‹ Soyez des hommesChapitre 8 sur 50 · T.A CONNAISSANCE DE SOI-MEAFE · texte numérisé non relu

T.A CONNAISSANCE DE SOI-MEAFE

leur imposerait la connaissance nette du péril qui les menace. Aussi voyez la crainte qu'ont les hommes de rester en tête à' tête avec eux-mêmes. Pour s'éviter, ils usent de toutes les combinaisons et de toutes les roueries. Ils ont toujours dans leur poche un journal ou un roman pour parer à toute éventualité. Sont-ils seuls un instant, aussitôt ils se plongent dans le fait divers ou dans l'histoire d'aventures. Le péril de rentrer en soi-même est ainsi conjuré.

Mal de tous les temps, cette horreur de la vie intérieure est surtout celui de notre époque. Ce qui crève les 3'eux quand on regarde le monde qui tourbillonne autour de nous, cest sa passion de la frivolité. Formé par une littérature et par des journaux qui ne parlent que d'amusements et de mondanités, l'esprit de nos contemporains est d'une légèreté incroyable dans sa façon de penser et de juger de tout. Il ne s'arrête qu'à ce qui miroite et éblouit. Un com.édien ou un cheval de course passionne la foule plus que les grandes idées ou les beaux gestes. On vit et on agit, pour la galerie. On I tire plus de gloire d'une toilette, d'un menu ou d'un trait d'esprit que d'une action vertueuse. C'est vraiment dans l'opinion, dans la littérature, dans les arts et dans toute la vie, le règne de la frivolité la plus niaise. Cela ne doit pas nous étonner. Ce n'est plus, en effet, la raison qui nous gouverne, mais l'imagination avec ses caprices et ses extravagances.

« On se jette dans les étourdissements, dans les affairements des petites choses multiples ; la vie n'est plus occupée, mais encombrée comme les salons. On ne demeure pas, on n'habite même pas, on campe ; on ne meuble plus, on décore ; on ne cause plus, on babille ; la vie se morcelle, s'éparpille et s'en va en mouvements si tenus et si multiples qu'on ne sait plus ni ce qu'on a fait, ni ce qu'on va faire, ni ce qu'on fait, ce n'est plus qu'une poussière qu'un vent balaie. Dispersée et dissipée en nuage, l'âme ne s'appartient plus )> (i).

Comment parvenir à cette connaissance de soimême ? — Le moyen est très simple, c'est la pratique régulière et méthodique de ce que les moralistes appellent l'examen de conscience. Ne vous imaginez pas que ce soit une chose exclusivement réservée aux moines. vSans doute les fondateurs d'Ordres qui voulaient la perfection de leurs religieux et qui pour cela devaient tout d'abord les conduire à la conquête d'eux-mêmes, ont fait de l'examen un point de leurs règles. Avec saint Ignace de Loyola et d'autres mystiques plus modernes, cet exercice s'est en quelque sorte codifié et a paru prendre une plus grande importance. Il existait cependant avant eux. L'oraison du matin et la récollection du soir ont toujours été des temps durant lesquels les âmes devaient, sous le regard de Dieu, se retrou-

(i) FOXSEGRIVES. — Essai sur le Libre arbitre, p. 477.

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