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cet idéal grand, sublime. Il faut se dégager, comme à grands coups d'ailes, des fanges d'ici-bas, pour s'élever bien haut dans l'azur bleu du ciel.

La jeunesse doit être ambitieuse, non pas de cette ambition fondée sur l'orgueil, et qui, pour arriver, sacrifie tout sans scrupule, foule aux pieds sa conscience et essaye de jeter à terre tous ses rivaux, afin de s'élever sur leurs ruines. Ne soyez pas de ces arrivistes à tout prix, qui dans leur infatuation se croient des aptitudes et des droits pour toutes les places et qui ne voient dans les situations que l'honneur sans prendre garde aux obligations et sans même se demander s'ils sont capables de les remplir. Soyez des travailleurs obstinés qui, par leurs efforts énergiques, veulent sortir de la banalité, s'élever au-dessus de la taille commune, et cela dans toutes les sphères.

Sans doute, il ne faut pas vous laisser prendre au mirage trompeur d'une ambition trop au-dessus de vos forces et de vos aptitudes ; mais avant de douter de vous-mêmes, faites au moins l'essai lo^^al de ce que vous pouvez accomplir. Ne répétez pas à tout venant, sur un ton de pleureur découragé : c'est inutile, je n'arriverai à rien. Parler ainsi, c'est de la lâcheté, de la veulerie.

Si ceux qui sont devenus de grands savants et de grands saints, et ont rendu, en même temps qu'ils augmentaient son patrimoine de gloire et de vertu, tant de services à l'humanité et à la société chré-

tienne, s'étaient fait le même raisonnement que vous, où en serions-nous du progrès ? Il faut parmi nous des jeunes cœurs dévorés d'ambition, des têtes que le coup de clairon de la gloire exalte et porte en avant; des jeunes gens qui ne restent pas froids et sans désirs à la pensée des baisers de la renommée. Au lieu de les blâmer, de leur susciter des obstacles, sous le faux prétexte d'une humilité qui n'est pas celle de l'Evangile, de les obliger à enfouir des talents que la Providence leur a donnés, notre devoir à nous qui sommes plus âgés, est de les admirer et tout en les ramenant dans les sentiers de la prudence, de les encourager. Il n'3' a pas assez parmi nous de ces jeunes gens-là. Les aptitudes certes ne manquent pas, ce qui fait défaut ce sont les occasions de les manifester, — à nous de les faire naître !

Faites- vous un idéal, mais faites-le élevé, de façon que votre cœur épris de lui, ne se laisse plus séduire par le mirage trompeur de toutes les convoitises humaines. Qu'il soit supérieur à l'argent et alors la passion de devenir riche n'aura plus de place dans votre âme ; qu'il soit plus haut que les plaisirs vers lesquels la masse des hommes se rue, et alors malgré la tentation, votre cœur pourra se dilater en aspirant l'air pur des sommets et rien ne viendra vous détourner du but que vous aurez résolu d'atteindre.

En vous parlant d'idéal, mes yeux sont fixés, non pas sur un modèle terrestre, mais sur ce modèle que tous les vrais chrétiens doivent reproduire dans leur

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vie et devant lequel tous les autres ne sont que poussière, Jésus-Christ. Un idéal humain n'a de valeur qu'autant qu'il nous rapproche de ce modèle divin.

L'élévation, la générosité, la patience, admirable trilogie qui intègre toute grandeur véritable, où ont-elles brillé d'un plus vif éclat que dans la personne de notre Maître ? A côté de lui, que sont les héros de l'antiquité païenne?

« Le Christ a été grand, s'écriait fièrement le P. Lacordaire. Il n'a pas été grand seulement parce qu'il était Dieu dans l'humanité: jeVoile le caractère de sa divinité, je ne considère, un moment, que l'homme lui-même, et je me demande s'il y a eu un homme sur la terre qui ait laissé des vestiges plus héroïques, plus grands, plus majestueux que celuilà. » « Générosité dans ses embrassements qui s'étendaient à tous, élévation dans son principe qui était la charité, dans son moyen qui était la même charité, patience au-dessus de tout et véritablement infinie : voilà ce qui a fait de Jésus-Christ le héros par excellence. » (i)

Le Christ, et par conséquent Dieu lui-même ^ voilà notre idéal. Cet idéal n'est pas abstrait, mais il est vivant, communicable. Depuis le jour ineffable où par l'Incarnation, le Fils de Dieu est devenu mon frère, j'ai droit, c'est saint Paul qui l'affirme, à l'héritage céleste. Dieu se donne à moi et en se

(i) Discours sut la grandeur du Caractère.

donnant, il me communique sa vie. La générosité, l'élévation, la patience, autant d'héritages promis à mon cœur, à mon intelligence, à ma volonté.

