IV.— SPA.— ASPECT GÉNÉRAL
rouge, les deux providences de ces domaines, séparés du monde, comme on reste confondu à l’idée seule de l'argent qui s’est dépensé, non pas seulement à rendre ces lieux habitables , mais à les faire charmants ! II faut que l’Europe ait apporté son argent et ses loisirs dans ces quelques arpents d’une terre longtemps inculte. Sous le roi Louis XV surtout, à l’heure ou chacun comprenait confusément que la fin du monde était proche, et quelques jours avant 1789, quand, semblable au phien qui porte le dîner de son maître, tout homme possédant quelque chose voulait dévorer au moins un lambeau de sa fortune menacée , le jeu prit soudain des dimensions immenses. Chacun apportait sur ces tapis du dernier jugement son or, son argent, son nom et quelquefois son honneur. On jouait avec folie, on gagnait avec rage, on se ruinait avec joie. C’était autant de pris sur l’ennemi ; c’était autant de gagné sur les journées mauvaises , c’était autant d’enlevé à la révolution qui allait venir. Mais, aujourd’hui. Dieu soit loué ! dans cet apaisement régulier de toutes les passions, le jeu même n’est plus une passion, c’est un délassement de quelques heures chaque jour, et de tant d’ambitions exaltées à cette place , à peine s’il en reste quelques vains et fugitifs souvenirs. Le jeu est devenu clément, hospitalier, bon compagnon, facile à vivre. Il ne se contentait pas à moins de trois palais ; un seul hôtel lui suffit à cette heure, et de ces trois maisons de jeu, incessamment ouvertes à tout ce délire , il en est deux qui ne servent plus qu’aux fêtes innocentes. Le Waux-Hall n’a conservé que ses ombrages et ses fleurs; ses vastes salons sont déserts , ses galeries sont dépeuplées ; Torchestre sonore attend, mais en vain, le signal du menuet ; les tables de jeu, veuves de leur roulette, ressemblent à des volcans éteints.V’oilàdonc ce qu’ils sont devenus ces pièges-à-loups de la fortune ! Voilà donc ce qui reste de ces signes cabalistiques ! l’araignée file sa toile sur ce tapis vert où le joueur posait sa main brûlante ; aux mêmes lieux où l’or se démenait dans l’ivresse tournoyante de la roulette, la brise du