GÉNÉREUSE
Pourquoi l'Église catholique exige-t-elle de ses prêtres la pureté la plus absolue? C'est qu'elle veut
CHASTETÉ ET VIRir.ITÉ 2Sr
qu'ils soient des vaillants, mais c'est aussi pour qu'ils puissent se dévouer à toutes les œuvres nécessaires au salut des fidèles. L'histoire ecclésiastique, depuis les origines apostoliques jusqu'à nos jours, n'est-elle pas l'histoire des victoires de la charité et de la chasteté? Elle est innombrable la légion de ceux qui ont renoncé à tous les plaisirs mêmes légitimes pour se donner totalement à Dieu et aux hommes. Cette angélique vertu est la base de toutes les œuvres de dévoûment qui, comme une merveilleuse floraison, se sont épanouies sur notre terre de France, la terre classique de l'apostolat.
Dans la mesure même où vous serez purs, jeunes gens, vous saurez vous sacrifier pour la gloire de Dieu et pour le bien de vos frères. La jeune armée catholique, celle qui travaille et se dévoue et non pas celle qui parade et plastronne orgueilleusement devant les foules, où se recrute-t-elle ? Chez les jeunes au cœur pur. Les héros de nos œuvres sont les héros de la chasteté. Ils savent lutter parce qu'il y a longtemps qu'ils ont appris l'art difiicile de la guerre; ils savent se dépenser, car ils connaissent ce que c'est que le sacrifice, leur vie tout entière, celle que l'on ne voit pas, n'estelle pas un crucifiement perpétuel ?
Qu'elle est belle cette race des jeunes gens purs, marqués au front du signe de la virilité! Les yeux aiment à se reposer sur eux. La noblesse de leur visage, la fierté de leur attitude, la dignité de leur
vie charment et attirent. C'est une beauté à laquelle personne ne résiste. Les premiers jours du printemps, a-t-on dit, ont moins de charmes que les vertus naissantes du jeune homme, (i)
(i) Ouvrages à lire : P. LacORDAIRE, Conférences de Notre-Dame, année 1844; — Xos vrais Ennemis, parle Père Sertillaxges (Lecoffre. Paris) ; — La Pureté, préservation, direction, imitation, par J. RENAULT (Lethielleux, Paris); L'Education de la Pureté, par l'Abbé FON'SSAGRIVES (Poussielgue. Paris) ; — Ce que tout jeune homme doit savoir, par Sylvaxus Stall; — La vie de jeune honmte, par le D^ Surbled (Maloine. Paris); — Le Vice et le Péché, par P. Janvier (Lethielleux. Paris); — La Régie des Mœurs, par l'x^bbé ViGXOT ''Poussielgue. Paris) ; — Dans la Mission de la Jeunesse Contemporaine, le chapitre « Les Passions », où sont indiqués les ravages de l'impureté au point de vue intellectuel.
XYI Sursum Corda! — L'idéal
Sursiim Corda! — L'idéal.
S'il y a parmi la jeunesse d'aujourd'hui tant de médiocrité, de vulgarité ; si l'on rencontre tant de fantoches qui sur les trottoirs de nos grandes villes ((traînent au r3^thme craquant de leurs escarpins vernis, une existence vide de tout, de sentiments comme d'idées;» s'il y a tant d'âmes banales, effacées dont l'unique ambition est de suivre paisiblement l'ornière et de se tailler une petite place où elles pourront jouir en paix des douceurs de la vie, c'est que, parmi nous, on ne connaît plus la passion de l'idéal. Et, si à côté de cette innombrable légion qui suit les sentiers battus, il y a toute une armée de jeunes gens qui gaspillent dans de honteuses orgies leurs meilleures années et compromettent gravement leur avenir ph^^sique et moral, est-ce que cela ne provient pas du défaut d'idéal plus que du manque d'occupation ou d'une augmentation des occasions de débauche ?
Non seulement les jeunes gens n'ont plus d'idéal, mais ils s'en moquent. A notre époque de vie pratique intense, disent-ils, on n'a que faire de cette
puérile chimère^ bonne tout au plus pour les Don Quichotte du Moyen-âge ; ce qu'il faut avant-tout, c'est brasser des affaires, ramasser de l'argent pour s'amuser. S'emparant du mot de Stirner, ils accusent l'idéal d'être un pion, dont on s'amuse et dont il faut à tout prix se débarrasser, parce qu'il est gênant. N'a-t-il pas la prétention d'entraîner notre vie sur les sommets, en l'arrachant à la hantise des bas- fonds où elle se traîne ?
« Ces injures contre l'idéal sont, selon nous, des injures contre l'intelligence même. ly'huître, à coup sûr, n'a pas d'idéal, mais elle n'a pas davantage de science, ni de philosophie. Dès qu'on fait œuvre d'intelligence, on distingue, on classe, on apprécie, on évalue» (i).