Fils de Dieu, je dois mesurer mes pensées sur les pensées divines; dans toutes mes actions je ne dois pas avoir d'autre but que celui qu'il poursuit luimême, sa gloire. Bt, comme rien ne peut contrecarrer les décrets de sa sagesse éternelle, rien ne doit me faire dévier de cette ligne de conduite.

Frère du Christ, je serai généreux comme lui, je me sacrifierai pour la gloire de Dieu et le salut du prochain, et s'il le fallait, je supporterai tout, même la mort.

Enfant de l'Eglise^ je l'imiterai dans sa fidélité au Christ. De même qu' elle n' a j amais cédé, j amais reculé, malgré les menaces et les persécutions, je resterai inébranlablement ferme dans mes convictions ; j 'observerai sans lâcheté tous ses commandements.

Voilà notre idéal. En face d'une telle grandeur, nous sentons peut-être le découragement nous envahir. Comment, nous si faibles, pourrons-nous atteindre de telles hauteurs?

Ce découragement serait légitime si nous avions comme but de réaliser pleinement cet idéal. Mais Dieu qui nous connaît, ne nous demande pas l'impossible. Ce qu'il e::iige de chacun de nous, c'est que nous fassions chaque jour des efforts pour nous en approcher davantage. Dans toutes nos actions, même les plus humbles nous ne devons pas avoir d'autre but.

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Si vous voulez que cet idéal ait une influence réelle sur votre vie, il faut avoir en lui une foi ardente et il faut V aimer d'un amour enthousiaste.

(( On a souvent, dit M. Paul Bourget, décrit les origines de cette dispepsie morale dont souffre notre humanité : l'abus de l'analyse, le libertinage précoce, le surmenage intellectuel, l'instabilité politique. :\Iais après toutes ces causes secondes, il a bien fallu remonter à la cause première : l'absence de toute foi, l'incertitude.... En s'en allant, la foi a laissé dans ces sortes d'âmes une fissure par où s'écoulent tous nos plaisirs. » Et ailleurs, l'illustre académicien ajoute : « à une école pour nous bien lointaine, quoiqu'elle soit toute voisine, le monde apparaissait comme l'œuvre d'un père. Une âme, non pas semblable à la nôtre, mais la comprenant, faisait flotter son souffle à l'horizon de notre existence. C'est parce que ce souffle ne passe plus sur nos fronts que la fleur de notre pensée se fane mélancoUquement dans la vitalité de sa grâce et de sa force. )>

Comment voulez-vous faire quelque chose si vous n'avez pas foi dans votre art, dans votre science, dans votre doctrine? « Pourquoi m' enflammerais- je pour l'idéal, s'il n'est qu'une création éphémère de mon cerveau ? Pourquoi déploierais- je toutes les grandes ailes de ma pensée, si vous m'emprisonnez

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dans ce monde fini, et si une science exclusive, voilant devant moi toutes les perspectives de mes horizons, me fefoule dans le cercle borné de ses expériences ? Si je ne suis qu'un être d'un jour, vautil la peine que je me laisse aller à rêver d'infini ? Non, non, si je viens de la terre, je n'ai qu'à m'y traîner, à y languir, à y ramper ; et, si les cieux sont vides, je serais bien naïf d'en célébrer la gloire. Cet azur attrayant est un piège ; il me semble transparent, et il n'est qu'un voile lugubre sous les plis duquel je n'ai qu'à vivre un instant et à mourir sans espoir ».

De même, « pour me rendre meilleur, il faut que je croie au bien, à l'obligation qui m'enchaîne à lui, il faut que je croie à ma liberté, à ma responsabilité, car, si je ne suis pas libre et responsable, je ne puis disposer de moi, me conduire au bien, m' éloigner du mal. Il faut que je croie non seulement à l'utile dont je ne puis me priver sans souffrance, à l'agréable dont je ne puis me priver sans sacrifice, au nécessaire dont je ne saurais me priver sans péril, mais il faut que je croie à l'honnête, dont je ne puis m' affranchir sans lâcheté et sans honte. Il faut que je croie que les héros du devoir ne sont pas des naïfs, ni le devoir une illusion ; et si je m'en vais de ce monde, égorgé par un sicaire, écrasé par un tyran, il faut que je m'en aille, le cœur épanoui, l'âme sereine, convaincu que devant une loi incorruptible et vengeresse passeront tous ceux qui ont

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vécu, ceux qui ont souffert et ceux qui ont fait souffrir, les bourreaux et les victimes. Il faut que je croie à l'éternelle balance qui pèsera dans la justice les âmes \dvantes, leurs vertus, leurs sacrifices et leur martyre.

