‹ Soyez des hommesChapitre 39 sur 50 · I.A CONSCIENCK 3o · texte numérisé non relu

I.A CONSCIENCK 3o

Dieu dans la conscience de l'homme. C'est Dieu qui parle par notre raison.

Obéir à sa raison, suivre sa conscience, c'est donc se soumettre à Dieu lui-même; c'est par conséquent livrer les rênes de sa vie à la plus haute autorité qui soit, c'est ramener notre être à son véritable principe, c'est agir véritablement en homme.

Et, soit dit en passant, cette doctrine qui veut que nous soj^ons éclairés et guidés par la plus haute faculté de notre être, en même temps qu'elle rend un juste hommage à la dignité de l'homme, laisse bien loin derrière elle, ces théories sorties de cerveaux malades, qui prétendent que nous sommes conduits par la sensibilité, le sentiment ou l'imagination. A tous ces rêveurs, eUe semble répondre : êtes-vous hommes parce que vous avez des sens, une chair qui 'vous entraîne en bas, ou bien parce que vous avez une intelligence qui vous pousse en haut et met sur votre front un reflet de la divinité ? Comme l'homme n'est ni une plante, ni une brute, ni un fou, il ne peut obéir à ces facultés qui lui sont communes avec ces êtres inférieurs, mais n doit obéir à cette faculté qui le fait homme, la seule d'ailleurs qui lui permette de connaître le vrai but de la vie : la raison.

La conscience commande, mais là ne s'arrête pas son rôle. Notre volonté pouvant mépriser ses ordres, les défigurer, les travestir, il fallait donc

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que ce guide que Dieu nous a donné pour réaliser l'idéal de notre vie morale eut une autre mission, qu'il put constater comment on lui obéissait, afin de pouvoir porter secours encore à notre volonté, par ses reproches ou ses encouragements. La conscience est le grand témoin de notre vie.

Rien n'échappe à sa vigilance. Elle voit tout jusqu'aux moindres vouloirs et aux plus secrets désirs qui s'ébauchent dans ce sanctuaire de l'âme, fermé à tout autre regard créé. Incorruptible amante delà vérité, elle n'accepte ni les mensonges, ni les excuses; avec elle pas de subterfuge possible. Elle a vu, et son témoignage, elle le maintiendra toujours. Si nous avons mal agi, alors même que le monde nous couvrirait de fleurs et d'éloges, elle, sans s'occuper des appréciations humaines nous reprochera toujours notre faute. Si, au contraire, nous avons conformé notre conduite aux principes du devoir, quand même tous nos semblables nous accuseraient, nous maudiraient, elle fera entendre sa voix pour nous défendre et nous justifier. Car ce témoin ne se contente pas de nous regarder, il nous juge.

Il voit toutes nos démarches, toutes nos actions jusque dans les intentions qui les ont inspirées, et, à la lumière des principes, il en démêle l'honnêteté, la générosité ou la malice. Ses jugements, lorsque la raison est droite, saine et éclairée, sont sans appel. Au jour des suprêmes révélations,

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Dieu ne fera que sanctionner solennellement les arrêts de notre conscience, qui, selon saint Augustin, est ici-bas et dans l'Éternité le tribunal de Dieu même.

Dès cette vie les effets des jugements de la conscience se font sentir. En flétrissant ceux qui lui sont rebelles et en louant ceux qui lui sont fidèles, elle apporte les tourments du plus cuisant des remords ou les douceurs d'une félicité sans pareille.

Tous, un jour ou l'autre, nous avons connu les chastes enivrements que fait naître au plus intime de notre cœur la voix secrète de la conscience, nous acclamant après une bonne action. Que nous importait alors le mépris ou l'indifférence des hommes! « Voyez ces âmes héroïques : elles se sont prises à deux mains, elles ont lutté, pleuré, souffert pour la justice; et les hommes, qui ne s'en doutaient pas, les ont dédaignées, ajoutant quelquefois au dédain, l'injure et les persécutions. Mais quand tous le trahiraient, quand, rejeté par les siens, le juste délaissé devrait fuir, demander un refuge à l'exil; quand l'exil lui-même le repousserait comme sa patrie ; quand la tombe elle-même se refuserait à mettre un terme à son martyre, est-ce que dans cette universelle trahison il ne resterait plus rien au juste désolé? Ne le croyez pas; il y a une chose qui se perd moins que l'honneur et qui ne se fait pas la servile complice