Objet de la risée, l'idéal s'est enfui à tire d'ailes. Nos écrivains les plus en vogue le constatent. «Il n'y a plus de flamme dans les yeux de notre génération », écrit l'un d'entre eux (2). « Un vent de cimetière souffle sur notre siècle.... Cela sent la mort d'un bout de l'Europe à l'autre» (3).
Vos cerveaux de vingt ans ont besoin d*un idéal. Lui seul est capable, s'il est grand, noble et si vous lui livrez votre âme avec toutes ses puissances, de vous rendre dignes de remplir votre mission, parce que seul il peut faire de vous des hommes au
(i) Fouillée. — Eléments sociologiques de la morale, p. 319.
(2) A. Daudet. — La petite paroisse.
(3) E.-M. DE Vogué,
LUSLM CORDA î 287
vouloir énergique, au caractère solide et stable comme le granit des montagnes, ferme et pénétrant comme l'acier ; parce que seul aiLssi il peut servir de dérivatif assez puissant pour vous détourner des passions inférieures qui vous avilissent et vous attirent en bas.
Tous nous possédons, au plus profond de notre être, une incomparable réserve d'énergie. ^lais, pour que ces forces arrivent à leur perfectionnement, donnent leur maximum de rendement, il est absolument nécessaire de leur fixer un but ; non pas un but qui se perde dans le vague du brouillard, mais un but précis. Il nous faut une étoile polaire, vers laquelle nous puissions, même aux heures les plus sombres, diriger nos efforts.
Sans cela qu'arrive-t-il? Xous nous débattons dans une mer de perplexités et d'hésitations, ne sachant pas où aller. Nous travaillons, nous peinons nous endurons peut-être le plus torturant des martyres, celui qui consiste à piétiner sur place ou à reculer aussitôt qu'on avance, pour aboutir à rien. Que de vouloirs perdus, de vies désorientées, d'efforts vains, de dévoûments prodigués en pure perte, parce que l'on n'a pas su au juste pourquoi on travaillait!
Il faut à notre vie un but précis. Centre unique, il servira de point de ralliement pour tous les élans
généreux de notre âme. Toutes nos pensées, toutes nos affections, toute notre activité seront pour lui.
Ayez toujours devant les yeux un idéal ; comtemplez-le, étudiez-le, laissez-vous absorber,] 'allais dire h3'pnotiser par lui; aimez-le passionnément, follement. Alors toutes voiles tendues au vent qui souffle du large, gagnez la haute mer. C'est le seul moyen de faire quelque chose et d'être quelqu'un. « Un homme est sans valeur s'il n'a pas en lui une haute dévotion à un idéal », écrivait le président Roosevelt, dans la Vie Intense.
Cette influence d'une idée sur une vie s'explique. L'objet de la volonté, c'est le bien, réel ou apparent. Pour que cette puissance puisse se porter vers son objet, il faut non seulement qu'il soit présent physiquement, mais il est nécessaire que je le connaisse. Ce que je ne sais pas ne me fait pas mal au cœur, dit un vieux proverbe allemand, traduisant sans érudition, mais avec beaucoup d'à propos, le classique Ignoti nulla cupido. On peut connaître une chose, dit saint Augustin, ne pas l'aimer et ne pas la faire, mais il n'est pas possible d'aimer et défaire ce qu'on ne connaît pas.
Comment ma volonté qui n'a point de relations directes avec les sens, connaîtra-t-elle son objet, en face duquel elle peut se trouver sans le savoir ?
Le seul flambeau qui éclaire les objets dans Vâme^ c'est la pensée. La volonté dépend de la connaissance. Par elle nous savons clairement où nous devons
SI RSTMF COROX
aller et ce que nous avons à faire. C'est le phare qui nous montre le port où nous trouverons notre bien, et nous indique, par son lumineux sillage, la route à suivre.
Il faut montrer à la volonté ce qu'elle doit vouloir. Plus la lumière projetée par l'intelligence sera intense, plus l'objet apparaîtra avec toutes ses qualités et tous ses défauts, et plus aussi la volonté, par son mouvement instinctif d'attraction ou de répulsion qui l'incite à rechercher le bien et à fuir le mal, se portera vers lui ou s'en éloignera. Sans cette présentation lumineuse des objets, notre volonté est réduite à l'impuissance. Où aboutir en effet si nous n'avons pas de but ? Nous ne trouverons rien si nous ne cherchons rien. Semblables au navigateur imprudent qui prend la mer par une nuit sombre sans emporter ni carte ni boussole, et se trouve ainsi à la merci du vent et des courants contraires, nous marcherons dans les chemins de la vie sans savoir où nous allons, poussés par le caprice et entraînés par les influences les plus contradictoires.