Si le scepticisme renverse ces croyances, comment voulez- vous que la vie morale subsiste ? s'il les ruine sans merci, est-il possible que l'homme de bien, le vir, l'homme de lutte contre lui-même, de dévoûment à outrance, l'homme qui ne calcule pas avant tout ses intérêts et ses plaisirs, mais qui place toujours en première ligne l'honnêteté, la justice, l'abnégation, l'homme qui a la vertu gravée dans sa chair palpitante, est-il possible que cet homme vive ? Non, tous ceux qui sont en rupture de ban avec la vertu ont leurs convictions démantelées, et tous ceux qui font le bien regardent du côté de Dieu et de l'éternité. Le dernier mot de la vertu est au-delà de la tombe » (i) .

Ne vous laissez donc pas prendre aux séductions d'un scepticisme désenchanté, mis à la mode par quelques grands esprits et si facilement accepté par beaucoup de petits, qui dès qu'il s'agit d'idéal dépassant la sphère de leurs mesquins intérêts, ont sur les lèvres les mots de chimère et d'utopie. Ayez foi en lui, mais que cette foi soit profondément chevillée en votre âme. N'est-ce pas ce

(i) p. DiDON'. — Lu Science sans Dieu.

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qu'a si gracieusement chanté un de nos poètes (i) :

Si vous voulez chanter, il faut croire d'abord : Croire au Dieu qui créa le monde et l'harmonie, Qui d'un de ses rayons allume le génie. Et se révèle à lui dans le plus humble accord : Si vous voulez chanter, il faut croire d'abord.

Si vous voulez combattre, il faut croire d'abord :

Il faut que le lutteur affirme la justice;

Il faut pour le devoir qu'il s'offre en sacrifice,

Et qu'il soit le plus pur s'il n'est pas le plus fort :

Si vous voulez combattre, il faut croire d'abord.

Il faut de plus aimer cet idéal, c'est-à-dire se donner à lui tout entier et pour lui être prêt à tous les sacrifices. Il est difficile de devenir cet homme idéalement entrevu que vous voulez être, soit à cause des efforts que vous devrez faire, soit à cause du temps que vous devrez y consacrer et des ennemis que vous aurez à renverser. C'est pénible, mais vous pouvez mener ce travail à bonne fin.

Dans votre cœur où se combattent tant de désirs contraires, tant d'affections opposées, et où il y a parfois tant de misères, il y a une chose qui rachète tout et permet de tout entreprendre, c'est ce que H. Spencer appelait le grand moteur, le moteur indispensable, V enthousiasme (2). Cette flamme qui s'allume vite quand on a une idée fixe dans l'esprit,

(i) Eugène Manuel. — Viatique.

{2) H. SpenXER. — Éducation morale, 172,

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qui nous transforme, qui nous brûle au cœur et qui « attache à nos épaules des ailes blanches avec lesquelles on vole comme la colombe, bien au-dessus du solj vers les horizons célestes ».

Ayez de l'enthousiasme pour votre idéal. Vous en avez besoin, nous en avons tous grand besoin en ce temps où l'on ne rencontre partout que des blasés, des découragés, et où l'envahissante torpeur de l'égoïsme et du laisser-faire nous engourdit si facilement.

Restez jeunes d'âme. « Par la vigueur et la sincérité de l'intelligence, par l'énergie de l'initiative, la fermeté persévérante du vouloir, la droiture et l'élévation du caractère, vous devez être des hommes vraiment hommes. Mais sachez aussi conserver la vaillance et la confiance, la spontanéité et l'affectuosité du cœur « ce quelque chose de léger, de gai et d'ailé )) qui fait tout à la fois la force et la grâce de la jeunesse.

