la victoire difficile. ]\rais là précisément se trouve un des plus puissants mo^^ens de fortifier la volonté que nous ayons à notre disposition.

Habituez- vous, entraînez- vous à demeurer chastes, non seulement dans votre corps mais aussi dans vos pensées et dans vos désirs. L'li3^giène sagement comprise, le travail actif, les sports avec leurs diversions sont excellents pour lutter contre le mal, mais insuffisants. Sans une volonté énergique vous n'arriverez pas à de grands résultats et vous n'aurez peut-être même pas la force de persévérer dans l'emploi de ces moyens curatifs etpréser\^atifs.

Chaque jour et à chaque instant du jour, il faudra par un acte de volonté imposer silence aux sourdes poussées de la chair, dissiper les imaginations lubriques. Vous aurez à dire un non catégorique à ce camarade qui vous entraîne à des actions que proscrit votre conscience, vous aurez à vous éloigner de ce lieu où votre vertu pourrait sombrer.

De plus, vous devez éviter tout excès et tout plaisir amollissant, bannir tout sentiment efféminé. En un mot, c'est la rudesse du cœur et l'austérité de la vie qui sont exigés, si vous ne voulez pas capituler avec la volupté.

Quelle ample moisson d'actes volontaires vous pouvez faire ! Quelle occasion incessante de vous façonner un solide tempérament moral ! Chacun

28o SOYEZ DES HOMMES

de ces efforts fortifiera votre volonté et cela d'autant plus qu'il vous aura coûté davantage. Et Dieu seul sait ce qu'il en coûte à certains moments pour chasser de son esprit une pensée qui l'obsède, pour détourner son regard d'un objet qui l'attire, pour arracher de son cœur une affection qui le pervertit, pour respecter toujours son corps et son âme.

Si pendant les années de votre jeunesse vous avez lutté courageusement contre cet instinct puissant ; si vous êtes sortis vainqueurs de ces épreuves préliminaires, votre volonté fortement aguerrie surmontera plus facilement les obstacles qui ne manqueront pas de se dresser devant vous sur les routes de la vie. Quoiqu'il arrive et quel que soit le rôle que vous a^^ez à remplir dans la société, vous saurez toujours aller droit votre chemin. Tandis qu'à vos côtés, tant d'autres à qui cette rude et crucifiante initiation aura manqué, s'en iront à tous les compromis et s'accommoderont de toutes les bassesses, vous, vous ne capitulerez jamais devant le devoir si pénible qu'il puisse être

Vertu vivifiante, la pureté est aussi une vertu

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