D'où la nécessité d'avoir des idées claires et précises sur le but à atteindre et sur les moyens à prendre pour y parvenir, si nous voulons que notre volonté avec toutes ses énergies quasi infinies, s'y porte. Que ce but dans lequel nous vo^^ons notre bien, notre perfectionnement, peut-être notre fin ultime, soit toujours là, présent devant nous et toujours
nous le voudrons. Cela est tellement vrai que si l'objet contenu dans l'idée est le bien absolu et universel, ou du moins s'il nous apparaît comme tel, notre volonté se porte nécessairement vers lui ; car elle veut son bien, et ne demande qu'une chose dès qu'il apparaît : le posséder.
Il faudrait donner des exemples pour montrer la puissance d'une idée sur une vie. Je réserve à chacun de mes lecteurs le soin de faire cette constatation, non pas seulement dans la vie des héros et des saints, mais dans celle des personnes de son entourage, peut-être même, je le souhaite de grand cœur, dans sa propre histoire,
Avoir un idéal, c'est avoir une raison de vivre, a dit M. L. Bourgeois. C'est aussi un moyen de vivre une vie plus pleine y plus haute. Pourquoi tant de jeunes gens pataugent-ils dans tous les bourbiers de l'impureté ? C'est parce qu'ils n'ont aucun sentiment noble dans le cœur ; et leur cœur se plaît dans le bas et le vulgaire parce qu'ils n'ont aucune idée élevée dans la tête. Ils n'ont pas d'idéal.
Nos forces, ce n'est un mystère pour personne, sont très limitées. Toute la diplomatie de notre perfectionnement consiste à les détourner des occupations inférieures pour les diriger, après les avoir groupées, vers un but supérieur. Mais pour cela, il faut que ce but soit assez puissant, assez captivant pour attirer à lui toutes nos énergies. Il faut qu'il soit si exclusiviste qu'il absorbe conti-
SURSLM Crmi»A 1 >.()l
nuellemeiit toutes nos facultés, de sorte que nous n'a^^ons plus ni pensée, ni désir pour autre chose. N'est-ce pas une excellente tactique pour lutter contre les mauvais instincts qui rugissent parfois si terriblement dans nos jeunes cœurs? Au lieu de nous épuiser et de passer les meilleurs instants de notre vie dans un combat douloureux contre nos passions déréglées, n'est-il pas plus simple et en même temps plus profitable de les laisser mourir d'inanition en leur coupant les vivres ? Substituons aux passions inférieures les passions de l'ordre supérieur, qui ont une plus grande puissance d'accaparement. Enlevons le sceptre à la chair qui avilit pour le donner à l'esprit qui exalte et grandit. ' L'ambition ardente, a écrit avec beaucoup de vérité Vauvenargues, exile les plaisirs dès la jeunesse pour gouverner seule. »
Un jeune homme à qui je demandais un jour comment dans le milieu où il vivait, et qui n'était certes pas le paradis terrestre, même en miniature, comment il avait pu se conserver chaste, me fit cette réponse : « Mais, mon père, je n'ai jamais eu le temps de m'occuper de ces choses-là. Du matin au soir, je suis tellement absorbé... et puis voyezvous cela ne me dit rien. »
Cela ne lui disait rien ! mais pourquoi ? parce qu'il avait dans le cœur un autre attrait, un autre amour, plus fort, qui entraînait toute son activité intellectuelle et physique vers un but supérieur.
Je ne sais pas ce que ce jeune homme deviendra, mais certainement s'il est toujours occupé et aussi noblement occupé, la folle végétation des passions d'en bas qui germe si facilement dans notre chair déchue, ne trouvera pas un sol propice pour éclore, ou si dans un moment d'oubli, il lui laisse le champ libre, elle mourra bien vite, faute de suc et de sève.
Est-ce à dire que la poursuite ardente d'un idéal suffit à éteindreles passions mauvaises et à empêcher toute révolte ? Hélas non ! Quand on a vingt ans il faut s'attendre à bien des tempêtes. Dans ces moments de lutte terrible, l'idéal nous sera encore d'un puissant secours, il nous servira de dérivatif.
Pour vaincre nos bas instincts, il ne faut pas d'ordinaire les attaquer en face, car souvent nous obtiendrions un résultat contraire. Plus on leur résiste, plus ils s'irritent et se cabrent, et la lutte devient si ardente que nous nous laissons vaincre. Au lieu de parlementer, de discuter, résolument entraînons ailleurs toutes nos énergies en révolte, notre imagination, notre sensibilité, notre mémoire, arrachons-les à la tyrannie du plaisir pour les mettre sous le joug de l'idéal. C'est la meilleure des diversions.
Quel sera votre idéal?
Quand on est jeune d'âge et surtout quand on a|
l'âme jeune, chevaleresque, vaillante, il faut rêver