Restez jeunes, restez enfants même, par la sincérité candide de l'affection, par l'abandon radieux de la tendresse. Conservez intacte en vous la puissance d'aimer, demeurez capables de confiantes sympathies, de vigoureuses admirations, d'indignations courageuses aussi; ne laissez pas s'éteindre en vous le feu sacré » (i) .

Restez jeunes de cette divine jeunesse qui met

ji F. Malapert. — Aux Jeunes Gens; — La Conception de la Vie.

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au front un trait de ressemblance avec l'étemelle Trinité. Préservez votre âme de tout ce qui peut la ternir et la glacer. Gardez, dans la fraîcheur embaumée de VOS sentiments, oh gardez ! je vous en conjure, la foi invincible à l'idéal rme fois entrevu. Mettez, sans avoir jamais peur d'être dupes de votre générosité, sans avoir peur d'être entraînés trop loin dans la voie du dévoûment et de l'abnégation, mettez toute votre énergie, toute votre fougueuse et juvénile ardeur au service du rêve de beauté et d'amour qui manque rarement d'éclore dans une âme de vingt ans, surtout quand cette âme a conservé la virginité de sa foi au Christ. Sursum Corda ! En haut les cœurs !,toujours! Et qu'un jour, on puisse graver sur votre tombe, comme sur celle de Pasteur:

Heureux qui porte en soi Un Dieu, un idéal de Beauté

Et qui lui obéit :

Idéal de l'Art, Idéal de la Science,

Idéal de la Patrie, Idéal des vertus de l'Évangile (1).

Il) Ouvrages à lire : La science sans Dieu, par le P. DiDOX (Pion. Paris); — Le gouvernement de soi-même, par A. Eymieu (Perrin. Paris).

— A consulter : Psychologie des sentiments, par Th. RiBOT (Alcan. Paris) ;

— La Métaphysique des causes, par le R. P. de Régnon, S. J. ; — La certitude morale, par OllÉ-Lapruxe (Belin. Paris); — Mélanges philosophiques, par M. D'HULST (Poussielgue. Paris).

La Conscience.

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La Conscience.

Pour être des hommes et des chrétiens suffit-il d'avoir des principes, un idéal ? Non. Ce qu'il faut, c'est vivre, c'est réaliser ces principes jusque dans les moindres détails de notre existence. Et combien c'est difficile; j'allais dire impossible, si le mot impossible se trouvait dans le dictionnaire d'un français et d'un chrétien. Napoléon P^ ^ dit qu'il ne se trouvait que dans celui des imbéciles.

Nos journées se passent à outrager nos principes, à trahir par nos actes nos convictions les plus saintes. A mesure que nous sentons peser plus lourdement sur nos faibles épaules le poids de la déchéance originelle, nous constatons la terrifiante vérité de ces paroles de l'apôtre saint Paul : « Je ne fais pas le bien que j'aime et j'accomplis le mal que je haïs, ))

Pourquoi ces principes de vie droite et honnête, déposés par Dieu en notre raison, au moment même de notre venue en ce monde, ces principes de vie divine reçus au jour de notre naissance à

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la vie surnaturelle par le baptême et qui sous la chaude et bienfaisante influence d'une éducation pétrie de christianisme se sont développés^ pourquoi ne suffisent-ils pas à notre volonté ? C'est que, étant donné l'état actuel de cette faculté, ces principes sont trop généraux. Ils nous indiquent bien ce que nous devons faire, mais d'une façon si indéterminée que, notre légèreté aidant, ils ne nous touchent guère. Notre volonté a besoin qu'on lui dise par le menu détail ce qu'elle a à faire et la manière dont elle doit l'accomplir. A cette pauvre faculté, grande encore malgré sa déchéance relative, il faut un guide qui la conduise par la main et lui montre, le moment venu, la ligne de conduite à suivre. Sans cela, abandonnés à toutes nos fantaisies, à tous nos rêves, nous ressemblons à ce frêle esquif sans pilote qui flotte sur l'océan, au gré des houles et des brises, heurté à tous les écuei^s qu'il rencontre et qui finit par se briser.

Dans son infinie bonté, Dieu nous a donné ce guide, c'est la conscience. La conscience n'est pas autre chose que notre raison elle-même, appliquant, en vertu d'une disposition naturelle, les principes spéculatifs et pratiques aux actes qui se sont produits déjà ou qui se présentent à nous. Saint Thomas d'Aquin la définit : l application de notre science à nos actes particuliers.

Quelle est l'action de la conscience sur notre volonté?

Le Père Gratry, dans une belle définition de la

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