I.— DE PARIS A SPA.— MARCHE LES DAMES
Meuse, il faut avoir Te courage de l’avouer, n’ont absolument rien d’enchanté; ils sont même très-inférieurs aux bords de beaucoup d'autres rivières moins connues et moins vantées. Toutefois, ils offrent de jolis paysages, un peu nus, un peu froids, un peu étriqués, mais agréablement variés parla rivière qui les forme, les rochersetles châteaux qui les dominent, les nombreux villages qui s’y succèdent, l’agriculture qui les fertilise ou l’industrie qui utilise leurs richesses naturelles pour enrichir leurs nombreux habitants. Les épithètes de grandiose, de sauvage, de sublime en donneraient une idée complètement fausse à ceux qui viendraient les visiter, sur le témoignage de ces enthousiasmes impossibles: — on dédaignerait, comme trop inférieures à leur réputation usurpée, leurs chétives collines, si on voulait les comparer, je ne dirai pas aux Alpes, ni même aux Vosges et à la Forêt-Noire, mais même au Taunus; tandis qu’en les jugeant froidement et sainement on leur saura gré d’être encore ce qu’elles sont. Restons dans le vrai ; il en plaira davantage, et l’effet de ses charmes sera d’autant plus vif qu’ils nous auront causé une plus grande surprise.
8 kil. Marche les Dames, est un v. qui date du temps des Croisades. Sous le règne d’AlberiIII,des femmes de Croisés se réfugièrent dans le vallon voisin pour y attendre ensemble le retour de leurs maris partis pour la Palestine. Quand elles surent qu’elles étaient veuves, elles résolurent de finir leurs jours dans la retraite qu’elles s’étaient choisie, et elles y fondèrent une abbaye qui embrassa d’abord la règle de St-Bernard et qu’occupèrent, au xv' siècle, des religieuses de l’ordre de Citeaux. Le château de Marche les Dames a été construit par un maître de forges ; il appartient actuellement an prince d’Aremberg.Sur l’autre rive de la Meuse, on a dû remarquer avant de s’arrêter à la station le joli château de Brumagne, qui offre un des plus jolis paysages des bords de la Meuse, mais les rochers grisâtres de Marche les Dames « n’élèvent pas orgueilleusement dans les airs leurs crêtes escarpées et sauvages. »