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des trahisons : c'est la conscience honnête. Toujours calme et invincible, tandis que tous se tairont, elle demeurera l'éloquent témoin dont la voix vaut mieux que l'acclamation des foules. Tandis que les bourreaux forgeront les chaînes du martyr, elle lui tressera des couronnes ; tandis qu'on le traînera aux gémonies, elle l' élèvera sur un piédestal ; tandis qu'on allumera la flamme du bûcher, elle attisera le feu qui brûle sur son autel sacré, et il en jaillira des auréoles pour ceindre le front du juste méconnu et supplicié. » (i)

Mais, si notre volonté a été lâche, la conscience, implacable vengeresse de tous les crimes, se lève, et, bourreau terrible elle nous torture et nous martyrise sans relâche. Qui d'entre nous, aux heures tristes et sombres, où sous l'effort delà passion notre vertu sombrait, n'a pas ressenti le glaive froid et tranchant du remords nous percer lentement, férocement le cœur, lui faisant endurer des douleurs d'agonie ? Qu'il est terrible ce remords « vision et parole de Dieu après le crime, )) et il est inévitable. «Il y a d'ordinaire dans le péché un moment de triomphe, un moment où le pécheur va s'endormir dans son ivresse ; mais Dieu, qui tient l'horloge de notre destinée, a compté cette heure comme toutes les autres ; il sait qu'elle est courte, et que contre

(i) p. DlDOX. — L'Aine et l'Infini; — Troisième Conférence, La Liberté morale de l'Ame.

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cet instant il a l'éternité. Il laisse passer l'heure délirante, puis : Me voici ! Il paraît, il parle ; c'est le remords ; et aucune puissance ne peut lui échapper. Le remords est inéluctable, le remords est incorruptible ; on ne l'achète pas avec l'or ; on ne le réduit pas par le faste de l'orgueil et de la vie. On peut, ayant péché, porter encore le front haut et jouir de l'encens des hommes; mais le plus pur encens, celui de la conscience ne fume plus pour nous » (i).

Cette voix de la conscience, jeunes gens, vous ne la ferez pas taire, quoi que vous fassiez. Essayez de chloroformer cette divine patiente, comme beaucoup le font aujourd'hui, en lui servant le mensonge à petite dose, afin de profiter de son sommeil. Cette fille de Dieu en nous a la vie dure et vous ne la tuerez pas. Essayez de la faire la complice de vos iniquités en l'amenant à mentir. La chose peut vous paraître facile, tant de docteurs sont prêts pour cette répugnante besogne, tant de livres affirment la légitimité des passions. Pour un temps vous pouvez la tromper, mais prenez garde, un jour la vraie lumière viendra frapper ses yeux, son réveil sera terrible et sa colère épouvantable. Vous verrez ce qu'elle pensera alors de ce que vous appelez les douces folies de la jeunesse!

Au palais de David, Bethsabée, la femme d'Urie,

) p. Lacordaire. — Conférences de Toulouse, troisième Conférence,

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avait paru. Urie était mort. Personne ne s'y trompait. On s'était raconté tout bas, d'abord le crime, puis l'odieux assassinat qui devrait le couvrir.

Autour de David, la foule des courtisans faisait silence, et trompé par la comédie de ces ignorances feintes, le roi dormait en paix.

Va donc, dit le Seigneur à Nathan, et puisque les autres se taisent, parle, toi !

Le prophète se leva, partit et se présenta à la résidence royale.

O roi, dit-il à David, deux hommes vivaient dans la même ville, l'un riche, le second pauvre. Le riche avait des brebis en masse. Le pauvre n'en avait qu'une, une petite, qu'il avait nourrie, qui avait grandi avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, couchant entre ses bras : elle était comme sa fille. Un étranger vint voir le riche, et celui-ci pour lui faire fête, ne toucha point à ses troupeaux, mais il vola la petite brebis du pauvre, la tua et en servit la chair à son hôte!...

Vive Dieu! s'écria David, cet homme-là est le fils de la mort!

Cet homme là, c'est vous! lui dit Nathan, et relevant son manteau, il s'en retourna à sa demeure, (i)

Ainsi fait Dieu pour nous. Nathan c'est le remords. Dans l'obscurité des nuits comme sous les rayons du clair soleil de midi; dans nos plus absorbantes occu-

(i) II. Reg. XII. I-

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